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Disciplines, 3 min

Le bökh mongol, et la conquête du sumo

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Avant de lutter, le Mongol danse. Bras écartés, il tourne, monte et descend en imitant le vol d’un oiseau de proie, puis vient frapper la cuisse de son entraîneur. Le geste s’appelle le devekh, la danse de l’aigle, et il se refait après le combat, vainqueur comme vaincu.

Un des trois jeux virils

La lutte, le bökh, forme avec le tir à l’arc et la course de chevaux les trois épreuves du Naadam, la grande fête nationale mongole. Cet ancrage n’est pas décoratif : la lutte y occupe la place centrale et le tournoi dure plusieurs jours.

La tenue surprend. Une veste à manches longues, le zodog, entièrement ouverte sur la poitrine, un slip de lutte, le shuudag, et des bottes traditionnelles. On lutte donc chaussé, ce qui est rare.

Une légende explique la veste ouverte : une femme s’étant un jour déguisée pour concourir et ayant gagné, on aurait modifié la tenue pour rendre la supercherie impossible. L’histoire est charmante et court partout. Elle relève du récit, pas de la source, et nous la donnons comme telle.

Une règle, et ses conséquences

Le règlement tient en une phrase : perd celui dont une partie du corps autre que la plante des pieds touche le sol. Un genou, une main, un coude, et c’est fini.

Trois conséquences en découlent. Il n’y a pas de combat au sol, puisque toucher le sol met fin au combat. Il n’y a pas de catégories de poids, ce qui produit des affrontements très déséquilibrés et donne une prime aux gabarits massifs. Et le tournoi se joue par élimination directe, sans repêchage, sur plusieurs centaines de lutteurs.

Techniquement, cela donne une lutte debout, patiente, où l’on saisit la veste et la ceinture, où l’on cherche le balayage, la clé de bras au corps à corps, la torsion qui fait poser une main. Les combats peuvent durer très longtemps sans qu’il ne se passe apparemment rien, puis se terminer instantanément.

Des titres plutôt que des ceintures

Il n’existe pas de grades, mais des titres gagnés au Naadam selon le nombre de tours franchis. On devient Faucon, puis Éléphant, puis Lion, et enfin Avarga, le Titan, réservé à ceux qui remportent le tournoi national. Ces titres se conservent à vie et se portent comme un nom.

Ailleurs on passe des grades en s’entraînant. Ici, on ne monte qu’en gagnant, et une seule fois par an.

La conquête du sumo

La démonstration la plus spectaculaire de la solidité de cette école s’est faite ailleurs. À partir des années 1990, des lutteurs mongols entrent dans les écuries de sumo japonaises, où l’on cherche des recrues et où la jeunesse locale se fait rare.

Le résultat dépasse tout ce qu’on attendait. Asashōryū devient en 2003 le premier Mongol promu yokozuna, le rang suprême. Hakuhō le suit et s’impose comme le lutteur le plus titré de l’histoire du sumo, avec un nombre de tournois remportés qu’aucun Japonais n’a approché.

Ce n’est pas un hasard. Le sumo et le bökh partagent le même principe fondamental : faire toucher le sol à l’autre. Un Mongol arrivé au Japon à seize ans a déjà dix ans de pratique de ce problème précis.

L’épisode a d’ailleurs provoqué au Japon un débat inconfortable sur la place des étrangers dans un sport considéré comme patrimoine national. Un débat que la France connaît sous d’autres formes, et qui ne dit rien sur la lutte, mais beaucoup sur ce qu’on attend d’elle.