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Disciplines, 3 min

Le gouren, la seule lutte qui commence par un serment

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Avant de lutter, on jure. Les deux hommes s’avancent, se serrent la main, et prononcent une formule qui engage à combattre en tout bien tout honneur, sans traîtrise ni brutalité. Puis seulement ils se saisissent. Le gouren est peut-être la seule lutte d’Europe à commencer par une promesse.

Un jeu de foire et de paroisse

La lutte bretonne appartient à un ensemble plus large, celui des luttes celtiques, qu’on retrouve en Cornouailles anglaise, en Écosse et en Islande. Toutes se pratiquent debout, en veste, avec le même objectif : faire tomber l’autre sur le dos.

En Bretagne, elle se pratique lors des pardons et des fêtes de village, sur l’herbe ou sur la sciure, pieds nus. Le prix traditionnel est un mouton, que le vainqueur emporte sur ses épaules. On lutte en roched, une veste de toile solide, et en pantalon, avec une ceinture.

Le but s’appelle le lamm : il faut faire toucher le sol aux deux omoplates de l’adversaire, en même temps, avant toute autre partie du corps. La condition est stricte et rend la victoire nette difficile à obtenir. Un dos qui touche à un dixième de seconde d’écart ne compte pas.

Un médecin sauve une lutte

Au début du XXe siècle, la pratique décline avec le monde rural qui la portait. Elle doit sa survie à un homme, le docteur Charles Cotonnec, médecin de Quimperlé, qui entreprend dans les années 1920 et 1930 de l’organiser plutôt que de la laisser mourir en spectacle de foire.

Il fixe un règlement, fonde une fédération, et invente le serment. Ce dernier point n’est pas anecdotique : il transforme une empoignade de village en pratique codifiée, avec une éthique explicite. C’est exactement ce que Kanō avait fait au Japon quarante ans plus tôt, à ceci près que Cotonnec s’inspire ouvertement de l’olympisme naissant.

Le gouren est ainsi rattaché au mouvement de renaissance culturelle bretonne, avec la langue, la musique et la danse. La lutte devient un marqueur d’identité autant qu’un sport.

Une pratique populaire ne survit jamais toute seule. Il faut quelqu’un pour écrire ses règles au moment où le monde qui la portait s’en va.

Ce que la veste impose

Techniquement, le gouren appartient à la famille des luttes en veste, comme le judo, le sambo ou la bökh mongole. Les saisies se font au tissu, ce qui autorise un contrôle à distance et un jeu de bras riche.

Un judoka qui essaie le gouren retrouve des sensations familières et se fait pourtant renverser assez vite. Deux raisons à cela. Le sol n’est pas un tatami mais de la sciure ou de l’herbe, ce qui interdit l’engagement total qu’autorise une mousse épaisse. Et surtout, la condition des deux omoplates change le calcul : on ne cherche pas à projeter, on cherche à retourner.

Vivante, et minoritaire

Le gouren se pratique aujourd’hui en club, avec des compétitions régionales, des catégories de poids et des rencontres internationales de luttes celtiques. Il n’a aucune ambition olympique et ne s’en porte pas plus mal.

Il y a quelque chose d’instructif dans ce petit format. Une discipline peut se maintenir sans conquérir le monde, en tenant à quelques milliers de pratiquants et à un serment. La plupart des luttes traditionnelles d’Europe ont disparu faute d’avoir trouvé leur Cotonnec.