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Santé, 5 min

Le sport, un médicament sur ordonnance

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Si l’activité physique était une pilule, elle serait le médicament le plus prescrit au monde. Elle agit sur le cœur, le métabolisme, les os, le moral, et presque sans effets indésirables quand elle est bien dosée. Depuis 2017, en France, un médecin peut d’ailleurs la prescrire sur ordonnance. Ce que la recherche en dit justifie largement ce geste.

Combien, et comment

L’Organisation mondiale de la santé a publié en 2020 ses recommandations actuelles. Pour un adulte, elles tiennent en quelques chiffres : entre 150 et 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, ou entre 75 et 150 minutes d’activité soutenue, ou un mélange des deux. S’y ajoute du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.

Modérée, cela veut dire qu’on s’essouffle un peu tout en pouvant parler : une marche rapide, du vélo tranquille. Soutenue, qu’on ne peut plus tenir une conversation : une course, un entraînement de combat. Pour les enfants et les adolescents, l’OMS recommande en moyenne une heure par jour. Et ces repères valent aussi, avec les adaptations nécessaires, pour les personnes atteintes d’une maladie chronique ou d’un handicap.

Le message le plus important de l’OMS est pourtant ailleurs, dans une formule : chaque mouvement compte. Passer de rien à un peu apporte davantage que passer de beaucoup à encore plus. Le premier pas est celui qui rapporte le plus.

Le prix de l’immobilité

En 2012, une grande étude publiée dans The Lancet a tenté de chiffrer ce que coûte la sédentarité à l’échelle du monde. Ses auteurs estiment que l’inactivité physique est responsable de 6 à 10 % des grandes maladies non transmissibles : maladies cardiaques, diabète de type 2, cancers du sein et du côlon.

Rapporté aux décès, le chiffre frappe : sur les 57 millions de morts de l’année 2008, environ 5,3 millions seraient attribuables au manque d’activité, soit près d’un sur onze. Supprimer l’inactivité ajouterait, selon leurs calculs, un peu plus de huit mois à l’espérance de vie mondiale. Les auteurs rapprochent ce poids de celui des grands facteurs de risque connus, comme le tabac et l’obésité.

Contre la dépression

Le cœur et les muscles ne sont pas les seuls concernés. En 2024, le British Medical Journal publie l’une des plus vastes synthèses sur l’exercice et la dépression : 218 essais randomisés, plus de 14 000 participants. Ses auteurs concluent que l’exercice est un traitement efficace de la dépression, avec des effets comparables à ceux d’une psychothérapie ou d’un médicament.

La marche et la course, le yoga et le renforcement musculaire figurent parmi les formes les plus efficaces, et le bénéfice augmente avec l’intensité. Mais le niveau de certitude de nombreux résultats reste jugé faible, et ces conclusions ne disent pas qu’il faut remplacer un traitement par une séance de sport. Elles disent que l’exercice mérite d’entrer dans la prise en charge, aux côtés des autres soins, et avec l’avis d’un médecin.

Le premier pas est celui qui rapporte le plus. Passer de rien à un peu vaut davantage que passer de beaucoup à encore plus.

Le sport sur ordonnance, en France

La France a tiré les conséquences de ces travaux. La loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016, par son article 144, permet au médecin traitant de prescrire une activité physique adaptée aux patients atteints d’une affection de longue durée, comme le diabète ou certains cancers. Le décret d’application, daté du 30 décembre 2016, entre en vigueur le 1er mars 2017.

La loi du 2 mars 2022, qui vise à démocratiser le sport, élargit le dispositif. La prescription s’ouvre aux personnes atteintes d’une maladie chronique, à celles qui présentent des facteurs de risque, et à celles qui perdent leur autonomie. Les médecins spécialistes peuvent désormais prescrire, et non plus seulement le médecin traitant. La même loi consacre les maisons sport-santé, chargées d’accueillir, d’informer et d’orienter vers une activité adaptée.

Une limite pratique demeure : la séance elle-même n’est en général pas remboursée par l’Assurance maladie. Certaines mutuelles et collectivités la financent en partie. L’ordonnance ouvre une porte ; encore faut-il pouvoir la franchir.

Et les arts martiaux ?

Ils cochent la plupart des cases : effort cardiovasculaire, renforcement de tout le corps, travail de l’équilibre et de la coordination, et un cadre collectif qui aide à tenir dans la durée. C’est peut-être leur meilleur argument : on abandonne plus difficilement un dojo, où l’on a un professeur et des partenaires, qu’une course solitaire un matin de pluie.

Le tai-chi et les arts martiaux doux conviennent aux plus âgés et aux personnes fragiles, comme nous le racontons dans notre article sur ce que la science a mesuré. Les disciplines de combat plus intenses demandent un avis médical préalable et un club attentif à la progressivité. Dans tous les cas, la meilleure activité reste celle que l’on pratique encore dans six mois.

Repères

  • 2012 The Lancet attribue à l’inactivité 6 à 10 % des grandes maladies non transmissibles.
  • 2016 La loi du 26 janvier permet de prescrire une activité physique adaptée aux patients en affection de longue durée.
  • 2017 Le sport sur ordonnance entre en vigueur le 1er mars.
  • 2020 L’OMS publie ses recommandations : 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine.
  • 2022 La loi du 2 mars élargit la prescription et consacre les maisons sport-santé.
  • 2024 Le British Medical Journal confirme l’efficacité de l’exercice contre la dépression.

Cet article informe et ne remplace pas un avis médical. Avant de reprendre une activité intense, ou en cas de maladie chronique, parlez-en à votre médecin.

Sources : Organisation mondiale de la santé, lignes directrices sur l’activité physique et la sédentarité, 2020 ; Lee et collaborateurs, The Lancet, 2012 ; Noetel et collaborateurs, British Medical Journal, 2024 ; loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016, article 144 ; décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 ; loi du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France.