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	<title>MMA Archives - ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
	<lastBuildDate>Tue, 25 Aug 2026 21:15:39 +0000</lastBuildDate>
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		<title>La Luta Livre, du nord de Rio aux tapis français</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 20:28:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Brésil]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une lutte sans kimono, née face au jiu-jitsu. Flávio Peroba l’a apportée en France, Nicolas Renier l’a prouvée.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe au Brésil deux façons de gagner un combat au sol, nées à quelques kilomètres l’une de l’autre, et qui se sont détestées pendant soixante ans. L’une porte un kimono et s’est exportée dans le monde entier. L’autre combat torse nu et reste, hors du Brésil, une affaire de spécialistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tatu, ou le sol sans kimono</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>luta livre</em>, littéralement le combat libre, se forme à Rio dans les années 1920 et 1930 autour d’<strong>Euclydes Hatem</strong>, surnommé Tatu, le tatou. Le matériau vient du <em>catch as catch can</em> anglo-saxon et du jūjutsu japonais arrivé par les mêmes bateaux que celui des Gracie, mais le choix de départ diffère : on travaille sans veste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce détail vestimentaire commande tout le reste. Sans kimono, aucune saisie de tissu, donc aucun contrôle par le col ou la manche, donc aucun étranglement à la veste. Il faut tenir par le corps, ce qui privilégie les crochets, la pression du poids, le contrôle des hanches. Et comme le haut du corps offre moins de prises, l’attention descend vers les jambes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La luta livre a donc développé tôt un jeu de clés de jambes que le jiu-jitsu de compétition a longtemps considéré comme dangereux, mal élevé, ou les deux. C’est le même mécanisme que celui qui a produit les spécialistes de jambes du <a href="/sambo-une-discipline-et-son-fondateur-efface/">sambo</a> : une contrainte de règlement fabrique une école.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une rivalité qui n’était pas que technique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’opposition avec le jiu-jitsu a une dimension sociale que les résumés techniques escamotent. Le kimono coûte cher, les académies de jiu-jitsu se sont installées dans les quartiers aisés de la zone sud de Rio, tandis que la luta livre s’est enracinée plus au nord, dans des salles où l’on venait s’entraîner en short parce que c’est ce qu’on avait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les décennies suivantes empilent les défis, les bagarres de plage et les règlements de comptes. Le point d’orgue arrive en 1991 avec un affrontement par équipes, très médiatisé, que le jiu-jitsu remporte nettement. La luta livre ne s’en relève pas en termes d’image, au moment précis où le jiu-jitsu s’apprête à conquérir le monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cette rivalité a fait plus pour le niveau technique brésilien que n’importe quel programme fédéral. Elle a aussi coûté à la luta livre la place qu’elle méritait.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La suite lui donne pourtant raison sur le fond. Quand le MMA impose le combat sans veste, tout ce que la luta livre travaillait depuis toujours redevient central. Des combattants issus de cette école, comme Marco Ruas ou Pedro Rizzo, s’imposent dans les premières années des tournois internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Flávio Peroba Santiago, le passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En France, la discipline a un nom, et un seul au commencement. <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> commence la luta livre au Brésil en 1994, auprès de Mestre Brunocilla. Il s’installe en France en 2001 et entreprend d’y implanter une pratique que personne n’enseigne, dans un pays où le jiu-jitsu brésilien occupe déjà le terrain et où le MMA est illégal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat se lit dans la liste de ceux qu’il a formés ou accompagnés : <strong>Cheick Kongo</strong>, qui fera une longue carrière internationale en MMA, mais aussi Johnny Frachey, Mathieu Husson, Kassim Annan, Nayeb Hezam. Des champions de grappling comme des combattants de MMA, à une époque où les deux mondes se côtoyaient dans les mêmes salles faute d’avoir chacun les leurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son apport ne tient pas à un palmarès personnel. Il tient à ce qu’il a fait exister : une filière technique complète, sans kimono, à un moment où le grappling français n’en avait pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nicolas Renier, la démonstration par la compétition</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nicolas Renier</strong> apprend la luta livre auprès de Flávio Santiago, puis auprès des frères Nogueira. Il est désigné grappler français de l’année en 2007. En 2009, il fonde sa propre structure, NRFight, et devient la même année champion d’Europe et champion du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que Peroba avait apporté comme pratique, Renier l’a validé sur le tapis international, ce qui n’est pas la même chose et compte tout autant. Une discipline importée reste une curiosité tant que personne ne gagne avec. À partir du moment où un Français formé en France gagne à l’étranger, l’argument devient difficile à contourner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le duo décrit assez bien la mécanique de toute implantation réussie : quelqu’un apporte, quelqu’un prouve, et la troisième génération n’a plus besoin de justifier son existence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il en reste aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot luta livre s’entend moins qu’avant en Europe, largement absorbé par le terme générique de grappling, plus commode pour les fédérations et les compétitions. C’est une perte de nom plus qu’une perte de substance : le jeu de jambes, la pression sans saisie de tissu, le refus du confort de la veste continuent d’irriguer ce qui se pratique dans les salles françaises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de pratiquants aujourd’hui en short sur un tapis ignorent qu’ils font des gestes venus du nord de Rio, transmis par un Brésilien arrivé en France en 2001. Ce n’est pas grave. Mais cela vaut la peine d’être écrit quelque part.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les éléments concernant Flávio Peroba Santiago et Nicolas Renier proviennent de sources publiques françaises consacrées à la discipline. Si vous avez pratiqué dans ces salles et que quelque chose vous paraît inexact ou incomplet, écrivez-nous.</em></p>

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		<title>Ce que la France a apporté aux arts martiaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 12:09:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des Français ont gagné, enseigné et défriché. Clin d’œil à quelques-uns, du judo à la Luta Livre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">On raconte volontiers les arts martiaux comme une affaire japonaise, puis brésilienne. C’est vrai, et c’est incomplet. Des Français ont gagné, enseigné et transmis, parfois en défrichant des disciplines que personne ne connaissait ici. Clin d’œil à quelques-uns.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le judo, une maison française</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La France est l’un des pays les plus licenciés au monde en judo, et cela ne doit rien au hasard : la discipline y a été implantée tôt, structurée par des clubs, et enseignée à des enfants avant d’être un sport de haut niveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>David Douillet</strong> a donné à ce judo son premier visage populaire. Quatre titres mondiaux, et deux titres olympiques, à Atlanta en 1996 puis à Sydney en 2000. Pour toute une génération, le judo a eu sa tête et sa carrure.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Teddy Riner</strong> a fait autre chose : il a duré. Onze titres de champion du monde, des médailles olympiques sur cinq Jeux consécutifs, de Pékin 2008 à Paris 2024. La longévité, dans une discipline où l’on tombe pour de vrai plusieurs fois par entraînement, est un exploit distinct de la victoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’il faut retenir n’est pas le décompte. C’est qu’un pays sans tradition japonaise a produit, pendant trente ans, des judokas que le Japon devait battre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le karaté, une médaille qui n’a existé qu’une fois</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté n’a été au programme olympique qu’une seule fois, à Tokyo en 2021. Une seule édition, jamais reconduite depuis. <strong>Steven Da Costa</strong> y a remporté la toute première médaille d’or olympique du kumite masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Champion du monde en 2018, double champion d’Europe, il gagne le jour où la discipline entre et sort de l’olympisme. Ce titre-là ne sera partagé avec personne : il restera le premier, et pour l’instant le seul.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Luta Livre a un père en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la partie que l’on raconte le moins. La <em>luta livre esportiva</em>, cette lutte brésilienne au sol qui se pratique sans kimono, n’existait pas en France avant que <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> ne la porte ici. Mestre de la discipline, il l’a enseignée, structurée, et formée à partir de presque rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une bonne partie de l’histoire de la Luta Livre française s’est écrite dans une salle de Vanves. Pas dans un centre national, pas dans un institut : dans un club.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les élèves qu’il a formés, <strong>Nicolas Renier</strong> est devenu l’un des meilleurs compétiteurs du circuit, titré en 70 kilos sous les couleurs de son équipe. La chaîne est courte et lisible : un homme arrive, enseigne, et vingt ans plus tard ses élèves gagnent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement le schéma des Gracie au Brésil, un siècle plus tôt, à partir de ce que Mitsuyo Maeda leur avait transmis. Une discipline voyage rarement par les institutions. Elle voyage par des gens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le MMA, une génération sans terrain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les combattants français de MMA ont une particularité : ils se sont construits pendant que leur discipline était interdite en France, jusqu’en 2020. Aucune filière, aucun pôle, aucune licence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ciryl Gane</strong> en est l’exemple le plus net. Deux fois champion de France de muay-thaï, il commence le MMA tard et devient, en août 2021, champion intérimaire des poids lourds de l’UFC : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière lui, une génération entière arrive, souvent issue du karaté, du judo, de la lutte ou de la boxe. Le paradoxe est plaisant : l’interdiction a forcé ces combattants à d’abord devenir bons ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ceux qu’on ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liste est injuste, comme toutes les listes. Elle laisse de côté les championnes, nombreuses et souvent moins racontées. Elle laisse de côté les entraîneurs, dont le nom n’apparaît sur aucun palmarès. Et elle laisse de côté l’essentiel : les professeurs de club qui, un mardi soir, corrigent une saisie à un gamin de douze ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un titre mondial est un aboutissement. Une discipline qui survit à son fondateur est autre chose. Kanô n’a pas légué des médailles, il a légué une méthode. Flávio Peroba Santiago n’a pas apporté un palmarès en France, il a apporté une pratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous voulez ajouter un nom à cette page, écrivez-nous. Elle est faite pour s’allonger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les palmarès évoluent. Ceux mentionnés ici ont été vérifiés à la publication ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Le MMA en France, d’un interdit à une fédération</title>
		<link>https://chokenami.com/mma-france-interdit-federation/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 12:09:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Ciryl Gane]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdit en 2016, autorisé le 1er janvier 2020. Entre les deux, rien n’avait changé dans les salles.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pendant quatre ans, la France a interdit une discipline que des dizaines de milliers de personnes y pratiquaient déjà. Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, elle l’a autorisée. Entre les deux dates, rien n’avait changé dans les salles ; tout avait changé sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du MMA français ne commence pas en 2020. Elle commence bien avant, dans des gymnases qui enseignaient le grappling, le pancrace ou la boxe pieds-poings sans jamais prononcer les trois lettres. Ce que 2020 a changé, c’est la possibilité de dire son nom.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un interdit français</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, un arrêté ministériel prohibe explicitement la pratique et la diffusion du MMA sur le sol français. L’argument tient en un mot : la violence. Les images qui circulent alors sont celles des premiers tournois américains, sans catégories de poids et presque sans règles, et elles pèsent lourd dans le débat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette lecture avait une génération de retard. Le MMA de 2016 n’était plus celui de 1993 : catégories de poids, arbitrage, examens médicaux, interdiction des coups à la nuque et à la colonne. Mais l’interdiction ne portait pas sur le règlement, elle portait sur l’idée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat fut celui qu’on obtient toujours en interdisant une pratique installée : elle continue, hors cadre. Les estimations de l’époque situent entre trente mille et cinquante mille le nombre de pratiquants en France, sans fédération, sans licence, donc sans assurance ni contrôle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement de 2020</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, la ministre des Sports Roxana Maracineanu autorise la pratique du MMA et confie la discipline à la <strong>Fédération française de boxe</strong>. Le choix surprend une partie du milieu, qui espérait une fédération autonome, ou un rattachement à la lutte ou au judo, plus proches du travail au sol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’arrangement est présenté comme transitoire. Il a le mérite d’exister : il donne à la discipline un règlement, des officiels formés, un cadre médical et des compétitions déclarées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Une discipline devient un sport le jour où quelqu’un accepte d’en être responsable.</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la légalisation a changé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres ont suivi vite. En mai 2024, la France comptait près de soixante mille licenciés, après une année de croissance à trois chiffres. Des clubs qui enseignaient depuis dix ans ont pu afficher ce qu’ils faisaient. Des salles municipales se sont ouvertes. Des mineurs ont pu s’inscrire dans un cadre encadré, ce qui n’était pas rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan sportif, la reconnaissance arrive après les résultats, pas avant. <strong>Ciryl Gane</strong> devient champion intérimaire des poids lourds de l’UFC en août 2021 : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation. Il vient du muay-thaï, discipline où il a été deux fois champion de France, et il a commencé le MMA à vingt-cinq ans passés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un point que l’on oublie souvent : la génération française qui perce aujourd’hui s’est construite <em>ailleurs</em>. Karaté, judo, lutte, boxe thaï, sambo. L’interdiction n’a pas empêché les combattants d’exister, elle les a obligés à se former par morceaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’elle n’a pas réglé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Restent des questions ouvertes. La formation des entraîneurs, d’abord : un diplôme d’État ne se construit pas en trois saisons. La place des amateurs ensuite, dont les compétitions structurent une discipline bien plus que les galas professionnels. Et la santé des athlètes, qui suppose un suivi neurologique dont peu de sports de percussion se sont vraiment dotés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la tutelle reviendra aussi. Une discipline finit rarement sa vie dans la fédération d’une autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le MMA dit des arts martiaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une ironie à voir le MMA traité comme une nouveauté. Le premier tournoi de 1993 posait exactement la question que se posaient les écoles japonaises du XIX<sup>e</sup> siècle quand elles se rencontraient : que vaut ma technique face à une autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanô Jigorô avait répondu à sa façon, en confrontant son judo naissant aux écoles de jûjutsu. Les Gracie ont répondu à la leur, au Brésil, en acceptant tous les défis. Le MMA n’a rien inventé : il a rendu la confrontation permanente, réglée et publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui en ressort n’est pas qu’une discipline serait supérieure aux autres. C’est qu’aucune ne se suffit. Le combattant complet de 2026 emprunte à la lutte, au jiu-jitsu, à la boxe et au judo, exactement comme Kanô empruntait à la Tenjin Shin’yô-ryû et à la Kitô-ryû. La vague ne s’arrête pas ; elle change de nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les chiffres de licenciés évoluent d’une saison à l’autre. Ceux cités ici sont ceux publiés au printemps 2024.</em></p>

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		<title>Hélio Gracie et l’économie du petit gabarit</title>
		<link>https://chokenami.com/helio-gracie-economie-du-petit-gabarit/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Aug 2026 18:45:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Brésil]]></category>
		<category><![CDATA[Jiu-jitsu brésilien]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trop léger pour appliquer ce qu’on lui enseignait, il a préféré changer l’enseignement.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Un principe technique naît rarement d’une idée. Il naît le plus souvent d’une contrainte que quelqu’un refuse d’accepter. Le jiu-jitsu brésilien tient largement à celle-ci : un homme trop léger pour appliquer ce qu’on lui enseignait a préféré changer l’enseignement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un Japonais à Belém</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au début du XXe siècle, le Kōdōkan envoie des pratiquants à l’étranger, moitié ambassadeurs, moitié aventuriers. <strong>Mitsuyo Maeda</strong>, connu au Brésil sous le nom de Conde Koma, est de ceux-là. Il enchaîne les défis contre lutteurs et boxeurs à travers l’Europe et les Amériques, puis s’installe à Belém, dans le nord du Brésil, où il enseigne à partir des années 1910.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi ses élèves figure <strong>Carlos Gracie</strong>. C’est ici que le récit familial et le travail des historiens divergent, et il vaut mieux le dire franchement : la durée réelle de cet enseignement, son intensité, la part qu’y ont prise d’autres élèves de Maeda comme Luiz França, tout cela reste discuté. Ce qui n’est pas discuté, c’est qu’une transmission a bien eu lieu, et qu’elle portait sur le jūdō du Kōdōkan tel qu’on le pratiquait alors, c’est-à-dire avec beaucoup plus de sol que le judo sportif d’aujourd’hui.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le frère qui ne pouvait pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Carlos ouvre une académie à Rio en 1925 et enseigne à ses frères. Le plus jeune, <strong>Hélio</strong>, né en 1913, est maigre, sujet aux malaises, et pendant longtemps on lui interdit l’entraînement. Il regarde. Puis il essaie, et découvre que la moitié de ce qu’il a vu ne marche pas dans ses mains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les projections demandent de porter le poids d’un autre. Les passages de garde en force demandent de pousser plus fort que lui. Un pratiquant de soixante kilos qui affronte régulièrement des hommes de quatre-vingts n’a accès ni à l’un ni à l’autre. Hélio ne conclut pas qu’il est trop faible. Il conclut que ces solutions coûtent trop cher, et il en cherche d’autres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’économie du petit gabarit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui en sort n’est pas une collection de techniques nouvelles, c’est un ordre de priorités inversé. Trois décisions le résument.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, le sol plutôt que le debout : au sol, le poids compte encore mais l’explosivité compte moins, et le temps joue pour celui qui sait attendre. Ensuite, la position avant la soumission : on ne tente rien tant qu’on n’a pas une place d’où la tentative ne coûte rien si elle échoue. Enfin, la garde comme position de travail et non comme défaite. Être dessous cesse d’être un accident à corriger pour devenir un terrain qu’on a choisi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le petit gabarit ne cherche pas à gagner vite. Il cherche à ne rien dépenser tant que ce n’est pas gratuit.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette économie a un prix, souvent tu : elle suppose que le combat dure, que personne ne frappe au sol, et qu’aucun tiers n’intervient. Sortie de ces conditions, elle demande des ajustements considérables, et c’est précisément ce que le MMA lui rappellera plus tard.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux défaites qui valent démonstration</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1951, Hélio affronte à Rio le judoka japonais <strong>Masahiko Kimura</strong>, nettement plus lourd et considéré comme le meilleur de sa génération. Il perd, sur une clé d’épaule que le monde entier appelle depuis un <em>kimura</em>. Mais il tient longtemps, et cette résistance vaut à sa méthode plus de crédit qu’une victoire facile ne lui en aurait donné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1955, il affronte Valdemar Santana, ancien élève de la famille. Le combat dure plusieurs heures et se termine à son désavantage. Hélio a alors quarante-deux ans. Là encore, la durée fait la démonstration : une méthode qui permet à un homme plus léger et plus âgé de rester dans le combat aussi longtemps dit quelque chose de solide sur ses principes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La contre-épreuve brésilienne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le jiu-jitsu n’a pas grandi seul au Brésil. En parallèle se développe la <strong>Luta Livre</strong>, née dans le sillage d’Euclydes Hatem, qui travaille sans kimono et mise davantage sur les clés de jambes. Les deux écoles s’affrontent pendant des décennies, parfois dans les salles, parfois dans la rue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rivalité a fait plus pour le niveau technique que n’importe quel séminaire. Elle a aussi laissé des traces en France, où la Luta Livre est arrivée par <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> et a trouvé en <strong>Nicolas Renier</strong> l’un de ses relais les plus constants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1993, et ce que la cage a corrigé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quand Royce Gracie remporte le premier tournoi sans catégorie de 1993, la démonstration est spectaculaire : le plus léger du plateau bat des hommes bien plus lourds, dans un format censé départager les styles. C’est la thèse d’Hélio, administrée en public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La suite est plus intéressante que la victoire. En quelques années, les lutteurs apprennent à ne pas suivre au sol, les frappeurs apprennent à se relever, et le jiu-jitsu cesse d’être une réponse pour redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une compétence parmi d’autres, indispensable et insuffisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hélio Gracie meurt en 2009, à quatre-vingt-quinze ans. Ce qu’il laisse n’est pas une invincibilité, c’est une question qui se pose encore à chaque entraînement : quelle est la solution la moins coûteuse, ici, maintenant, avec le corps que j’ai.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les origines du jiu-jitsu brésilien font l’objet de récits familiaux concurrents. Nous distinguons ici ce qui est établi de ce qui reste discuté ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Le sambo, une discipline et son fondateur effacé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Aug 2026 18:45:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[Sambo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdisez les étranglements, vous obtiendrez des spécialistes des jambes. Le règlement ne cadre pas la pratique, il la fabrique.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le sambo est probablement la seule discipline de combat dont l’un des fondateurs a été fusillé par l’État qui l’avait commandée, puis retiré des livres pendant un demi-siècle. Cela dit quelque chose de sa nature : c’est un art martial d’administration, conçu sur cahier des charges.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un besoin, pas une tradition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 1920, la jeune Union soviétique doit former sa police et son armée à la maîtrise physique d’un individu. Il ne s’agit pas de fonder une école mais de répondre à une commande, et le nom retenu le dit sans détour : <em>samozachtchita bez oroujia</em>, l’autodéfense sans arme, contractée en SAMBO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux hommes travaillent en parallèle, et ils ne s’aiment pas. <strong>Viktor Spiridonov</strong>, officier blessé pendant la guerre, met au point une méthode économe en force, adaptée à un corps diminué. <strong>Vassili Ochtchepkov</strong> arrive par un tout autre chemin : orphelin élevé à Sakhaline puis au Japon, il étudie au Kōdōkan et y obtient un grade de dan sous l’autorité de Kanō, ce qui fait de lui l’un des tout premiers Européens à y parvenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ochtchepkov apporte donc le judo, mais il ne le recopie pas. Il l’ouvre à ce que les quinze républiques ont sous la main : la lutte géorgienne <em>tchidaoba</em>, l’<em>azerbaïdjanaise güləş</em>, les luttes d’Asie centrale, chacune avec ses saisies de veste et ses prises de jambes. Ce brassage est la vraie signature du sambo.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1937, la disparition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1937, au plus fort des purges, Ochtchepkov est arrêté. Avoir vécu au Japon et y avoir été formé suffit à l’accusation d’espionnage. Il meurt en détention quelques jours plus tard, à quarante-quatre ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La discipline, elle, est reconnue comme sport officiel en 1938. Il lui faut un fondateur présentable : ce sera <strong>Anatoli Kharlampiev</strong>, son élève, excellent pratiquant et remarquable organisateur, dont la version officielle fera pendant des décennies l’inventeur unique du sambo, né de la synthèse des luttes des peuples soviétiques. Le judo disparaît du récit en même temps que l’homme qui l’avait apporté.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une discipline peut oublier d’où elle vient. Ses techniques, elles, continuent de le dire à qui sait les lire.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La réhabilitation d’Ochtchepkov viendra bien plus tard, et sa place est aujourd’hui reconnue. Nous mentionnons cet épisode parce qu’il est vérifiable et parce qu’il éclaire une règle générale : l’histoire officielle d’un art martial sert d’abord ceux qui l’écrivent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le règlement a produit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sambo sportif se pratique en <em>kurtka</em>, veste courte à passants, avec short et chaussures souples. Deux choix de règlement expliquent presque tout ce qui suit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, les étranglements sont interdits. Le sambiste privé de cette solution doit chercher ailleurs, et il cherche vers le bas. Ensuite, les clés de jambes sont autorisées largement, là où le judo de compétition les a progressivement bannies. Résultat : le sambo a développé pendant soixante-dix ans un travail des jambes que le reste du monde a longtemps traité comme une curiosité dangereuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chute est notée sévèrement, ce qui pousse à projeter debout, et le temps de combat est court, ce qui pousse à conclure vite. On obtient un pratiquant qui projette fort, attaque les jambes tôt et ne s’installe pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sambo de combat, et la suite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À côté du sambo sportif existe le <em>sambo de combat</em>, où l’on frappe. Bien avant que le mot MMA n’existe, l’Union soviétique disposait donc d’une discipline officielle mêlant percussion, lutte et soumission dans un même règlement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela explique la trajectoire de nombreux combattants venus de cet espace. <strong>Fedor Emelianenko</strong> et <strong>Khabib Nurmagomedov</strong>, tous deux passés par le sambo de combat au plus haut niveau, n’ont pas eu à assembler des pièces éparses : ils arrivaient avec un art déjà complet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux clés de jambes, elles ont fini par franchir la frontière. Le jeu de jambes qui domine aujourd’hui une partie du grappling mondial descend en droite ligne de ce que les sambistes pratiquaient pendant que d’autres écoles l’interdisaient à leurs élèves.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La leçon du cahier des charges</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sambo n’a pas de temple, pas de fondateur mythique, pas de sagesse d’origine. Il a un acronyme administratif et un règlement. C’est peut-être ce qui le rend instructif : il montre à quel point une discipline est le produit de ses contraintes plus que de sa philosophie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interdisez les étranglements, vous obtiendrez des spécialistes des jambes. Autorisez la frappe, vous obtiendrez des combattants complets trente ans avant tout le monde. Le règlement n’encadre pas la pratique, il la fabrique.</p>

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		<title>La lutte gréco-romaine n’a rien de grec ni de romain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Aug 2026 20:29:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une invention française de 1848, née dans les foires, qui s’est donné une antiquité comme on se donne une particule.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Commençons par ce qui gêne : la lutte gréco-romaine n’a rien de grec ni de romain. C’est une invention française du XIXe siècle, qui s’est donné une antiquité comme on se donne une particule.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un soldat, des foires, une règle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Vers le milieu du siècle, un ancien soldat français, <strong>Jean Exbrayat</strong>, promène ses combats de foire en foire. Il impose à ses adversaires une contrainte simple : pas de prise sous la ceinture, et pas de croc-en-jambe. Il appelle cela la lutte à mains plates.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La raison est d’abord commerciale. Les prises de jambes traînent au sol, s’enlisent et ennuient le public. En les interdisant, on obtient des combats debout, spectaculaires, où l’on soulève et où l’on jette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom prestigieux vient ensuite, attribué à l’Italien <strong>Basilio Bartoletti</strong>, qui parle de lutte gréco-romaine pour rattacher cette nouveauté au prestige de l’Antiquité. L’argument marketing fonctionne au-delà de toute espérance : la discipline entre aux premiers Jeux modernes, à Athènes en 1896, précisément parce qu’elle passe pour antique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une règle inventée pour plaire aux badauds d’une foire est devenue, en cinquante ans, le symbole olympique de la lutte antique.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l’interdiction fabrique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe qu’on retrouve partout se vérifie ici : le règlement ne cadre pas la pratique, il la fabrique. Privé des jambes, le lutteur gréco-romain n’a plus que le buste, et il en tire tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où la place immense du contrôle de la ceinture et du corps à corps serré, où l’on cherche à décoller l’adversaire du sol. D’où, surtout, le <em>suplex</em>, ce geste où l’on soulève un homme de cent kilos et où l’on part en arrière pour le faire tourner. Aucune autre lutte n’a poussé aussi loin ce répertoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les morphologies suivent. Le gréco-romain de haut niveau développe un dos, une nuque et une chaîne postérieure hors normes, parce que c’est là que tout se joue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux luttes, un même mot</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme olympique distingue la gréco-romaine et la lutte libre, où les jambes sont autorisées, en attaque comme en défense. Ce sont deux sports différents malgré le nom commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte libre a nourri le MMA de façon évidente : le <em>double leg</em>, cette pénétration sur les deux jambes, y est un geste fondamental. La gréco-romaine, elle, a fourni autre chose de moins visible mais tout aussi décisif : le combat au corps à corps debout, le travail contre la cage, l’art de ne pas se laisser décoller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un combattant qui vient de la gréco-romaine ne saura peut-être pas prendre les jambes. Il saura en revanche empêcher qu’on lui prenne le buste, et cela se voit tout de suite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une leçon de méthode</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous racontons cette histoire de nom parce qu’elle est instructive. Beaucoup de disciplines se sont bâti une ancienneté après coup : le karaté d’Okinawa et son interdiction des armes, le sambo et sa synthèse des luttes populaires, le jiu-jitsu et sa transmission fondatrice. À chaque fois, un récit d’origine sert à légitimer une pratique récente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas de honte à cela, et la lutte gréco-romaine n’est pas moins exigeante d’être née en 1848 plutôt qu’à Olympie. Mais il vaut mieux le savoir, ne serait-ce que pour ne pas se laisser raconter n’importe quoi la prochaine fois.</p>

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		<title>Le laamb, sport national du Sénégal</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Aug 2026 20:29:11 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[Sénégal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au Sénégal, le sport le plus suivi n’est pas le football. Un homme tombe, ou personne ne tombe.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Au Sénégal, le sport le plus suivi n’est pas le football. C’est la lutte, et l’écart est net : les grands combats remplissent l’arène de Dakar, ouvrent les journaux télévisés et se négocient à des sommes qu’aucun autre sport local n’approche.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux luttes sous un même nom</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot wolof <em>làmb</em> recouvre en réalité deux disciplines. La lutte simple se gagne uniquement à la projection. La lutte avec frappe autorise les coups de poing, et c’est elle qui remplit les arènes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La règle de victoire est la même dans les deux cas et tient en une phrase : faire toucher le sable à l’adversaire par le dos, les fesses, ou les deux mains ensemble. Pas de points, pas de décision aux avantages. Un homme tombe, ou personne ne tombe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette brutalité du verdict explique la nervosité des combats. Un lutteur qui domine pendant vingt minutes perd s’il glisse une fois. Beaucoup d’affrontements sont donc longs, prudents, faits d’approches et de saisies avortées, et se règlent en une seconde.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du village à l’arène nationale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine, la lutte accompagne les travaux et les fêtes, notamment après les récoltes, chez les Sérères comme chez les Diolas et les Toucouleurs. Chaque village a son champion, et l’affrontement engage la réputation d’une communauté avant celle d’un homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La professionnalisation change l’échelle sans effacer ce fond. Les lutteurs gardent une écurie, un quartier, un public qui se déplace. Les bourses des grands combats atteignent des montants considérables, et le sport fait vivre un écosystème entier : promoteurs, chaînes de télévision, préparateurs, chroniqueurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des noms se sont imposés au fil des vingt dernières années, de Mouhamed Ndao dit Tyson à Yékini, de Balla Gaye 2 à Modou Lô ou Bombardier. Chacun a été, à son tour, l’homme à battre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui se passe avant le combat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un spectateur étranger est d’abord frappé par ce qui précède. Le lutteur entre au son des tambours, danse, harangue, se couvre le corps de préparations, porte des gris-gris au bras et à la taille, verse des liquides autour de son coin. Le rituel dure plus longtemps que le combat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait facile, et un peu sot, de traiter cela de folklore. Ces pratiques mobilisent des marabouts, engagent des dépenses réelles et occupent une place centrale dans la préparation. Elles font partie du sport au même titre que la musculation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On peut ne pas croire à l’efficacité d’un gris-gris et constater qu’il change quelque chose : celui qui le porte entre autrement dans le sable.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Une école de corps à corps</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Techniquement, la lutte sénégalaise se joue sur du sable, sans veste, torse nu, avec un pagne ou un short. Pas de tissu à saisir : il faut tenir par le corps, comme en <a href="/luta-livre-du-bresil-a-la-france/">luta livre</a> ou en lutte libre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sable interdit par ailleurs les appuis explosifs. On n’y sprinte pas, on n’y pivote pas comme sur un tapis. Le jeu privilégie donc la puissance de saisie, le déséquilibre par le poids, les balayages et les ceintures. Les gabarits sont massifs, et ce n’est pas un hasard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs lutteurs sénégalais se sont essayés au MMA avec des fortunes diverses. La transition n’est pas évidente : le combat au sol, absent de leur discipline, y devient central. Mais leur aisance dans le corps à corps debout et leur résistance à la chute sont immédiatement visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a là une réserve de savoir-faire que l’Europe regarde à peine. C’est dommage, et c’est probablement provisoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Photographie : Pierre-Yves Beaudouin, lutte sénégalaise à Bercy en 2013, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 3.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre recadrage est diffusé sous la même licence.</em></p>

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