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	<title>Judo Archives - ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
	<lastBuildDate>Tue, 25 Aug 2026 21:15:38 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Kanō Jigorō et l’invention du judo moderne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 18:45:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kôdôkan]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Neuf élèves, douze tatamis, 1882. Ce qu’il enseigne n’a rien d’inédit ; la façon dont il l’organise, si.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1882, dans une salle de douze tatamis prêtée par un temple de Tokyo, un professeur qui n’a pas encore vingt-deux ans réunit neuf élèves. Ce qu’il leur enseigne n’a rien d’inédit. La façon dont il l’organise, si.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kanō Jigorō</strong> a d’abord été un élève chétif. Né en 1860 près de Kobe, monté à Tokyo avec son père, il cherche le jūjutsu pour cesser d’être celui qu’on bouscule. Il trouve une discipline en train de mourir : sous Meiji, le Japon regarde vers l’Occident, et les écoles de combat des samouraïs passent pour un reste encombrant d’un monde révolu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux écoles, deux idées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il apprend d’abord la Tenjin Shin’yō-ryū, auprès de Fukuda Hachinosuke puis d’Iso Masatomo : le corps à corps serré, les atemi, les étranglements. Il passe ensuite à la Kitō-ryū, avec Iikubo Tsunetoshi, où l’on travaille autrement : moins de force, plus de déséquilibre, l’adversaire tombe parce qu’on lui a pris son appui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ces deux héritages contraires, Kanō ne fait pas une synthèse polie. Il trie. Il garde ce qui fonctionne sous résistance réelle, écarte le reste, et surtout il nomme. Chaque technique reçoit un nom, une place dans une famille, une progression. Ce geste de bibliothécaire est son véritable apport : avant lui, le savoir se transmettait par imitation dans le secret d’une école ; après lui, il s’enseigne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi « voie » et non « technique »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom qu’il choisit dit son intention. Jūjutsu, c’est la technique de la souplesse. Jūdō, c’est la voie de la souplesse. Le glissement n’est pas décoratif : Kanō est un pédagogue de métier, futur directeur de l’École normale supérieure de Tokyo, et il pense sa discipline comme un instrument de formation, pas comme un arsenal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux formules résument sa doctrine. <em>Seiryoku zen’yō</em>, le meilleur emploi de l’énergie : obtenir le maximum d’effet avec le minimum de dépense. <em>Jita kyōei</em>, l’entraide et la prospérité mutuelles : on progresse par le partenaire, pas contre lui. La seconde est souvent citée comme une politesse de dojo. C’est en réalité une contrainte technique, car sans partenaire consentant, il n’y a pas de randori possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’invention du combat souple</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le point où Kanō change réellement la donne. Les écoles de jūjutsu s’entraînaient surtout par kata, formes convenues exécutées à deux, parce que leurs techniques étaient trop dangereuses pour être tentées à pleine vitesse. Kanō sépare les deux registres : il conserve le kata pour ce qui casse, et retire de la pratique libre les luxations d’épaule, les torsions de cou, les frappes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui reste peut être exécuté à pleine intensité, tous les jours, sans blesser. Le <em>randori</em> naît de cette soustraction. Un pratiquant de judo accumule en un an plus de répétitions en opposition réelle qu’un élève de kata en dix. L’avantage n’est pas moral, il est arithmétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système de grades suit la même logique de lisibilité : des kyū pour les élèves, des dan pour les gradés. Les deux premiers dan sont attribués dès 1883. La ceinture noire, elle, n’apparaît que quelques années plus tard, et le judogi tel qu’on le connaît vers 1907. L’image la plus célèbre du judo est donc plus récente que le judo lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le tournoi de 1886, et ce qu’on en raconte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit fondateur veut qu’en 1886, un tournoi organisé par la police de Tokyo ait opposé le Kōdōkan aux écoles traditionnelles, notamment la Totsuka-ha Yōshin-ryū, et que le judo l’ait emporté largement, emportant du même coup la question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre a bien eu lieu, mais le détail du score, la composition des équipes et jusqu’à l’année exacte varient selon les sources, et la version la plus répandue vient d’auteurs proches du Kōdōkan. Ce qui est certain tient au résultat institutionnel : la police adopte la méthode, les écoles normales l’adoptent, et le judo devient en une génération la pratique de référence au Japon. Une victoire sportive n’explique pas cela. Une victoire administrative, si.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Kanō n’a pas gagné parce que sa technique était supérieure. Il a gagné parce que sa méthode était enseignable à mille personnes à la fois.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’homme des institutions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La suite de sa vie se joue en costume plus qu’en judogi. Kanō dirige des écoles, forme des professeurs, siège au Comité international olympique à partir de 1909, premier Asiatique à y entrer, et conduit le Japon à ses premiers Jeux en 1912. Il meurt en 1938, en mer, sur le chemin du retour d’une session du CIO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne verra pas le judo olympique, qui n’arrive qu’en 1964 à Tokyo. Ses proches ont rapporté ses réserves : il craignait qu’une discipline conçue pour former des personnes ne se réduise à un tableau de médailles. Le débat n’a jamais cessé depuis, et il ressurgit à chaque réforme de l’arbitrage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui reste</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ce que pratique aujourd’hui un club de quartier vient de là : l’idée qu’on peut s’opposer pour de vrai sans se détruire, qu’une progression se mesure, qu’un professeur se forme. Le jiu-jitsu brésilien, le sambo et une bonne part du MMA moderne descendent de cette même décision de 1882, souvent sans le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanō n’a pas légué des médailles. Il a légué une méthode, ce qui est plus difficile à obtenir et beaucoup plus difficile à perdre.</p>

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		<title>Ce que la France a apporté aux arts martiaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 12:09:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des Français ont gagné, enseigné et défriché. Clin d’œil à quelques-uns, du judo à la Luta Livre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">On raconte volontiers les arts martiaux comme une affaire japonaise, puis brésilienne. C’est vrai, et c’est incomplet. Des Français ont gagné, enseigné et transmis, parfois en défrichant des disciplines que personne ne connaissait ici. Clin d’œil à quelques-uns.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le judo, une maison française</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La France est l’un des pays les plus licenciés au monde en judo, et cela ne doit rien au hasard : la discipline y a été implantée tôt, structurée par des clubs, et enseignée à des enfants avant d’être un sport de haut niveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>David Douillet</strong> a donné à ce judo son premier visage populaire. Quatre titres mondiaux, et deux titres olympiques, à Atlanta en 1996 puis à Sydney en 2000. Pour toute une génération, le judo a eu sa tête et sa carrure.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Teddy Riner</strong> a fait autre chose : il a duré. Onze titres de champion du monde, des médailles olympiques sur cinq Jeux consécutifs, de Pékin 2008 à Paris 2024. La longévité, dans une discipline où l’on tombe pour de vrai plusieurs fois par entraînement, est un exploit distinct de la victoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’il faut retenir n’est pas le décompte. C’est qu’un pays sans tradition japonaise a produit, pendant trente ans, des judokas que le Japon devait battre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le karaté, une médaille qui n’a existé qu’une fois</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté n’a été au programme olympique qu’une seule fois, à Tokyo en 2021. Une seule édition, jamais reconduite depuis. <strong>Steven Da Costa</strong> y a remporté la toute première médaille d’or olympique du kumite masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Champion du monde en 2018, double champion d’Europe, il gagne le jour où la discipline entre et sort de l’olympisme. Ce titre-là ne sera partagé avec personne : il restera le premier, et pour l’instant le seul.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Luta Livre a un père en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la partie que l’on raconte le moins. La <em>luta livre esportiva</em>, cette lutte brésilienne au sol qui se pratique sans kimono, n’existait pas en France avant que <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> ne la porte ici. Mestre de la discipline, il l’a enseignée, structurée, et formée à partir de presque rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une bonne partie de l’histoire de la Luta Livre française s’est écrite dans une salle de Vanves. Pas dans un centre national, pas dans un institut : dans un club.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les élèves qu’il a formés, <strong>Nicolas Renier</strong> est devenu l’un des meilleurs compétiteurs du circuit, titré en 70 kilos sous les couleurs de son équipe. La chaîne est courte et lisible : un homme arrive, enseigne, et vingt ans plus tard ses élèves gagnent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement le schéma des Gracie au Brésil, un siècle plus tôt, à partir de ce que Mitsuyo Maeda leur avait transmis. Une discipline voyage rarement par les institutions. Elle voyage par des gens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le MMA, une génération sans terrain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les combattants français de MMA ont une particularité : ils se sont construits pendant que leur discipline était interdite en France, jusqu’en 2020. Aucune filière, aucun pôle, aucune licence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ciryl Gane</strong> en est l’exemple le plus net. Deux fois champion de France de muay-thaï, il commence le MMA tard et devient, en août 2021, champion intérimaire des poids lourds de l’UFC : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière lui, une génération entière arrive, souvent issue du karaté, du judo, de la lutte ou de la boxe. Le paradoxe est plaisant : l’interdiction a forcé ces combattants à d’abord devenir bons ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ceux qu’on ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liste est injuste, comme toutes les listes. Elle laisse de côté les championnes, nombreuses et souvent moins racontées. Elle laisse de côté les entraîneurs, dont le nom n’apparaît sur aucun palmarès. Et elle laisse de côté l’essentiel : les professeurs de club qui, un mardi soir, corrigent une saisie à un gamin de douze ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un titre mondial est un aboutissement. Une discipline qui survit à son fondateur est autre chose. Kanô n’a pas légué des médailles, il a légué une méthode. Flávio Peroba Santiago n’a pas apporté un palmarès en France, il a apporté une pratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous voulez ajouter un nom à cette page, écrivez-nous. Elle est faite pour s’allonger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les palmarès évoluent. Ceux mentionnés ici ont été vérifiés à la publication ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Du sabre au shinai, comment le kendo a survécu à son usage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Aug 2026 18:45:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1876, le port du sabre devient illégal. La discipline qui en dépendait avait déjà, sous l’armure, de quoi lui survivre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe une photographie de 1873, prise par Suzuki Shin’ichi et coloriée à la main, qui montre trois hommes en armure d’entraînement. L’un est assis, l’autre lève son arme, le troisième attend. La légende manuscrite, en anglais, dit simplement <em>Fencing</em>. C’est l’image que nous avons choisie pour la rubrique Histoire de ce site, et elle tombe à un moment précis : celui où l’escrime japonaise ne sert déjà plus à rien, et pas encore à autre chose.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le problème du sabre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une école de sabre se heurte à une difficulté que les autres disciplines ignorent : on ne peut pas s’entraîner pour de bon. Deux lames vives règlent la question en une passe, et les sabres de bois, s’ils évitent les coupures, brisent les os avec constance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des siècles, les écoles ont donc travaillé par kata, formes fixées où chacun connaît son rôle. On y apprend beaucoup, mais on n’y apprend jamais ce que fait un adversaire qui ne veut pas jouer le sien. La lignée la plus ancienne encore transmise, la Katori Shintō-ryū fondée au XVe siècle, s’est bâtie sur cette contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux inventions et une conséquence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La solution arrive par l’équipement. Le <em>shinai</em>, sabre de lattes de bambou reliées, existe sous des formes anciennes dès le XVIe siècle. Au XVIIIe, plusieurs écoles lui adjoignent une armure : masque grillagé, plastron, protections d’avant-bras. On cite volontiers Naganuma Shirōzaemon dans la Jikishinkage-ryū et Nakanishi Chūta dans une branche de l’Ittō-ryū.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence dépasse le confort. Avec un shinai et une armure, on peut frapper vraiment, tous les jours, sur quelqu’un qui esquive vraiment. L’assaut libre devient possible.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>C’est le même calcul que fera Kanō Jigorō un siècle plus tard avec le judo : retirer ce qui blesse pour pouvoir répéter à pleine intensité. Le bambou est au sabre ce que le randori est au jūjutsu.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parenté n’est pas une coïncidence. Elle décrit une des rares manières dont un art de combat peut survivre à la disparition de son usage : en devenant vérifiable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1876, le sabre devient illégal</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le monde change. En 1876, l’édit du <em>haitōrei</em> interdit le port du sabre en public, achevant le démantèlement du statut de samouraï. Des milliers d’hommes dont l’identité tenait à une lame se retrouvent sans arme, sans rente et sans emploi. Les écoles ferment. Certains maîtres donnent des démonstrations payantes, spectacle de foire pour un art qui n’a plus de fonction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La photographie de 1873 date précisément de ces années suspendues. Ce qu’elle montre n’est déjà plus un entraînement militaire ; ce n’est pas encore un sport. Les tirages de ce genre étaient d’ailleurs souvent produits pour des voyageurs étrangers, curieux d’un Japon qu’on leur présentait comme éternel au moment même où il se démontait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sauvetage par la police et par l’école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sabre est sauvé par deux institutions qui n’en avaient pas besoin. La police d’abord : après la révolte de Satsuma en 1877, où l’arme blanche a resservi, la préfecture de police de Tokyo forme ses hommes à l’escrime et emploie d’anciens maîtres. L’école ensuite, quand la pratique entre progressivement dans l’enseignement secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1895, la fondation du Dai Nippon Butoku Kai à Kyoto donne à l’ensemble une administration : grades, titres, règles communes. Vers 1920, cette organisation retient officiellement le nom de <em>kendō</em>, la voie du sabre, à la place de <em>kenjutsu</em>, la technique du sabre. Le glissement est exactement celui que Kanō avait opéré pour le judo, et il dit la même chose : ce qui se transmet désormais n’est pas un métier, c’est une formation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Interdit, puis rendu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réussite a un revers. Dans les années 1930, le kendo est massivement enrôlé dans la formation militaire et nationaliste. En 1946, l’occupation américaine l’interdit purement et simplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il revient par une porte dérobée, sous le nom de <em>shinai kyōgi</em>, un sport de contact au bambou présenté comme neuf et sans passé. La fédération nationale se reconstitue en 1952. Peu de disciplines auront été à ce point démontées puis remontées en un siècle, et il faut le savoir pour comprendre la prudence avec laquelle le kendo parle aujourd’hui de sa propre histoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi un coup qui touche ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la particularité qui déroute tous les visiteurs. Quatre cibles seulement sont valables : la tête, les avant-bras, les flancs, la gorge. Et un coup porté correctement sur l’une d’elles ne vaut souvent aucun point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour être compté, il doit réunir <em>ki-ken-tai-ichi</em> : l’intention, l’arme et le corps dans le même instant, annoncés de la voix, prolongés par une vigilance qui ne retombe pas après la frappe. Un shinai qui atteint sa cible pendant que le corps s’arrête n’est pas une touche, c’est un accident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette exigence paraît formaliste. Elle est le dernier reste de la lame : avec un vrai sabre, un contact sans engagement du corps ne coupe pas. Le kendo a remplacé l’acier par du bambou, mais il a gardé la seule chose que le bambou ne pouvait pas simuler, et il l’a inscrite dans son arbitrage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les trois hommes de 1873 ne pouvaient pas savoir ce que deviendrait leur exercice. Ils avaient déjà, sous l’armure, ce qui allait lui permettre de survivre.</p>

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		<title>Le kuzushi n’est pas un mouvement, c’est un instant</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Aug 2026 18:45:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[Muay-thaï]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On ne déséquilibre pas quelqu’un. On l’attrape pendant qu’il l’est déjà.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Dans la plupart des clubs, on présente le <em>kuzushi</em> comme la première étape d’une projection : on déséquilibre, on place, on projette. La formule est commode et elle produit des générations de pratiquants qui tirent sur une manche en attendant qu’il se passe quelque chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot dit autre chose. 崩し vient de <em>kuzureru</em>, s’effondrer, s’écrouler. Ce n’est pas un geste qu’on exécute, c’est un état dans lequel l’autre se trouve. On ne fait pas un kuzushi. On en trouve un, ou on en fabrique les conditions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui tient debout</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un corps debout tient par une condition simple : sa projection au sol reste à l’intérieur du polygone dessiné par ses appuis. Sortez cette projection du polygone, et il n’y a plus de station debout, seulement une chute en cours que les jambes tentent de rattraper.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où deux voies, et deux seulement. Déplacer le centre : c’est ce qu’on fait en tirant, en poussant, en tournant. Ou déplacer les appuis : balayage, blocage de cheville, fauchage. Les meilleures actions font les deux dans le même temps, ce qui explique pourquoi un <em>o-soto-gari</em> réussi paraît instantané alors qu’un o-soto-gari raté paraît long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le judo décrit huit directions de déséquilibre, l’avant, l’arrière, les côtés et les diagonales. Cette rose des vents n’est pas un catalogue de gestes : c’est une carte des sorties possibles. Chaque technique de projection est une réponse à une direction. Se tromper de direction, c’est appliquer une bonne technique au mauvais moment, ce qui revient à porter quelqu’un.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le déséquilibre appartient à celui qui bouge</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici le point que la présentation en trois étapes escamote. Un adversaire immobile et solide est difficile à déséquilibrer, parce qu’il n’a aucune raison de sortir de ses appuis. Un adversaire qui se déplace est déjà, à chaque pas, en déséquilibre momentané : entre deux appuis, son centre est hors du polygone, et il ne tient que par ce qui va suivre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On ne déséquilibre pas quelqu’un. On l’attrape pendant qu’il l’est déjà.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pour cette raison que le travail de déplacement, le <em>tai-sabaki</em>, n’est pas un échauffement mais l’essentiel du sujet. Faire marcher l’autre, choisir la direction dans laquelle il marche, et arriver au moment où son pied est en l’air : voilà le vrai contenu de ce qu’on appelle kuzushi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où la conséquence contre-intuitive : le déséquilibre le plus fiable se prépare en reculant. Celui qui avance vers vous a déjà consenti à sortir de ses appuis.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Provoquer plutôt qu’attendre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Attendre l’instant favorable est une stratégie honnête mais lente. On peut le provoquer, et les moyens sont peu nombreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction : on attaque dans une direction pour obtenir la poussée inverse, et on projette dans celle-ci. C’est le principe des enchaînements. La rupture de rythme : on impose une cadence, puis on l’abandonne, et l’adversaire continue une demi-seconde sur l’ancienne. La contrainte de posture : les saisies ne servent pas à tenir mais à interdire, en fermant une direction pour ne laisser qu’une sortie, celle qu’on a préparée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le même principe, sans debout</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On dit parfois que le kuzushi est une affaire de judo, et qu’au sol la question ne se pose plus. C’est l’inverse : elle se pose davantage, parce que les appuis sont plus nombreux et plus faciles à retirer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un passage de garde qui force ne fonctionne que sur plus faible que soi. Un passage de garde qui déplace d’abord les hanches, oblige l’autre à poser une main pour se rattraper, puis exploite cette main occupée, fonctionne sur plus fort. En lutte, le principe porte le nom de <em>level change</em> et la logique est identique : casser la base avant de prendre les jambes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La percussion obéit à la même règle sous un autre nom. Le clinch de muay-thaï ne cherche pas à tirer la tête vers le bas par la seule force du cou, il fait tourner l’adversaire pour lui prendre un appui, et le genou arrive sur un corps qui n’a plus de base pour l’encaisser.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que cela change à l’entraînement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le kuzushi est un instant et non un geste, alors répéter mille fois une entrée sur un partenaire immobile entretient une illusion. Ce que le corps doit apprendre, c’est la reconnaissance : sentir que l’appui vient de se vider, et partir sans délibérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un exercice suffit à le tester. En randori léger, interdisez-vous toute projection et contentez-vous d’annoncer à voix haute chaque fois que vous sentez l’autre en déséquilibre. Deux choses apparaissent : ces instants sont bien plus fréquents qu’on ne le croyait, et ils durent bien moins longtemps qu’on ne l’espérait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est tout le sujet. La force sert à profiter d’un déséquilibre. Elle ne sert presque jamais à le créer.</p>

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		<title>L’aïkido, à quoi sert une discipline sans compétition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Aug 2026 18:45:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Aïkido]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une pratique sans opposition ne devient pas fausse. Elle devient invérifiable, ce qui est un autre problème.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Aucune discipline n’essuie autant de sarcasmes que l’aïkido. Depuis que les tournois sans catégorie ont mis les styles à l’épreuve les uns des autres, la question revient sous une forme brutale : est-ce que ça marche ? Elle mérite une réponse, mais elle mérite d’abord d’être posée correctement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un homme, deux maîtres, une rupture</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Morihei Ueshiba</strong>, né en 1883 à Tanabe, n’a rien du sage éthéré des photographies tardives. C’est un homme robuste, ancien soldat, qui passe vingt ans à collectionner les écoles avant de fonder la sienne. L’essentiel lui vient du <em>Daitō-ryū aiki-jūjutsu</em>, qu’il apprend à partir de 1915 auprès de <strong>Sokaku Takeda</strong>, technicien redoutable et homme difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde influence est d’un tout autre ordre. Ueshiba adhère à l’Ōmoto-kyō, mouvement religieux dirigé par Onisaburō Deguchi, et le suit jusqu’en Mongolie en 1924, dans une expédition qui finit devant un peloton d’exécution auquel les deux hommes échappent de justesse. De cette dualité naît sa position singulière : un technicien de haut niveau qui décide, en cours de route, que la finalité de son art n’est pas de vaincre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom d’aïkidō ne s’impose qu’au début des années 1940. Ce qu’on pratiquait avant, sous le nom d’aiki-budō, était nettement plus dur que ce que ses élèves d’après-guerre ont transmis. Les témoignages concordent sur ce point : il y a plusieurs Ueshiba, et l’on choisit rarement le même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l’aïkido étudie réellement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Réduit à sa mécanique, l’aïkido travaille une question précise : que faire du contact quand on refuse de s’opposer de front. Deux réponses structurent tout le reste. <em>Irimi</em>, entrer, aller vers l’attaque en se plaçant hors de sa ligne. <em>Tenkan</em>, tourner, laisser passer la force en pivotant autour d’un axe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Formulé ainsi, c’est le sujet du <a href="/le-kuzushi-un-instant/">kuzushi</a>, abordé par un autre bout. Là où le judo prend l’instant de déséquilibre pour projeter, l’aïkido cherche à installer un angle où l’adversaire n’a plus de structure. La différence tient moins au principe qu’à ce qu’on en fait ensuite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le problème, nommé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici la difficulté, et il n’y a pas de raison de la contourner. La plupart des écoles d’aïkido s’entraînent sur une attaque annoncée, exécutée par un partenaire qui a pour rôle de chuter. Ce mode d’étude permet de travailler des techniques dangereuses pour les articulations sans blesser personne. Il a aussi un effet dont on parle moins : il n’offre aucune vérification.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement le problème que Kanō avait résolu soixante ans plus tôt en retirant du randori ce qui casse, afin de pouvoir tout le reste à pleine intensité. L’aïkido a fait le choix inverse : garder les techniques, renoncer à la résistance. Un art peut vivre ainsi, mais il perd le droit de se dire éprouvé, et ses pratiquants les plus lucides le savent depuis longtemps.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une pratique sans opposition ne devient pas fausse. Elle devient invérifiable, ce qui est un autre problème et parfois un problème pire.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une branche a tenté de refermer cet écart. <strong>Kenji Tomiki</strong>, élève de Ueshiba et de Kanō, gradé dans les deux disciplines, a introduit une forme de compétition avec un couteau en mousse et des règles d’assaut. La tentative a fait scandale dans le milieu et reste minoritaire. Elle a le mérite de proposer une réponse au lieu d’une justification.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il faut lui reconnaître</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste que l’aïkido a conservé et transmis un corpus de jūjutsu que le judo sportif avait laissé de côté : clés de poignet, contrôles debout, immobilisations, travail contre plusieurs adversaires, et une culture de la chute qui n’a pas d’équivalent. Beaucoup de pratiquants d’autres disciplines découvrent tard que savoir tomber est une compétence à part entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a aussi posé sérieusement une question que le reste des arts martiaux préfère souvent éviter : à quoi sert de s’entraîner quand on n’a aucune intention de se battre. Ueshiba y répondait par <em>masakatsu agatsu</em>, la vraie victoire est la victoire sur soi. On peut trouver la formule commode. On peut aussi constater qu’elle décrit assez bien ce que cherchent la plupart des gens qui poussent la porte d’un dojo un mardi soir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’erreur serait de vendre l’aïkido comme une méthode de combat éprouvée : il ne l’est pas, et le prétendre expose ceux qui y croient. L’erreur symétrique serait de le juger uniquement à cette aune, comme si une pratique corporelle ne pouvait avoir d’autre valeur que son rendement en cage.</p>

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		<title>Du champ de bataille au dojo, ce que les samouraïs ont vraiment légué</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Aug 2026 20:28:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Samouraïs]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qui nous vient d’eux n’est presque jamais leur technique. C’est leur façon de l’organiser.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe une phrase qu’on entend dans beaucoup de salles : ce que nous pratiquons vient des samouraïs. Elle est vraie, mais pas au sens où on l’entend. Ce qui nous vient d’eux n’est presque jamais leur technique. C’est leur façon de l’organiser.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le champ de bataille demandait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un guerrier du Sengoku combat en armure, souvent à cheval, au milieu de centaines d’autres. Son arme principale n’est d’ailleurs pas le sabre mais la lance, l’arc, puis l’arquebuse. Le sabre est une arme de recours, à courte distance, quand tout le reste a échoué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela change tout à la technique. Contre une armure, on ne tranche pas : on cherche les interstices, l’aisselle, la gorge, l’intérieur de la cuisse, et l’on frappe d’estoc. Les saisies de corps à corps, ce qu’on appellera <em>kumi-uchi</em>, visent à déséquilibrer un adversaire lourdement équipé pour l’amener au sol et l’achever avec une lame courte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien de tout cela ne ressemble à ce qu’on pratique aujourd’hui. Un kendoka moderne, un judoka, un aïkidoka font des gestes que ce guerrier ne reconnaîtrait pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La paix change le programme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous les Tokugawa, plus d’armure, plus de mêlée. On s’entraîne en vêtements ordinaires, contre un adversaire habillé comme soi. Les techniques conçues pour ouvrir une cuirasse perdent leur objet ; celles qui fonctionnent sur un corps non protégé prennent toute la place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jūjutsu d’Edo, dont sortiront le judo et une partie de l’aïkido, est donc une discipline de temps de paix. Les projections, les clés articulaires, les étranglements y sont travaillés pour eux-mêmes, et non plus comme le prélude à un coup de couteau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sabre suit le même chemin. Faute de guerre, il faut bien vérifier quelque chose : c’est là qu’apparaissent le shinai de bambou et l’armure d’entraînement, qui rendent l’assaut libre possible. Nous avons raconté ailleurs <a href="/du-sabre-au-shinai-naissance-du-kendo/">comment cette invention a sauvé l’escrime japonaise</a> au moment où elle perdait son usage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la technique à la voie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vocabulaire enregistre le basculement. On passe du <em>bujutsu</em>, les techniques guerrières, au <em>budō</em>, la voie martiale. Le suffixe change parce que la finalité change : on ne prépare plus un homme à tuer, on prétend le former.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce glissement s’achève après Meiji. Kanō choisit jūdō plutôt que jūjutsu en 1882. Funakoshi ajoute le même caractère au karaté dans les années 1930. Le kenjutsu devient kendo vers 1920. À chaque fois, un art qui a perdu son emploi se redéfinit comme un moyen d’éducation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Ce que les samouraïs nous ont transmis, ce ne sont pas des coups. C’est l’idée qu’une pratique physique puisse s’écrire, se graduer et se transmettre hors de la famille.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’héritage réel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Regardons ce qui subsiste concrètement dans un club français un mardi soir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>kata</em>, forme fixée que l’on répète à deux, vient directement des écoles d’Edo, qui n’avaient que ce moyen pour travailler des techniques trop dangereuses. La transmission par documents et par autorisation, où le maître délivre un droit d’enseigner, a donné les grades. L’étiquette du dojo prolonge celle des salles de sabre. Et le rapport au professeur, cette relation longue qui ne se résume pas à un abonnement, en descend aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques écoles anciennes, les <em>koryū</em>, transmettent encore des techniques d’armure, dont la Katori Shintō-ryū fondée au XVe siècle. Elles sont rares, discrètes, et n’ont aucune ambition sportive. Ce sont elles, et non le judo ou le karaté, qui gardent la matière d’origine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et ce qu’il faut cesser de raconter</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste le folklore, abondant. Le samouraï serait mort mille fois avant de combattre, aurait vécu selon un code immuable, aurait considéré son sabre comme son âme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces formules existent, elles sont même belles, mais elles sont pour l’essentiel des textes de la paix d’Edo ou des relectures du XXe siècle, quand le Japon a eu besoin d’une mythologie nationale. Les commander à un guerrier du XVIe siècle serait aussi étrange que de demander à un chevalier de Crécy ce qu’il pense de la courtoisie amoureuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérité est moins spectaculaire et plus intéressante. Une caste devenue inutile a passé deux siècles et demi à mettre au propre ce qu’elle savait faire. C’est de ce classement, et non de la guerre, que sortent les arts martiaux d’aujourd’hui.</p>

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		<title>Le dojo japonais, une salle qui a un haut et un bas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Aug 2026 20:28:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Aïkido]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dōjō veut dire le lieu de la voie. Une salle d’entraînement japonaise n’a jamais été pensée comme un gymnase.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le mot ne parle pas de sport. <em>Dōjō</em>, 道場, désigne le lieu de la voie. Il vient du vocabulaire bouddhiste, où il nommait l’endroit de l’éveil, avant d’être emprunté par les écoles de combat. Une salle d’entraînement japonaise n’a donc jamais été pensée comme un gymnase, et cela se voit dans sa disposition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une salle qui a un haut et un bas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un dojo traditionnel est orienté. Un côté, le <em>kamiza</em>, fait office de place d’honneur : on y trouve souvent une calligraphie, parfois un petit autel, le portrait du fondateur. Face à lui, le <em>shimoza</em>, où se rangent les élèves les moins gradés. Les deux flancs ont eux aussi leur nom et leur usage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette géographie n’est pas décorative, elle organise la séance : où l’on s’aligne, dans quel ordre, qui salue qui et dans quel sens. Un pratiquant occidental qui découvre un dojo japonais met souvent quelques jours à comprendre qu’il ne s’agit pas de déférence mais de circulation. Dans une salle où soixante personnes se déplacent en projetant, il faut bien que chacun sache où se tenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le salut à l’entrée obéit à la même logique. On ne salue pas un professeur, on salue le lieu, et on le refait en sortant, y compris quand il est vide.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sol fait la discipline</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’on foule détermine ce qu’on peut faire. Un dojo de kendo a un parquet posé sur lambourdes, souple, qui rend au pied l’énergie du <em>fumikomi</em>, ce claquement du talon qui accompagne la frappe. Sur un tatami, le même geste n’existe pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tatami de judo n’a lui-même presque plus rien du tatami domestique en paille de riz, remplacé depuis longtemps par des mousses à densité contrôlée. Le changement paraît technique. Il ne l’est pas : une surface qui absorbe davantage autorise des chutes plus violentes, donc des projections plus engagées, donc un judo différent. Le matériel a modifié la pratique aussi sûrement que les règlements.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On croit choisir un revêtement. On choisit en réalité quelles techniques resteront possibles dans dix ans.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Trois lieux, trois époques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Kōdōkan</strong> de Tokyo, fondé par Kanō Jigorō en 1882 dans une salle prêtée par un temple, occupe aujourd’hui un immeuble de plusieurs étages avec des centaines de tatamis. Il reste le siège mondial du judo et le passage obligé de qui veut comprendre d’où vient la discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Butokuden</strong> de Kyoto, bâti à la toute fin du XIXe siècle pour le Dai Nippon Butoku Kai, appartient à une autre logique : celle d’un État qui décide de rassembler et d’administrer les arts martiaux. Son architecture de bois, imposante, dit exactement cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Nippon Budōkan</strong>, enfin, est construit pour les Jeux de Tokyo en 1964, année où le judo entre au programme olympique. Sa forme évoque un pavillon octogonal traditionnel, mais c’est une salle de quatorze mille places.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans après son inauguration, il accueille un concert des Beatles. L’épisode fait scandale : des voix s’élèvent contre l’usage d’un lieu dédié au budō pour de la musique populaire, et le bâtiment est protégé par un important dispositif policier. Le Budōkan est depuis devenu une salle de concert de référence. On peut y voir un reniement. On peut aussi y lire ce que devient un art martial quand il cesse d’être une préparation au combat pour devenir un patrimoine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vivre dedans</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dojo a longtemps été un lieu d’habitation autant que d’entraînement. L’<em>uchi-deshi</em>, l’élève de l’intérieur, y logeait, y faisait le ménage, ouvrait la salle et la fermait, et recevait en échange un enseignement que personne n’aurait songé à facturer à l’heure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce système a formé la plupart des maîtres du XXe siècle, y compris les étrangers venus s’y soumettre. Il a aussi produit des abus dont on parle davantage aujourd’hui. Il subsiste ici et là, très réduit, concurrencé par des formats plus courts et plus payants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le club de quartier en a gardé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des clubs français s’entraînent dans un gymnase municipal partagé avec le basket, dont on déroule les tatamis le mardi soir pour les ranger à vingt-deux heures. L’orientation, la calligraphie, le sol pensé pour une discipline : rien de tout cela n’est possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui survit tient à peu de chose, et c’est l’essentiel : on retire ses chaussures, on s’aligne, on salue avant et après, on nettoie la surface. Ces gestes paraissent folkloriques à qui les regarde de l’extérieur. Ils font pourtant exactement ce que faisait la géographie du dojo japonais, à savoir transformer une salle quelconque en un endroit où l’on a accepté des règles avant d’entrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un dojo n’est pas un bâtiment. C’est un accord, et il tient debout dans un gymnase prêté.</p>

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		<title>Le sambo, une discipline et son fondateur effacé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Aug 2026 18:45:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[Sambo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdisez les étranglements, vous obtiendrez des spécialistes des jambes. Le règlement ne cadre pas la pratique, il la fabrique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le sambo est probablement la seule discipline de combat dont l’un des fondateurs a été fusillé par l’État qui l’avait commandée, puis retiré des livres pendant un demi-siècle. Cela dit quelque chose de sa nature : c’est un art martial d’administration, conçu sur cahier des charges.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un besoin, pas une tradition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 1920, la jeune Union soviétique doit former sa police et son armée à la maîtrise physique d’un individu. Il ne s’agit pas de fonder une école mais de répondre à une commande, et le nom retenu le dit sans détour : <em>samozachtchita bez oroujia</em>, l’autodéfense sans arme, contractée en SAMBO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux hommes travaillent en parallèle, et ils ne s’aiment pas. <strong>Viktor Spiridonov</strong>, officier blessé pendant la guerre, met au point une méthode économe en force, adaptée à un corps diminué. <strong>Vassili Ochtchepkov</strong> arrive par un tout autre chemin : orphelin élevé à Sakhaline puis au Japon, il étudie au Kōdōkan et y obtient un grade de dan sous l’autorité de Kanō, ce qui fait de lui l’un des tout premiers Européens à y parvenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ochtchepkov apporte donc le judo, mais il ne le recopie pas. Il l’ouvre à ce que les quinze républiques ont sous la main : la lutte géorgienne <em>tchidaoba</em>, l’<em>azerbaïdjanaise güləş</em>, les luttes d’Asie centrale, chacune avec ses saisies de veste et ses prises de jambes. Ce brassage est la vraie signature du sambo.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1937, la disparition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1937, au plus fort des purges, Ochtchepkov est arrêté. Avoir vécu au Japon et y avoir été formé suffit à l’accusation d’espionnage. Il meurt en détention quelques jours plus tard, à quarante-quatre ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La discipline, elle, est reconnue comme sport officiel en 1938. Il lui faut un fondateur présentable : ce sera <strong>Anatoli Kharlampiev</strong>, son élève, excellent pratiquant et remarquable organisateur, dont la version officielle fera pendant des décennies l’inventeur unique du sambo, né de la synthèse des luttes des peuples soviétiques. Le judo disparaît du récit en même temps que l’homme qui l’avait apporté.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une discipline peut oublier d’où elle vient. Ses techniques, elles, continuent de le dire à qui sait les lire.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La réhabilitation d’Ochtchepkov viendra bien plus tard, et sa place est aujourd’hui reconnue. Nous mentionnons cet épisode parce qu’il est vérifiable et parce qu’il éclaire une règle générale : l’histoire officielle d’un art martial sert d’abord ceux qui l’écrivent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le règlement a produit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sambo sportif se pratique en <em>kurtka</em>, veste courte à passants, avec short et chaussures souples. Deux choix de règlement expliquent presque tout ce qui suit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, les étranglements sont interdits. Le sambiste privé de cette solution doit chercher ailleurs, et il cherche vers le bas. Ensuite, les clés de jambes sont autorisées largement, là où le judo de compétition les a progressivement bannies. Résultat : le sambo a développé pendant soixante-dix ans un travail des jambes que le reste du monde a longtemps traité comme une curiosité dangereuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chute est notée sévèrement, ce qui pousse à projeter debout, et le temps de combat est court, ce qui pousse à conclure vite. On obtient un pratiquant qui projette fort, attaque les jambes tôt et ne s’installe pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sambo de combat, et la suite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À côté du sambo sportif existe le <em>sambo de combat</em>, où l’on frappe. Bien avant que le mot MMA n’existe, l’Union soviétique disposait donc d’une discipline officielle mêlant percussion, lutte et soumission dans un même règlement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela explique la trajectoire de nombreux combattants venus de cet espace. <strong>Fedor Emelianenko</strong> et <strong>Khabib Nurmagomedov</strong>, tous deux passés par le sambo de combat au plus haut niveau, n’ont pas eu à assembler des pièces éparses : ils arrivaient avec un art déjà complet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux clés de jambes, elles ont fini par franchir la frontière. Le jeu de jambes qui domine aujourd’hui une partie du grappling mondial descend en droite ligne de ce que les sambistes pratiquaient pendant que d’autres écoles l’interdisaient à leurs élèves.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La leçon du cahier des charges</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sambo n’a pas de temple, pas de fondateur mythique, pas de sagesse d’origine. Il a un acronyme administratif et un règlement. C’est peut-être ce qui le rend instructif : il montre à quel point une discipline est le produit de ses contraintes plus que de sa philosophie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interdisez les étranglements, vous obtiendrez des spécialistes des jambes. Autorisez la frappe, vous obtiendrez des combattants complets trente ans avant tout le monde. Le règlement n’encadre pas la pratique, il la fabrique.</p>

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