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	<title>France Archives - ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
	<lastBuildDate>Tue, 25 Aug 2026 21:15:38 +0000</lastBuildDate>
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		<title>La Luta Livre, du nord de Rio aux tapis français</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 20:28:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Brésil]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une lutte sans kimono, née face au jiu-jitsu. Flávio Peroba l’a apportée en France, Nicolas Renier l’a prouvée.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe au Brésil deux façons de gagner un combat au sol, nées à quelques kilomètres l’une de l’autre, et qui se sont détestées pendant soixante ans. L’une porte un kimono et s’est exportée dans le monde entier. L’autre combat torse nu et reste, hors du Brésil, une affaire de spécialistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tatu, ou le sol sans kimono</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>luta livre</em>, littéralement le combat libre, se forme à Rio dans les années 1920 et 1930 autour d’<strong>Euclydes Hatem</strong>, surnommé Tatu, le tatou. Le matériau vient du <em>catch as catch can</em> anglo-saxon et du jūjutsu japonais arrivé par les mêmes bateaux que celui des Gracie, mais le choix de départ diffère : on travaille sans veste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce détail vestimentaire commande tout le reste. Sans kimono, aucune saisie de tissu, donc aucun contrôle par le col ou la manche, donc aucun étranglement à la veste. Il faut tenir par le corps, ce qui privilégie les crochets, la pression du poids, le contrôle des hanches. Et comme le haut du corps offre moins de prises, l’attention descend vers les jambes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La luta livre a donc développé tôt un jeu de clés de jambes que le jiu-jitsu de compétition a longtemps considéré comme dangereux, mal élevé, ou les deux. C’est le même mécanisme que celui qui a produit les spécialistes de jambes du <a href="/sambo-une-discipline-et-son-fondateur-efface/">sambo</a> : une contrainte de règlement fabrique une école.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une rivalité qui n’était pas que technique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’opposition avec le jiu-jitsu a une dimension sociale que les résumés techniques escamotent. Le kimono coûte cher, les académies de jiu-jitsu se sont installées dans les quartiers aisés de la zone sud de Rio, tandis que la luta livre s’est enracinée plus au nord, dans des salles où l’on venait s’entraîner en short parce que c’est ce qu’on avait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les décennies suivantes empilent les défis, les bagarres de plage et les règlements de comptes. Le point d’orgue arrive en 1991 avec un affrontement par équipes, très médiatisé, que le jiu-jitsu remporte nettement. La luta livre ne s’en relève pas en termes d’image, au moment précis où le jiu-jitsu s’apprête à conquérir le monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cette rivalité a fait plus pour le niveau technique brésilien que n’importe quel programme fédéral. Elle a aussi coûté à la luta livre la place qu’elle méritait.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La suite lui donne pourtant raison sur le fond. Quand le MMA impose le combat sans veste, tout ce que la luta livre travaillait depuis toujours redevient central. Des combattants issus de cette école, comme Marco Ruas ou Pedro Rizzo, s’imposent dans les premières années des tournois internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Flávio Peroba Santiago, le passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En France, la discipline a un nom, et un seul au commencement. <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> commence la luta livre au Brésil en 1994, auprès de Mestre Brunocilla. Il s’installe en France en 2001 et entreprend d’y implanter une pratique que personne n’enseigne, dans un pays où le jiu-jitsu brésilien occupe déjà le terrain et où le MMA est illégal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat se lit dans la liste de ceux qu’il a formés ou accompagnés : <strong>Cheick Kongo</strong>, qui fera une longue carrière internationale en MMA, mais aussi Johnny Frachey, Mathieu Husson, Kassim Annan, Nayeb Hezam. Des champions de grappling comme des combattants de MMA, à une époque où les deux mondes se côtoyaient dans les mêmes salles faute d’avoir chacun les leurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son apport ne tient pas à un palmarès personnel. Il tient à ce qu’il a fait exister : une filière technique complète, sans kimono, à un moment où le grappling français n’en avait pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nicolas Renier, la démonstration par la compétition</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nicolas Renier</strong> apprend la luta livre auprès de Flávio Santiago, puis auprès des frères Nogueira. Il est désigné grappler français de l’année en 2007. En 2009, il fonde sa propre structure, NRFight, et devient la même année champion d’Europe et champion du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que Peroba avait apporté comme pratique, Renier l’a validé sur le tapis international, ce qui n’est pas la même chose et compte tout autant. Une discipline importée reste une curiosité tant que personne ne gagne avec. À partir du moment où un Français formé en France gagne à l’étranger, l’argument devient difficile à contourner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le duo décrit assez bien la mécanique de toute implantation réussie : quelqu’un apporte, quelqu’un prouve, et la troisième génération n’a plus besoin de justifier son existence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il en reste aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot luta livre s’entend moins qu’avant en Europe, largement absorbé par le terme générique de grappling, plus commode pour les fédérations et les compétitions. C’est une perte de nom plus qu’une perte de substance : le jeu de jambes, la pression sans saisie de tissu, le refus du confort de la veste continuent d’irriguer ce qui se pratique dans les salles françaises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de pratiquants aujourd’hui en short sur un tapis ignorent qu’ils font des gestes venus du nord de Rio, transmis par un Brésilien arrivé en France en 2001. Ce n’est pas grave. Mais cela vaut la peine d’être écrit quelque part.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les éléments concernant Flávio Peroba Santiago et Nicolas Renier proviennent de sources publiques françaises consacrées à la discipline. Si vous avez pratiqué dans ces salles et que quelque chose vous paraît inexact ou incomplet, écrivez-nous.</em></p>

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		<title>Ce que la France a apporté aux arts martiaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 12:09:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des Français ont gagné, enseigné et défriché. Clin d’œil à quelques-uns, du judo à la Luta Livre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">On raconte volontiers les arts martiaux comme une affaire japonaise, puis brésilienne. C’est vrai, et c’est incomplet. Des Français ont gagné, enseigné et transmis, parfois en défrichant des disciplines que personne ne connaissait ici. Clin d’œil à quelques-uns.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le judo, une maison française</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La France est l’un des pays les plus licenciés au monde en judo, et cela ne doit rien au hasard : la discipline y a été implantée tôt, structurée par des clubs, et enseignée à des enfants avant d’être un sport de haut niveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>David Douillet</strong> a donné à ce judo son premier visage populaire. Quatre titres mondiaux, et deux titres olympiques, à Atlanta en 1996 puis à Sydney en 2000. Pour toute une génération, le judo a eu sa tête et sa carrure.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Teddy Riner</strong> a fait autre chose : il a duré. Onze titres de champion du monde, des médailles olympiques sur cinq Jeux consécutifs, de Pékin 2008 à Paris 2024. La longévité, dans une discipline où l’on tombe pour de vrai plusieurs fois par entraînement, est un exploit distinct de la victoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’il faut retenir n’est pas le décompte. C’est qu’un pays sans tradition japonaise a produit, pendant trente ans, des judokas que le Japon devait battre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le karaté, une médaille qui n’a existé qu’une fois</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté n’a été au programme olympique qu’une seule fois, à Tokyo en 2021. Une seule édition, jamais reconduite depuis. <strong>Steven Da Costa</strong> y a remporté la toute première médaille d’or olympique du kumite masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Champion du monde en 2018, double champion d’Europe, il gagne le jour où la discipline entre et sort de l’olympisme. Ce titre-là ne sera partagé avec personne : il restera le premier, et pour l’instant le seul.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Luta Livre a un père en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la partie que l’on raconte le moins. La <em>luta livre esportiva</em>, cette lutte brésilienne au sol qui se pratique sans kimono, n’existait pas en France avant que <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> ne la porte ici. Mestre de la discipline, il l’a enseignée, structurée, et formée à partir de presque rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une bonne partie de l’histoire de la Luta Livre française s’est écrite dans une salle de Vanves. Pas dans un centre national, pas dans un institut : dans un club.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les élèves qu’il a formés, <strong>Nicolas Renier</strong> est devenu l’un des meilleurs compétiteurs du circuit, titré en 70 kilos sous les couleurs de son équipe. La chaîne est courte et lisible : un homme arrive, enseigne, et vingt ans plus tard ses élèves gagnent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement le schéma des Gracie au Brésil, un siècle plus tôt, à partir de ce que Mitsuyo Maeda leur avait transmis. Une discipline voyage rarement par les institutions. Elle voyage par des gens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le MMA, une génération sans terrain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les combattants français de MMA ont une particularité : ils se sont construits pendant que leur discipline était interdite en France, jusqu’en 2020. Aucune filière, aucun pôle, aucune licence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ciryl Gane</strong> en est l’exemple le plus net. Deux fois champion de France de muay-thaï, il commence le MMA tard et devient, en août 2021, champion intérimaire des poids lourds de l’UFC : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière lui, une génération entière arrive, souvent issue du karaté, du judo, de la lutte ou de la boxe. Le paradoxe est plaisant : l’interdiction a forcé ces combattants à d’abord devenir bons ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ceux qu’on ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liste est injuste, comme toutes les listes. Elle laisse de côté les championnes, nombreuses et souvent moins racontées. Elle laisse de côté les entraîneurs, dont le nom n’apparaît sur aucun palmarès. Et elle laisse de côté l’essentiel : les professeurs de club qui, un mardi soir, corrigent une saisie à un gamin de douze ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un titre mondial est un aboutissement. Une discipline qui survit à son fondateur est autre chose. Kanô n’a pas légué des médailles, il a légué une méthode. Flávio Peroba Santiago n’a pas apporté un palmarès en France, il a apporté une pratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous voulez ajouter un nom à cette page, écrivez-nous. Elle est faite pour s’allonger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les palmarès évoluent. Ceux mentionnés ici ont été vérifiés à la publication ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Le MMA en France, d’un interdit à une fédération</title>
		<link>https://chokenami.com/mma-france-interdit-federation/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 12:09:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Ciryl Gane]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdit en 2016, autorisé le 1er janvier 2020. Entre les deux, rien n’avait changé dans les salles.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pendant quatre ans, la France a interdit une discipline que des dizaines de milliers de personnes y pratiquaient déjà. Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, elle l’a autorisée. Entre les deux dates, rien n’avait changé dans les salles ; tout avait changé sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du MMA français ne commence pas en 2020. Elle commence bien avant, dans des gymnases qui enseignaient le grappling, le pancrace ou la boxe pieds-poings sans jamais prononcer les trois lettres. Ce que 2020 a changé, c’est la possibilité de dire son nom.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un interdit français</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, un arrêté ministériel prohibe explicitement la pratique et la diffusion du MMA sur le sol français. L’argument tient en un mot : la violence. Les images qui circulent alors sont celles des premiers tournois américains, sans catégories de poids et presque sans règles, et elles pèsent lourd dans le débat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette lecture avait une génération de retard. Le MMA de 2016 n’était plus celui de 1993 : catégories de poids, arbitrage, examens médicaux, interdiction des coups à la nuque et à la colonne. Mais l’interdiction ne portait pas sur le règlement, elle portait sur l’idée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat fut celui qu’on obtient toujours en interdisant une pratique installée : elle continue, hors cadre. Les estimations de l’époque situent entre trente mille et cinquante mille le nombre de pratiquants en France, sans fédération, sans licence, donc sans assurance ni contrôle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement de 2020</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, la ministre des Sports Roxana Maracineanu autorise la pratique du MMA et confie la discipline à la <strong>Fédération française de boxe</strong>. Le choix surprend une partie du milieu, qui espérait une fédération autonome, ou un rattachement à la lutte ou au judo, plus proches du travail au sol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’arrangement est présenté comme transitoire. Il a le mérite d’exister : il donne à la discipline un règlement, des officiels formés, un cadre médical et des compétitions déclarées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Une discipline devient un sport le jour où quelqu’un accepte d’en être responsable.</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la légalisation a changé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres ont suivi vite. En mai 2024, la France comptait près de soixante mille licenciés, après une année de croissance à trois chiffres. Des clubs qui enseignaient depuis dix ans ont pu afficher ce qu’ils faisaient. Des salles municipales se sont ouvertes. Des mineurs ont pu s’inscrire dans un cadre encadré, ce qui n’était pas rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan sportif, la reconnaissance arrive après les résultats, pas avant. <strong>Ciryl Gane</strong> devient champion intérimaire des poids lourds de l’UFC en août 2021 : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation. Il vient du muay-thaï, discipline où il a été deux fois champion de France, et il a commencé le MMA à vingt-cinq ans passés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un point que l’on oublie souvent : la génération française qui perce aujourd’hui s’est construite <em>ailleurs</em>. Karaté, judo, lutte, boxe thaï, sambo. L’interdiction n’a pas empêché les combattants d’exister, elle les a obligés à se former par morceaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’elle n’a pas réglé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Restent des questions ouvertes. La formation des entraîneurs, d’abord : un diplôme d’État ne se construit pas en trois saisons. La place des amateurs ensuite, dont les compétitions structurent une discipline bien plus que les galas professionnels. Et la santé des athlètes, qui suppose un suivi neurologique dont peu de sports de percussion se sont vraiment dotés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la tutelle reviendra aussi. Une discipline finit rarement sa vie dans la fédération d’une autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le MMA dit des arts martiaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une ironie à voir le MMA traité comme une nouveauté. Le premier tournoi de 1993 posait exactement la question que se posaient les écoles japonaises du XIX<sup>e</sup> siècle quand elles se rencontraient : que vaut ma technique face à une autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanô Jigorô avait répondu à sa façon, en confrontant son judo naissant aux écoles de jûjutsu. Les Gracie ont répondu à la leur, au Brésil, en acceptant tous les défis. Le MMA n’a rien inventé : il a rendu la confrontation permanente, réglée et publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui en ressort n’est pas qu’une discipline serait supérieure aux autres. C’est qu’aucune ne se suffit. Le combattant complet de 2026 emprunte à la lutte, au jiu-jitsu, à la boxe et au judo, exactement comme Kanô empruntait à la Tenjin Shin’yô-ryû et à la Kitô-ryû. La vague ne s’arrête pas ; elle change de nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les chiffres de licenciés évoluent d’une saison à l’autre. Ceux cités ici sont ceux publiés au printemps 2024.</em></p>

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		<title>Le Cercle Tissier, un dojo devenu institution</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Aug 2026 20:29:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Aïkido]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rentré de Tokyo en 1976 avec sept ans de Hombu Dojo, Christian Tissier a formé une génération d’enseignants.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En juillet 1976, un Français de vingt-cinq ans rentre de Tokyo avec un 4e dan et sept ans d’entraînement quotidien au Hombu Dojo de l’Aikikai. Il s’installe à Vincennes et y ouvre une salle. Un demi-siècle plus tard, une grande partie de l’aïkido français descend de cette adresse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enfant du tatami</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christian Tissier</strong>, né à Paris en 1951, commence l’aïkido en 1962, à onze ans, auprès de Jean-Claude Tavernier. Il devient ensuite l’élève de Mutsuro Nakazono, qui lui remet son 2e dan avant son départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1969, à dix-huit ans, il part pour le Japon. Il ne s’agit pas d’un stage : il reste sept ans au Hombu Dojo, le siège mondial de la discipline, à une époque où très peu d’Occidentaux s’y installent durablement. Il y suit notamment <strong>Seigo Yamaguchi</strong>, dont le travail fluide marquera durablement son propre aïkido, ainsi que Kisaburo Osawa et le deuxième doshu, <strong>Kisshōmaru Ueshiba</strong>, fils du fondateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce détail de parcours compte pour comprendre la suite. Tissier ne rapporte pas une méthode apprise en stages, il rapporte une pratique acquise sur place, dans la langue, dans la durée, auprès de ceux qui la faisaient.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vincennes, une fabrique de professeurs</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Cercle Christian Tissier, ouvert à son retour, n’est pas resté un club parmi d’autres. Il est devenu le lieu où s’est formée une bonne part des enseignants français de la discipline, et la plupart des délégués techniques de la fédération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un modèle assez rare en France, où l’enseignement des arts martiaux se disperse d’ordinaire entre des centaines de petites associations municipales. Un centre dense, ouvert largement dans la semaine, où l’on croise plusieurs disciplines et plusieurs niveaux sur les mêmes tatamis, produit autre chose qu’un cours de deux heures le mardi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Un club forme des pratiquants. Un dojo qui dure forme des professeurs, et ce sont eux qui font une discipline nationale.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Les grades, et ce qu’ils disent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La progression se lit comme une chronique des relations entre la France et le Japon. L’Aikikai lui décerne le 5e dan en 1981, le 6e en 1986. Le 7e dan français arrive en 1997 ; le 7e dan de l’Aikikai lui est remis en janvier 1998 par Kisshōmaru Ueshiba en personne, chez lui, en présence de son fils et futur successeur Moriteru.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 9 janvier 2016, lors de la cérémonie du Kagamibiraki à Tokyo, il reçoit le 8e dan Aikikai des mains du doshu Moriteru Ueshiba, aux côtés de Tsuruzo Miyamoto et Jiro Kimura. Les sources concordent pour en faire le seul aïkidoka non japonais à avoir reçu ce grade de l’Aikikai de Tokyo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut hausser les épaules devant une numérotation de ceintures. Elle dit pourtant quelque chose de précis : une école japonaise, réputée avare de ses grades élevés, a reconnu qu’un étranger enseignait sa discipline au niveau de ses propres shihan.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que cela change au débat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons écrit ailleurs, sans détour, ce qu’on peut reprocher à <a href="/aikido-a-quoi-sert-une-discipline-sans-competition/">l’aïkido comme méthode de combat</a> : une pratique sans opposition réelle ne devient pas fausse, elle devient invérifiable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’existence d’une école comme celle-ci ne répond pas à cette objection, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Elle déplace en revanche une autre question, celle de la transmission. Une discipline qui produit pendant cinquante ans des enseignants formés au même endroit, avec les mêmes exigences techniques, tient sur autre chose que sur la réputation d’un homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est d’ailleurs la leçon que Kanō avait tirée bien avant : ce qui survit à un fondateur n’est ni son palmarès ni son charisme, c’est une méthode que d’autres savent enseigner à leur tour.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les grades et les dates cités ici proviennent des biographies publiées par le Cercle Tissier et par des sources spécialisées ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Le gouren, la seule lutte qui commence par un serment</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Aug 2026 20:29:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux omoplates au sol en même temps, pieds nus sur la sciure, et un médecin de Quimperlé pour la sauver.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Avant de lutter, on jure. Les deux hommes s’avancent, se serrent la main, et prononcent une formule qui engage à combattre <em>en tout bien tout honneur</em>, sans traîtrise ni brutalité. Puis seulement ils se saisissent. Le gouren est peut-être la seule lutte d’Europe à commencer par une promesse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un jeu de foire et de paroisse</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte bretonne appartient à un ensemble plus large, celui des luttes celtiques, qu’on retrouve en Cornouailles anglaise, en Écosse et en Islande. Toutes se pratiquent debout, en veste, avec le même objectif : faire tomber l’autre sur le dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Bretagne, elle se pratique lors des pardons et des fêtes de village, sur l’herbe ou sur la sciure, pieds nus. Le prix traditionnel est un mouton, que le vainqueur emporte sur ses épaules. On lutte en <em>roched</em>, une veste de toile solide, et en pantalon, avec une ceinture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le but s’appelle le <em>lamm</em> : il faut faire toucher le sol aux deux omoplates de l’adversaire, en même temps, avant toute autre partie du corps. La condition est stricte et rend la victoire nette difficile à obtenir. Un dos qui touche à un dixième de seconde d’écart ne compte pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un médecin sauve une lutte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au début du XXe siècle, la pratique décline avec le monde rural qui la portait. Elle doit sa survie à un homme, le docteur <strong>Charles Cotonnec</strong>, médecin de Quimperlé, qui entreprend dans les années 1920 et 1930 de l’organiser plutôt que de la laisser mourir en spectacle de foire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fixe un règlement, fonde une fédération, et invente le serment. Ce dernier point n’est pas anecdotique : il transforme une empoignade de village en pratique codifiée, avec une éthique explicite. C’est exactement ce que Kanō avait fait au Japon quarante ans plus tôt, à ceci près que Cotonnec s’inspire ouvertement de l’olympisme naissant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouren est ainsi rattaché au mouvement de renaissance culturelle bretonne, avec la langue, la musique et la danse. La lutte devient un marqueur d’identité autant qu’un sport.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une pratique populaire ne survit jamais toute seule. Il faut quelqu’un pour écrire ses règles au moment où le monde qui la portait s’en va.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la veste impose</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Techniquement, le gouren appartient à la famille des luttes en veste, comme le judo, le sambo ou la <em>bökh</em> mongole. Les saisies se font au tissu, ce qui autorise un contrôle à distance et un jeu de bras riche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un judoka qui essaie le gouren retrouve des sensations familières et se fait pourtant renverser assez vite. Deux raisons à cela. Le sol n’est pas un tatami mais de la sciure ou de l’herbe, ce qui interdit l’engagement total qu’autorise une mousse épaisse. Et surtout, la condition des deux omoplates change le calcul : on ne cherche pas à projeter, on cherche à retourner.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vivante, et minoritaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouren se pratique aujourd’hui en club, avec des compétitions régionales, des catégories de poids et des rencontres internationales de luttes celtiques. Il n’a aucune ambition olympique et ne s’en porte pas plus mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose d’instructif dans ce petit format. Une discipline peut se maintenir sans conquérir le monde, en tenant à quelques milliers de pratiquants et à un serment. La plupart des luttes traditionnelles d’Europe ont disparu faute d’avoir trouvé leur Cotonnec.</p>

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		<title>La lutte gréco-romaine n’a rien de grec ni de romain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Aug 2026 20:29:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une invention française de 1848, née dans les foires, qui s’est donné une antiquité comme on se donne une particule.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Commençons par ce qui gêne : la lutte gréco-romaine n’a rien de grec ni de romain. C’est une invention française du XIXe siècle, qui s’est donné une antiquité comme on se donne une particule.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un soldat, des foires, une règle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Vers le milieu du siècle, un ancien soldat français, <strong>Jean Exbrayat</strong>, promène ses combats de foire en foire. Il impose à ses adversaires une contrainte simple : pas de prise sous la ceinture, et pas de croc-en-jambe. Il appelle cela la lutte à mains plates.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La raison est d’abord commerciale. Les prises de jambes traînent au sol, s’enlisent et ennuient le public. En les interdisant, on obtient des combats debout, spectaculaires, où l’on soulève et où l’on jette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom prestigieux vient ensuite, attribué à l’Italien <strong>Basilio Bartoletti</strong>, qui parle de lutte gréco-romaine pour rattacher cette nouveauté au prestige de l’Antiquité. L’argument marketing fonctionne au-delà de toute espérance : la discipline entre aux premiers Jeux modernes, à Athènes en 1896, précisément parce qu’elle passe pour antique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une règle inventée pour plaire aux badauds d’une foire est devenue, en cinquante ans, le symbole olympique de la lutte antique.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l’interdiction fabrique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe qu’on retrouve partout se vérifie ici : le règlement ne cadre pas la pratique, il la fabrique. Privé des jambes, le lutteur gréco-romain n’a plus que le buste, et il en tire tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où la place immense du contrôle de la ceinture et du corps à corps serré, où l’on cherche à décoller l’adversaire du sol. D’où, surtout, le <em>suplex</em>, ce geste où l’on soulève un homme de cent kilos et où l’on part en arrière pour le faire tourner. Aucune autre lutte n’a poussé aussi loin ce répertoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les morphologies suivent. Le gréco-romain de haut niveau développe un dos, une nuque et une chaîne postérieure hors normes, parce que c’est là que tout se joue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux luttes, un même mot</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme olympique distingue la gréco-romaine et la lutte libre, où les jambes sont autorisées, en attaque comme en défense. Ce sont deux sports différents malgré le nom commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte libre a nourri le MMA de façon évidente : le <em>double leg</em>, cette pénétration sur les deux jambes, y est un geste fondamental. La gréco-romaine, elle, a fourni autre chose de moins visible mais tout aussi décisif : le combat au corps à corps debout, le travail contre la cage, l’art de ne pas se laisser décoller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un combattant qui vient de la gréco-romaine ne saura peut-être pas prendre les jambes. Il saura en revanche empêcher qu’on lui prenne le buste, et cela se voit tout de suite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une leçon de méthode</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous racontons cette histoire de nom parce qu’elle est instructive. Beaucoup de disciplines se sont bâti une ancienneté après coup : le karaté d’Okinawa et son interdiction des armes, le sambo et sa synthèse des luttes populaires, le jiu-jitsu et sa transmission fondatrice. À chaque fois, un récit d’origine sert à légitimer une pratique récente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas de honte à cela, et la lutte gréco-romaine n’est pas moins exigeante d’être née en 1848 plutôt qu’à Olympie. Mais il vaut mieux le savoir, ne serait-ce que pour ne pas se laisser raconter n’importe quoi la prochaine fois.</p>

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