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	<title>Histoire Archives - ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
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		<title>Arnaud Cousergue et le ninjutsu en France</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Oct 2026 20:52:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Bujinkan]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Ninjutsu]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du sabre de Michel Coquet au dojo de Vincennes : comment le ninjutsu s’est installé en France, et qui l’y a tenu.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le ninjutsu arrive en France au milieu des années 1980, par une poignée de pratiquants qui font le voyage de Noda, au Japon, pour s’entraîner auprès de Masaaki Hatsumi. Il y est aujourd’hui enseigné dans de nombreux clubs. Entre les deux, un dojo de Vincennes et un homme, Arnaud Cousergue, ont joué un rôle central.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Michel Coquet, le pionnier du budo ancien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire commence un peu avant le ninjutsu, avec un homme qui regardait vers le Japon ancien quand la France ne connaissait guère que le judo sportif. <strong>Michel Coquet</strong>, né en 1944, enseigne le sabre de la Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū, l’une des plus anciennes écoles de sabre du Japon. Il en devient instructeur officiel, <em>kyōshi</em>, en 2002, avant de se retirer en 2004.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auteur d’une quarantaine de livres, il écrit sur le budo, dont <em>Budo, l’esprit des arts martiaux</em> en 2003, mais aussi sur l’Inde, le yoga et les spiritualités d’Orient. Pour lui, l’art martial est d’abord une voie de maîtrise de soi, non un sport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut être précis sur son rôle. Les sources disponibles ne le montrent pas enseignant le ninjutsu. Il est le pionnier d’une génération de pratiquants français tournés vers les écoles anciennes, et c’est l’un de ses élèves qui va rapporter le ninjutsu du Japon.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sylvain Guintard, le passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sylvain Guintard</strong> pratique les arts martiaux depuis 1975. Il passe par le kung-fu, puis, à vingt ans, étudie le sabre pendant deux ans auprès de Michel Coquet. Il commence ensuite à se rendre régulièrement au Japon, pour étudier à la fois les écoles anciennes et le <em>ninpō taijutsu</em> de Masaaki Hatsumi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1985, il lance le Bujinkan France. Quatre ans plus tard, en 1989, déjà huitième dan et responsable du Bujinkan pour la France, il prend son indépendance vis-à-vis de l’organisation de Hatsumi. Il part vivre au Japon, où il réside jusqu’en 2001, et se consacre aux écoles anciennes, notamment à l’art de la chaîne auprès de maître Nawa Yumio. Il a depuis publié plusieurs livres sur les arts martiaux japonais.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Arnaud Cousergue, du judo au Bujinkan</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Arnaud Cousergue</strong> naît en 1959 à Casablanca. Il commence par le judo en 1969 et obtient sa ceinture noire en 1979, puis prépare un diplôme d’enseignant de judo en parallèle d’études de commerce international. Lors d’un MBA en Californie, il découvre le jūjutsu ancien, le <em>yawara</em>. De retour en France, il est officier instructeur au 1er régiment d’infanterie de marine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1984, Sylvain Guintard lui fait découvrir le ninjutsu. Il fait partie du noyau qui lance le Bujinkan France l’année suivante. En 1987, plusieurs clubs parisiens ouvrent, dont celui du PUC à la Cité universitaire. En 1989, il obtient le cinquième dan, et avec lui le titre de <em>shidōshi</em>, enseignant reconnu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le départ de Guintard, c’est lui qui prend la direction du Bujinkan France, en 1990. Deux ans plus tard, le dojo s’installe à Vincennes et prend le nom de Kuma Dōjō, le dojo de l’ours.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1024x683.webp" alt="Schéma de filiation : Takamatsu Toshitsugu, Masaaki Hatsumi, Sylvain Guintard et Arnaud Cousergue reliés par un trait rouge ; Michel Coquet relié à Guintard par un trait pointillé, pour le sabre" class="wp-image-408" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1024x683.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-300x200.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-768x512.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1536x1024.webp 1536w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-500x333.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-700x467.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation.webp 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">La filiation du ninjutsu Bujinkan en France. Michel Coquet n’est pas dans la lignée du ninjutsu : il est le premier maître de sabre de Sylvain Guintard. Schéma ChokeNami.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Vincennes, porte d’entrée de Hatsumi en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Kuma Dōjō organise avec Masaaki Hatsumi deux grands stages internationaux, les <em>taikai</em>, en 1993 et en 1997, à l’époque où le maître enseignait encore hors du Japon. Pour beaucoup de pratiquants français, ce sont de rares occasions de le voir enseigner sans faire le voyage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arnaud Cousergue, lui, fait le voyage. Selon sa biographie, il se rend au Japon plusieurs fois par an pour s’entraîner auprès de Hatsumi, participe à plus de quarante <em>taikai</em> et anime une vingtaine de stages par an à travers le monde. Il reçoit le quinzième dan, <em>jūgodan</em>, le plus haut grade du Bujinkan, en 2004, puis plusieurs diplômes honorifiques, et le titre de <em>Dai Shihan</em>, grand maître enseignant, en 2014.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrit aussi, en anglais : <em>The Spirit of Movement</em>, en 2014, réflexion sur ce que signifie être un véritable élève, et <em>Bujinkan Chronicles</em>, en 2017, qui rassemble ses textes sur ses séjours au Japon entre 2008 et 2010.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le Bujinkan ne s’apprend pas par correspondance. Pendant trente ans, la référence française a été celui qui faisait le voyage, puis le racontait.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le paysage français aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Bujinkan France n’est plus seul. D’autres enseignants français ont reçu le titre de <em>Dai Shihan</em>, comme Laïd Bouadjadja en 2018 ou Jean-François Beaudart, qui enseigne depuis 1988. D’anciens élèves de Hatsumi ont aussi fondé leurs propres écoles, indépendantes du Bujinkan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une précaution s’impose en lisant tout ce qui précède. Les grades du Bujinkan sont délivrés par l’organisation japonaise elle-même, en dehors du système fédéral français, et l’essentiel des dates citées ici vient des biographies publiées par les dojos concernés. Elles sont précises et cohérentes entre elles ; elles n’ont pas pour autant été vérifiées par une source indépendante. C’est le cas de presque toute l’histoire récente du ninjutsu, en France comme ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste un fait : depuis 1990, le dojo de Vincennes est le point fixe de cette discipline en France, et Arnaud Cousergue celui qui l’a tenu. C’est la définition la plus simple d’une référence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>1944</strong> Naissance de Michel Coquet.</li>



<li><strong>1959</strong> Naissance d’Arnaud Cousergue à Casablanca.</li>



<li><strong>1969</strong> Cousergue commence le judo.</li>



<li><strong>1975</strong> Sylvain Guintard commence les arts martiaux ; il étudiera le sabre auprès de Michel Coquet.</li>



<li><strong>1979</strong> Cousergue obtient sa ceinture noire de judo.</li>



<li><strong>1984</strong> Guintard fait découvrir le ninjutsu à Cousergue.</li>



<li><strong>1985</strong> Naissance du Bujinkan France, lancé par Sylvain Guintard.</li>



<li><strong>1987</strong> Ouverture de plusieurs clubs parisiens.</li>



<li><strong>1989</strong> Cousergue devient <em>shidōshi</em>, cinquième dan. Guintard quitte l’organisation de Hatsumi et part vivre au Japon.</li>



<li><strong>1990</strong> Cousergue prend la direction du Bujinkan France.</li>



<li><strong>1992</strong> Installation à Vincennes : naissance du Kuma Dōjō.</li>



<li><strong>1993</strong> Premier <em>taikai</em> international avec Masaaki Hatsumi.</li>



<li><strong>1997</strong> Second <em>taikai</em> avec Hatsumi.</li>



<li><strong>2004</strong> Cousergue reçoit le quinzième dan.</li>



<li><strong>2014</strong> Titre de <em>Dai Shihan</em>. Parution de <em>The Spirit of Movement</em>.</li>



<li><strong>2017</strong> Parution de <em>Bujinkan Chronicles</em>.</li>



<li><strong>2018</strong> Laïd Bouadjadja devient à son tour <em>Dai Shihan</em>.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : ChokeNami, d’après le nom du Bujinkan en caractères japonais.</em></p>

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		<title>Masaaki Hatsumi, la référence mondiale du ninjutsu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 20:52:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Bujinkan]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Ninjutsu]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il a fait d’une curiosité japonaise une discipline mondiale. Son portrait doit tenir ensemble l’œuvre et les doutes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Sans lui, le ninjutsu serait resté une curiosité japonaise, quelques noms dans des traités et des romans. Masaaki Hatsumi en a fait une discipline enseignée sur tous les continents, avec ses dojos, ses grades et ses pèlerinages à Noda. Le portrait honnête d’un tel homme doit tenir deux choses à la fois : l’ampleur de ce qu’il a bâti, et les doutes sérieux qui pèsent sur l’ancienneté de ce qu’il a reçu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un rebouteux de Noda</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il naît le 2 décembre 1931 à Noda, dans la préfecture de Chiba, au nord-est de Tokyo. Son nom, 初見良昭, se lit à l’état civil Yoshiaki ; c’est sous une autre lecture des mêmes caractères, Masaaki, qu’il deviendra célèbre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’université, il exerce comme <em>seikotsu-shi</em>, rebouteux, un métier traditionnel japonais de soin des os et des articulations, très lié au monde du judo. Ce détail compte : toute sa vie, son enseignement parlera du corps comme d’une mécanique qu’on connaît de l’intérieur, et de la blessure comme de quelque chose qu’on évite plus qu’on ne l’inflige.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quinze ans d’apprentissage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À vingt-six ans, à la fin des années 1950, il rencontre celui qui va décider de sa vie : <strong>Takamatsu Toshitsugu</strong>, vieil homme installé dans la région de Nara, héritier de plusieurs écoles martiales anciennes. Hatsumi devient son élève. Pendant quinze ans, il traverse régulièrement le pays pour s’entraîner auprès de lui et de sa famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Takamatsu meurt le 2 avril 1972, après avoir transmis à son élève la direction de ses écoles. Hatsumi devient le trente-quatrième <em>sōke</em>, grand maître, de Togakure-ryū, et le chef de huit autres écoles. La même année, il fonde à Noda le <strong>Bujinkan</strong>, 武神館, la « maison du guerrier divin », qui réunit l’ensemble sous le nom de <em>budō taijutsu</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ouvrir la porte au monde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le geste décisif est celui-là : Hatsumi accepte des élèves étrangers. Dans les années 1970, l’Américain Stephen K. Hayes vient s’entraîner à Noda, puis ouvre un dojo aux États-Unis et publie des livres qui feront découvrir la discipline à un large public. D’autres suivent, d’Europe, d’Israël, d’Amérique latine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir des années 1980, c’est Hatsumi lui-même qui voyage. Il donne à l’étranger de grands stages internationaux, les <em>taikai</em>, qui rassemblent des pratiquants venus de nombreux pays. Le dojo de Vincennes en organise deux avec lui, en 1993 et en 1997, comme nous le racontons dans notre portrait d’Arnaud Cousergue.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="720" height="480" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo.webp" alt="Masaaki Hatsumi, assis en tenue sombre, remet un diplôme à un élève dans un dojo dont les murs portent des armes de bois" class="wp-image-404" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo.webp 720w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-300x200.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-500x333.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-700x467.webp 700w" sizes="(max-width: 720px) 100vw, 720px" /><figcaption class="wp-element-caption">Masaaki Hatsumi, à gauche, remet un diplôme d’enseignant à Shihan Iglesia, du Bujinkan argentin, dans son dojo. Photographie : Bujinkan Argentina, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le Bujinkan devient l’une des organisations martiales japonaises les plus internationales qui soient. Le revers est connu : un réseau aussi vaste, avec des grades délivrés par un seul homme, produit inévitablement des écarts de niveau d’un dojo à l’autre, et des débats récurrents, parmi les pratiquants eux-mêmes, sur la valeur des grades.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enseignement qui refuse la forme fixe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hatsumi enseigne d’une façon qui déroute ceux qui viennent du judo ou du karaté. Les écoles anciennes ont leurs techniques codifiées, et il les transmet. Mais à mesure que les années passent, il insiste de moins en moins sur la forme et de plus en plus sur ce qu’elle permet : bouger juste, au bon moment, sans plan préétabli, en s’adaptant à ce que fait l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses démonstrations de vieil homme, qui semblent ne rien faire et désarment pourtant des partenaires bien plus jeunes, sont devenues un objet de fascination et de débat. Pour ses élèves, c’est l’aboutissement d’une vie de pratique. Pour ses critiques, c’est un enseignement si libre qu’il devient impossible à transmettre ou à évaluer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les techniques sont la porte d’entrée. Ce qu’il voulait transmettre se trouvait derrière, et c’est la partie qui ne s’écrit pas.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’auteur, l’artiste, l’acteur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hatsumi publie beaucoup, au Japon comme en anglais. Parmi ses livres traduits : <em>Essence of Ninjutsu</em> en 1988, <em>The Way of the Ninja</em> en 2004, <em>Japanese Sword Fighting</em> en 2006, <em>Unarmed Fighting Techniques of the Samurai</em> en 2008, <em>The Essence of Budo</em> en 2011, <em>The Complete Ninja</em> en 2014. Il peint et calligraphie aussi, abondamment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il prête même son visage à la télévision. En 1988 et 1989, dans la série <em>Sekai Ninja Sen Jiraiya</em>, il joue le mentor du héros, un vieux maître présenté comme le trente-quatrième grand maître de Togakure-ryū, soit son propre titre. Le nom de la série reprend celui de Jiraiya, le ninja magicien des estampes du XIXe siècle : la boucle entre la légende et l’art martial est bouclée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les distinctions suivent. Le magazine américain <em>Black Belt</em> le nomme instructeur de l’année en 1986 ; il reçoit au Japon un prix culturel international en 2000, puis divers hommages à l’étranger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les doutes sur la lignée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut en parler, car c’est la question qui revient toujours. Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em>, dictionnaire de référence des écoles martiales japonaises, conteste dès 1963 la généalogie de Togakure-ryū telle que Takamatsu l’a présentée. L’édition de 1969 la juge assemblée récemment par Takamatsu lui-même ; celle de 1978 parle d’embellissements, de personnages vieillis pour donner à l’école plus d’ancienneté qu’elle n’en a.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun document indépendant, antérieur à Takamatsu, ne vient établir l’existence de cette école au XIIe siècle comme elle le revendique. Ce débat porte sur les généalogies, non sur Hatsumi, qui a transmis ce qu’il avait reçu. Il porte encore moins sur la valeur de ce qu’on pratique au Bujinkan, qui se mesure au dojo et non dans les archives.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La transmission</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Autour de son quatre-vingt-huitième anniversaire, en décembre 2019, Hatsumi annonce qui lui succède à la tête de ses écoles. Togakure-ryū revient à Tsutsui Takumi ; les autres écoles sont confiées à d’autres élèves japonais de longue date. Il se retire ensuite de l’enseignement actif.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="508" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1024x508.webp" alt="Photo de groupe en plein air : des pratiquants en dōgi noir du Bujinkan et d’autres en dōgi blanc, armes à la main" class="wp-image-405" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1024x508.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-300x149.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-768x381.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1536x761.webp 1536w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-500x248.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-700x347.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie.webp 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Démonstration commune à la fête des récoltes de Colonia Okinawa, colonie japonaise de Bolivie, en août 2011 ; le Bujinkan bolivien porte le dōgi noir. L’héritage de Hatsumi se mesure aussi là, à l’autre bout du monde. Photographie : 普頭, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre version redimensionnée est diffusée sous la même licence.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Son œuvre est singulière : un art martial moderne, assemblé à partir d’écoles dont l’âge reste discuté, enseigné avec une liberté qui en a désarçonné plus d’un, et pratiqué aujourd’hui de Noda à Vincennes et de Vincennes à la Bolivie. C’est à ce titre, et pas à un autre, qu’il est la référence mondiale de la discipline.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>1889</strong> Naissance de Takamatsu Toshitsugu, son futur maître.</li>



<li><strong>1931</strong> Naissance de Masaaki Hatsumi à Noda, le 2 décembre.</li>



<li><strong>Fin des années 1950</strong> Il devient l’élève de Takamatsu, pour quinze ans.</li>



<li><strong>1963</strong> Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em> met en doute la généalogie de Togakure-ryū.</li>



<li><strong>1972</strong> Mort de Takamatsu. Hatsumi, trente-quatrième grand maître, fonde le Bujinkan.</li>



<li><strong>Années 1970</strong> Premiers élèves étrangers, dont Stephen K. Hayes.</li>



<li><strong>1986</strong> Instructeur de l’année du magazine <em>Black Belt</em>.</li>



<li><strong>1988</strong> Parution d’<em>Essence of Ninjutsu</em>. Il joue dans la série <em>Sekai Ninja Sen Jiraiya</em>.</li>



<li><strong>1993</strong> Premier <em>taikai</em> international organisé avec lui par le dojo de Vincennes.</li>



<li><strong>1997</strong> Second <em>taikai</em> avec le dojo de Vincennes.</li>



<li><strong>2000</strong> Prix culturel international au Japon.</li>



<li><strong>2014</strong> Parution de <em>The Complete Ninja</em>.</li>



<li><strong>2019</strong> Il désigne ses successeurs ; Togakure-ryū revient à Tsutsui Takumi.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : ChokeNami, d’après le nom de Masaaki Hatsumi en caractères japonais.</em></p>

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		<title>Kanō Jigorō et l’invention du judo moderne</title>
		<link>https://chokenami.com/kano-jigoro-invention-du-judo/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 18:45:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kôdôkan]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Neuf élèves, douze tatamis, 1882. Ce qu’il enseigne n’a rien d’inédit ; la façon dont il l’organise, si.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1882, dans une salle de douze tatamis prêtée par un temple de Tokyo, un professeur qui n’a pas encore vingt-deux ans réunit neuf élèves. Ce qu’il leur enseigne n’a rien d’inédit. La façon dont il l’organise, si.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kanō Jigorō</strong> a d’abord été un élève chétif. Né en 1860 près de Kobe, monté à Tokyo avec son père, il cherche le jūjutsu pour cesser d’être celui qu’on bouscule. Il trouve une discipline en train de mourir : sous Meiji, le Japon regarde vers l’Occident, et les écoles de combat des samouraïs passent pour un reste encombrant d’un monde révolu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux écoles, deux idées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il apprend d’abord la Tenjin Shin’yō-ryū, auprès de Fukuda Hachinosuke puis d’Iso Masatomo : le corps à corps serré, les atemi, les étranglements. Il passe ensuite à la Kitō-ryū, avec Iikubo Tsunetoshi, où l’on travaille autrement : moins de force, plus de déséquilibre, l’adversaire tombe parce qu’on lui a pris son appui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ces deux héritages contraires, Kanō ne fait pas une synthèse polie. Il trie. Il garde ce qui fonctionne sous résistance réelle, écarte le reste, et surtout il nomme. Chaque technique reçoit un nom, une place dans une famille, une progression. Ce geste de bibliothécaire est son véritable apport : avant lui, le savoir se transmettait par imitation dans le secret d’une école ; après lui, il s’enseigne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi « voie » et non « technique »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom qu’il choisit dit son intention. Jūjutsu, c’est la technique de la souplesse. Jūdō, c’est la voie de la souplesse. Le glissement n’est pas décoratif : Kanō est un pédagogue de métier, futur directeur de l’École normale supérieure de Tokyo, et il pense sa discipline comme un instrument de formation, pas comme un arsenal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux formules résument sa doctrine. <em>Seiryoku zen’yō</em>, le meilleur emploi de l’énergie : obtenir le maximum d’effet avec le minimum de dépense. <em>Jita kyōei</em>, l’entraide et la prospérité mutuelles : on progresse par le partenaire, pas contre lui. La seconde est souvent citée comme une politesse de dojo. C’est en réalité une contrainte technique, car sans partenaire consentant, il n’y a pas de randori possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’invention du combat souple</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le point où Kanō change réellement la donne. Les écoles de jūjutsu s’entraînaient surtout par kata, formes convenues exécutées à deux, parce que leurs techniques étaient trop dangereuses pour être tentées à pleine vitesse. Kanō sépare les deux registres : il conserve le kata pour ce qui casse, et retire de la pratique libre les luxations d’épaule, les torsions de cou, les frappes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui reste peut être exécuté à pleine intensité, tous les jours, sans blesser. Le <em>randori</em> naît de cette soustraction. Un pratiquant de judo accumule en un an plus de répétitions en opposition réelle qu’un élève de kata en dix. L’avantage n’est pas moral, il est arithmétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système de grades suit la même logique de lisibilité : des kyū pour les élèves, des dan pour les gradés. Les deux premiers dan sont attribués dès 1883. La ceinture noire, elle, n’apparaît que quelques années plus tard, et le judogi tel qu’on le connaît vers 1907. L’image la plus célèbre du judo est donc plus récente que le judo lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le tournoi de 1886, et ce qu’on en raconte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit fondateur veut qu’en 1886, un tournoi organisé par la police de Tokyo ait opposé le Kōdōkan aux écoles traditionnelles, notamment la Totsuka-ha Yōshin-ryū, et que le judo l’ait emporté largement, emportant du même coup la question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre a bien eu lieu, mais le détail du score, la composition des équipes et jusqu’à l’année exacte varient selon les sources, et la version la plus répandue vient d’auteurs proches du Kōdōkan. Ce qui est certain tient au résultat institutionnel : la police adopte la méthode, les écoles normales l’adoptent, et le judo devient en une génération la pratique de référence au Japon. Une victoire sportive n’explique pas cela. Une victoire administrative, si.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Kanō n’a pas gagné parce que sa technique était supérieure. Il a gagné parce que sa méthode était enseignable à mille personnes à la fois.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’homme des institutions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La suite de sa vie se joue en costume plus qu’en judogi. Kanō dirige des écoles, forme des professeurs, siège au Comité international olympique à partir de 1909, premier Asiatique à y entrer, et conduit le Japon à ses premiers Jeux en 1912. Il meurt en 1938, en mer, sur le chemin du retour d’une session du CIO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne verra pas le judo olympique, qui n’arrive qu’en 1964 à Tokyo. Ses proches ont rapporté ses réserves : il craignait qu’une discipline conçue pour former des personnes ne se réduise à un tableau de médailles. Le débat n’a jamais cessé depuis, et il ressurgit à chaque réforme de l’arbitrage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui reste</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ce que pratique aujourd’hui un club de quartier vient de là : l’idée qu’on peut s’opposer pour de vrai sans se détruire, qu’une progression se mesure, qu’un professeur se forme. Le jiu-jitsu brésilien, le sambo et une bonne part du MMA moderne descendent de cette même décision de 1882, souvent sans le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanō n’a pas légué des médailles. Il a légué une méthode, ce qui est plus difficile à obtenir et beaucoup plus difficile à perdre.</p>

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		<title>Du sabre au shinai, comment le kendo a survécu à son usage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Aug 2026 18:45:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1876, le port du sabre devient illégal. La discipline qui en dépendait avait déjà, sous l’armure, de quoi lui survivre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe une photographie de 1873, prise par Suzuki Shin’ichi et coloriée à la main, qui montre trois hommes en armure d’entraînement. L’un est assis, l’autre lève son arme, le troisième attend. La légende manuscrite, en anglais, dit simplement <em>Fencing</em>. C’est l’image que nous avons choisie pour la rubrique Histoire de ce site, et elle tombe à un moment précis : celui où l’escrime japonaise ne sert déjà plus à rien, et pas encore à autre chose.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le problème du sabre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une école de sabre se heurte à une difficulté que les autres disciplines ignorent : on ne peut pas s’entraîner pour de bon. Deux lames vives règlent la question en une passe, et les sabres de bois, s’ils évitent les coupures, brisent les os avec constance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des siècles, les écoles ont donc travaillé par kata, formes fixées où chacun connaît son rôle. On y apprend beaucoup, mais on n’y apprend jamais ce que fait un adversaire qui ne veut pas jouer le sien. La lignée la plus ancienne encore transmise, la Katori Shintō-ryū fondée au XVe siècle, s’est bâtie sur cette contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux inventions et une conséquence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La solution arrive par l’équipement. Le <em>shinai</em>, sabre de lattes de bambou reliées, existe sous des formes anciennes dès le XVIe siècle. Au XVIIIe, plusieurs écoles lui adjoignent une armure : masque grillagé, plastron, protections d’avant-bras. On cite volontiers Naganuma Shirōzaemon dans la Jikishinkage-ryū et Nakanishi Chūta dans une branche de l’Ittō-ryū.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence dépasse le confort. Avec un shinai et une armure, on peut frapper vraiment, tous les jours, sur quelqu’un qui esquive vraiment. L’assaut libre devient possible.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>C’est le même calcul que fera Kanō Jigorō un siècle plus tard avec le judo : retirer ce qui blesse pour pouvoir répéter à pleine intensité. Le bambou est au sabre ce que le randori est au jūjutsu.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parenté n’est pas une coïncidence. Elle décrit une des rares manières dont un art de combat peut survivre à la disparition de son usage : en devenant vérifiable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1876, le sabre devient illégal</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le monde change. En 1876, l’édit du <em>haitōrei</em> interdit le port du sabre en public, achevant le démantèlement du statut de samouraï. Des milliers d’hommes dont l’identité tenait à une lame se retrouvent sans arme, sans rente et sans emploi. Les écoles ferment. Certains maîtres donnent des démonstrations payantes, spectacle de foire pour un art qui n’a plus de fonction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La photographie de 1873 date précisément de ces années suspendues. Ce qu’elle montre n’est déjà plus un entraînement militaire ; ce n’est pas encore un sport. Les tirages de ce genre étaient d’ailleurs souvent produits pour des voyageurs étrangers, curieux d’un Japon qu’on leur présentait comme éternel au moment même où il se démontait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sauvetage par la police et par l’école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sabre est sauvé par deux institutions qui n’en avaient pas besoin. La police d’abord : après la révolte de Satsuma en 1877, où l’arme blanche a resservi, la préfecture de police de Tokyo forme ses hommes à l’escrime et emploie d’anciens maîtres. L’école ensuite, quand la pratique entre progressivement dans l’enseignement secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1895, la fondation du Dai Nippon Butoku Kai à Kyoto donne à l’ensemble une administration : grades, titres, règles communes. Vers 1920, cette organisation retient officiellement le nom de <em>kendō</em>, la voie du sabre, à la place de <em>kenjutsu</em>, la technique du sabre. Le glissement est exactement celui que Kanō avait opéré pour le judo, et il dit la même chose : ce qui se transmet désormais n’est pas un métier, c’est une formation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Interdit, puis rendu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réussite a un revers. Dans les années 1930, le kendo est massivement enrôlé dans la formation militaire et nationaliste. En 1946, l’occupation américaine l’interdit purement et simplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il revient par une porte dérobée, sous le nom de <em>shinai kyōgi</em>, un sport de contact au bambou présenté comme neuf et sans passé. La fédération nationale se reconstitue en 1952. Peu de disciplines auront été à ce point démontées puis remontées en un siècle, et il faut le savoir pour comprendre la prudence avec laquelle le kendo parle aujourd’hui de sa propre histoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi un coup qui touche ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la particularité qui déroute tous les visiteurs. Quatre cibles seulement sont valables : la tête, les avant-bras, les flancs, la gorge. Et un coup porté correctement sur l’une d’elles ne vaut souvent aucun point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour être compté, il doit réunir <em>ki-ken-tai-ichi</em> : l’intention, l’arme et le corps dans le même instant, annoncés de la voix, prolongés par une vigilance qui ne retombe pas après la frappe. Un shinai qui atteint sa cible pendant que le corps s’arrête n’est pas une touche, c’est un accident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette exigence paraît formaliste. Elle est le dernier reste de la lame : avec un vrai sabre, un contact sans engagement du corps ne coupe pas. Le kendo a remplacé l’acier par du bambou, mais il a gardé la seule chose que le bambou ne pouvait pas simuler, et il l’a inscrite dans son arbitrage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les trois hommes de 1873 ne pouvaient pas savoir ce que deviendrait leur exercice. Ils avaient déjà, sous l’armure, ce qui allait lui permettre de survivre.</p>

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		<title>Le MMA en France, d’un interdit à une fédération</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 12:09:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Ciryl Gane]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdit en 2016, autorisé le 1er janvier 2020. Entre les deux, rien n’avait changé dans les salles.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pendant quatre ans, la France a interdit une discipline que des dizaines de milliers de personnes y pratiquaient déjà. Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, elle l’a autorisée. Entre les deux dates, rien n’avait changé dans les salles ; tout avait changé sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du MMA français ne commence pas en 2020. Elle commence bien avant, dans des gymnases qui enseignaient le grappling, le pancrace ou la boxe pieds-poings sans jamais prononcer les trois lettres. Ce que 2020 a changé, c’est la possibilité de dire son nom.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un interdit français</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, un arrêté ministériel prohibe explicitement la pratique et la diffusion du MMA sur le sol français. L’argument tient en un mot : la violence. Les images qui circulent alors sont celles des premiers tournois américains, sans catégories de poids et presque sans règles, et elles pèsent lourd dans le débat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette lecture avait une génération de retard. Le MMA de 2016 n’était plus celui de 1993 : catégories de poids, arbitrage, examens médicaux, interdiction des coups à la nuque et à la colonne. Mais l’interdiction ne portait pas sur le règlement, elle portait sur l’idée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat fut celui qu’on obtient toujours en interdisant une pratique installée : elle continue, hors cadre. Les estimations de l’époque situent entre trente mille et cinquante mille le nombre de pratiquants en France, sans fédération, sans licence, donc sans assurance ni contrôle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement de 2020</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, la ministre des Sports Roxana Maracineanu autorise la pratique du MMA et confie la discipline à la <strong>Fédération française de boxe</strong>. Le choix surprend une partie du milieu, qui espérait une fédération autonome, ou un rattachement à la lutte ou au judo, plus proches du travail au sol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’arrangement est présenté comme transitoire. Il a le mérite d’exister : il donne à la discipline un règlement, des officiels formés, un cadre médical et des compétitions déclarées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Une discipline devient un sport le jour où quelqu’un accepte d’en être responsable.</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la légalisation a changé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres ont suivi vite. En mai 2024, la France comptait près de soixante mille licenciés, après une année de croissance à trois chiffres. Des clubs qui enseignaient depuis dix ans ont pu afficher ce qu’ils faisaient. Des salles municipales se sont ouvertes. Des mineurs ont pu s’inscrire dans un cadre encadré, ce qui n’était pas rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan sportif, la reconnaissance arrive après les résultats, pas avant. <strong>Ciryl Gane</strong> devient champion intérimaire des poids lourds de l’UFC en août 2021 : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation. Il vient du muay-thaï, discipline où il a été deux fois champion de France, et il a commencé le MMA à vingt-cinq ans passés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un point que l’on oublie souvent : la génération française qui perce aujourd’hui s’est construite <em>ailleurs</em>. Karaté, judo, lutte, boxe thaï, sambo. L’interdiction n’a pas empêché les combattants d’exister, elle les a obligés à se former par morceaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’elle n’a pas réglé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Restent des questions ouvertes. La formation des entraîneurs, d’abord : un diplôme d’État ne se construit pas en trois saisons. La place des amateurs ensuite, dont les compétitions structurent une discipline bien plus que les galas professionnels. Et la santé des athlètes, qui suppose un suivi neurologique dont peu de sports de percussion se sont vraiment dotés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la tutelle reviendra aussi. Une discipline finit rarement sa vie dans la fédération d’une autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le MMA dit des arts martiaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une ironie à voir le MMA traité comme une nouveauté. Le premier tournoi de 1993 posait exactement la question que se posaient les écoles japonaises du XIX<sup>e</sup> siècle quand elles se rencontraient : que vaut ma technique face à une autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanô Jigorô avait répondu à sa façon, en confrontant son judo naissant aux écoles de jûjutsu. Les Gracie ont répondu à la leur, au Brésil, en acceptant tous les défis. Le MMA n’a rien inventé : il a rendu la confrontation permanente, réglée et publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui en ressort n’est pas qu’une discipline serait supérieure aux autres. C’est qu’aucune ne se suffit. Le combattant complet de 2026 emprunte à la lutte, au jiu-jitsu, à la boxe et au judo, exactement comme Kanô empruntait à la Tenjin Shin’yô-ryû et à la Kitô-ryû. La vague ne s’arrête pas ; elle change de nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les chiffres de licenciés évoluent d’une saison à l’autre. Ceux cités ici sont ceux publiés au printemps 2024.</em></p>

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		<title>Le dojo japonais, une salle qui a un haut et un bas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Aug 2026 20:28:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Aïkido]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dōjō veut dire le lieu de la voie. Une salle d’entraînement japonaise n’a jamais été pensée comme un gymnase.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le mot ne parle pas de sport. <em>Dōjō</em>, 道場, désigne le lieu de la voie. Il vient du vocabulaire bouddhiste, où il nommait l’endroit de l’éveil, avant d’être emprunté par les écoles de combat. Une salle d’entraînement japonaise n’a donc jamais été pensée comme un gymnase, et cela se voit dans sa disposition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une salle qui a un haut et un bas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un dojo traditionnel est orienté. Un côté, le <em>kamiza</em>, fait office de place d’honneur : on y trouve souvent une calligraphie, parfois un petit autel, le portrait du fondateur. Face à lui, le <em>shimoza</em>, où se rangent les élèves les moins gradés. Les deux flancs ont eux aussi leur nom et leur usage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette géographie n’est pas décorative, elle organise la séance : où l’on s’aligne, dans quel ordre, qui salue qui et dans quel sens. Un pratiquant occidental qui découvre un dojo japonais met souvent quelques jours à comprendre qu’il ne s’agit pas de déférence mais de circulation. Dans une salle où soixante personnes se déplacent en projetant, il faut bien que chacun sache où se tenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le salut à l’entrée obéit à la même logique. On ne salue pas un professeur, on salue le lieu, et on le refait en sortant, y compris quand il est vide.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sol fait la discipline</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’on foule détermine ce qu’on peut faire. Un dojo de kendo a un parquet posé sur lambourdes, souple, qui rend au pied l’énergie du <em>fumikomi</em>, ce claquement du talon qui accompagne la frappe. Sur un tatami, le même geste n’existe pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tatami de judo n’a lui-même presque plus rien du tatami domestique en paille de riz, remplacé depuis longtemps par des mousses à densité contrôlée. Le changement paraît technique. Il ne l’est pas : une surface qui absorbe davantage autorise des chutes plus violentes, donc des projections plus engagées, donc un judo différent. Le matériel a modifié la pratique aussi sûrement que les règlements.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On croit choisir un revêtement. On choisit en réalité quelles techniques resteront possibles dans dix ans.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Trois lieux, trois époques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Kōdōkan</strong> de Tokyo, fondé par Kanō Jigorō en 1882 dans une salle prêtée par un temple, occupe aujourd’hui un immeuble de plusieurs étages avec des centaines de tatamis. Il reste le siège mondial du judo et le passage obligé de qui veut comprendre d’où vient la discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Butokuden</strong> de Kyoto, bâti à la toute fin du XIXe siècle pour le Dai Nippon Butoku Kai, appartient à une autre logique : celle d’un État qui décide de rassembler et d’administrer les arts martiaux. Son architecture de bois, imposante, dit exactement cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>Nippon Budōkan</strong>, enfin, est construit pour les Jeux de Tokyo en 1964, année où le judo entre au programme olympique. Sa forme évoque un pavillon octogonal traditionnel, mais c’est une salle de quatorze mille places.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans après son inauguration, il accueille un concert des Beatles. L’épisode fait scandale : des voix s’élèvent contre l’usage d’un lieu dédié au budō pour de la musique populaire, et le bâtiment est protégé par un important dispositif policier. Le Budōkan est depuis devenu une salle de concert de référence. On peut y voir un reniement. On peut aussi y lire ce que devient un art martial quand il cesse d’être une préparation au combat pour devenir un patrimoine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vivre dedans</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dojo a longtemps été un lieu d’habitation autant que d’entraînement. L’<em>uchi-deshi</em>, l’élève de l’intérieur, y logeait, y faisait le ménage, ouvrait la salle et la fermait, et recevait en échange un enseignement que personne n’aurait songé à facturer à l’heure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce système a formé la plupart des maîtres du XXe siècle, y compris les étrangers venus s’y soumettre. Il a aussi produit des abus dont on parle davantage aujourd’hui. Il subsiste ici et là, très réduit, concurrencé par des formats plus courts et plus payants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le club de quartier en a gardé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des clubs français s’entraînent dans un gymnase municipal partagé avec le basket, dont on déroule les tatamis le mardi soir pour les ranger à vingt-deux heures. L’orientation, la calligraphie, le sol pensé pour une discipline : rien de tout cela n’est possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui survit tient à peu de chose, et c’est l’essentiel : on retire ses chaussures, on s’aligne, on salue avant et après, on nettoie la surface. Ces gestes paraissent folkloriques à qui les regarde de l’extérieur. Ils font pourtant exactement ce que faisait la géographie du dojo japonais, à savoir transformer une salle quelconque en un endroit où l’on a accepté des règles avant d’entrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un dojo n’est pas un bâtiment. C’est un accord, et il tient debout dans un gymnase prêté.</p>

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		<title>Funakoshi Gichin, le karaté hors d’Okinawa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Aug 2026 18:45:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
		<category><![CDATA[Kôdôkan]]></category>
		<category><![CDATA[Okinawa]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Invité à Tokyo en 1922 pour une démonstration, il n’est jamais rentré. La discipline non plus.</p>
<p>The post <a href="https://chokenami.com/funakoshi-le-karate-hors-dokinawa/">Funakoshi Gichin, le karaté hors d’Okinawa</a> appeared first on <a href="https://chokenami.com">ChokeNami</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1922, le ministère japonais de l’Éducation organise à Tokyo une grande exposition des sports du pays. Il invite, depuis Okinawa, un instituteur de cinquante-quatre ans pour y montrer une pratique locale que personne, sur l’archipel principal, ne connaît vraiment. <strong>Funakoshi Gichin</strong> fait le voyage. Il ne rentrera pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une pratique d’île</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Okinawa n’a pas toujours été japonaise. Le royaume des Ryūkyū, longtemps indépendant et tourné vers la Chine, n’est annexé qu’en 1879, onze ans après la naissance de Funakoshi. On y pratique un art de la main nue, le <em>te</em>, puis le <em>tōde</em>, littéralement la main de Chine, nourri d’échanges anciens avec le Fujian.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une histoire circule volontiers : les armes ayant été interdites aux habitants, ceux-ci auraient développé le combat à mains nues pour se défendre. Deux interdictions ont bien existé, l’une au XVe siècle, l’autre après l’invasion du clan Satsuma en 1609. Mais le lien direct entre ces mesures et la naissance du karaté relève de la reconstruction tardive : les historiens y voient surtout une belle histoire d’origine, forgée quand la discipline a eu besoin d’en avoir une.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est mieux établi est plus prosaïque. Funakoshi apprend auprès de deux maîtres de Shuri, <strong>Azato Ankō</strong> et <strong>Itosu Ankō</strong>, dans un cadre discret, souvent nocturne, un élève à la fois. Et c’est Itosu qui, au début du XXe siècle, obtient l’entrée du karaté dans les écoles d’Okinawa, en simplifiant des katas pour les rendre enseignables à des enfants. La pédagogie précède la renommée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que Tokyo demandait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi n’est pas le meilleur combattant de sa génération, et il ne l’a jamais prétendu. Il est autre chose, et c’est ce dont la situation a besoin : un instituteur, lettré, calligraphe, capable d’écrire, d’expliquer et de tenir un discours devant un ministère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Tokyo, il croise <strong>Kanō Jigorō</strong>, qui l’invite à démontrer au Kōdōkan. La rencontre est décisive, non par courtoisie mais par méthode. Le karaté d’Okinawa n’a ni tenue standard, ni grades, ni fédération, ni vocabulaire commun d’une école à l’autre. Le judo a tout cela depuis quarante ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi emprunte. La tenue blanche dérivée du judogi, les kyū et les dan, la ceinture noire, l’organisation de l’entraînement en groupe : le karaté que le monde connaîtra adopte l’enveloppe institutionnelle inventée par Kanō. On peut le regretter, on ne peut pas l’ignorer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux caractères qui changent tout</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste un problème de nom. 唐手 se lit karate et signifie la main de Chine. Dans le Japon des années 1930, en pleine tension avec le continent, l’origine chinoise d’une discipline qu’on veut nationale est un embarras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi retient une graphie différente, de même prononciation : 空手, la main vide. Puis il ajoute 道, la voie, comme Kanō l’avait fait avant lui. Le karaté-dō est né, et avec lui une justification philosophique commode, la vacuité, l’absence d’arme, l’esprit dépouillé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Okinawa, plusieurs maîtres n’ont pas apprécié. Effacer la Chine du nom revenait à effacer une filiation réelle pour convenance politique. Le reproche est fondé. Il n’a pas empêché le nouveau nom de s’imposer partout, et la plupart des pratiquants d’aujourd’hui ignorent qu’il y en a eu un autre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une discipline qui traverse une frontière ne se contente jamais de voyager. Elle se traduit, et toute traduction perd quelque chose.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix de la diffusion</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté d’Okinawa se transmettait à quelques élèves, avec un travail lent sur peu de katas et beaucoup d’applications. Le karaté universitaire japonais se pratique en rangs, au commandement, avec des positions plus basses et plus longues, plus lisibles pour un professeur qui corrige cinquante personnes à la fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fils de Funakoshi, <strong>Yoshitaka</strong>, pousse cette évolution vers plus de puissance et d’amplitude, et lui donne sa forme athlétique. Le style prendra le nom de <em>Shōtōkan</em>, la maison de Shōtō, du pseudonyme de calligraphe du père. Shōtō signifie les vagues de pins, le bruit du vent dans les pinèdes de Shuri où il marchait la nuit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la diffusion a coûté est identifiable : une part des applications au corps à corps, des saisies et des projections que les katas contiennent encore mais qu’on n’enseigne plus toujours. Ce qu’elle a rapporté l’est aussi : sans 1922, le karaté serait resté une pratique d’île, admirable et confidentielle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une phrase pour finir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi meurt en 1957, à quatre-vingt-huit ans, après avoir vu sa discipline s’installer dans les universités japonaises puis partir vers le reste du monde. Sur le monument élevé à sa mémoire est gravée la formule qu’il répétait : <em>karate ni sente nashi</em>, en karaté il n’y a pas de première attaque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On la lit d’ordinaire comme une règle morale. Elle se lit aussi comme une observation technique : celui qui frappe le premier a déjà choisi sa distance, son angle et son moment, et il a donc déjà renoncé à ceux de l’autre.</p>

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