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	<title>Okinawa Archives - ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
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		<title>Funakoshi Gichin, le karaté hors d’Okinawa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Aug 2026 18:45:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Invité à Tokyo en 1922 pour une démonstration, il n’est jamais rentré. La discipline non plus.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1922, le ministère japonais de l’Éducation organise à Tokyo une grande exposition des sports du pays. Il invite, depuis Okinawa, un instituteur de cinquante-quatre ans pour y montrer une pratique locale que personne, sur l’archipel principal, ne connaît vraiment. <strong>Funakoshi Gichin</strong> fait le voyage. Il ne rentrera pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une pratique d’île</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Okinawa n’a pas toujours été japonaise. Le royaume des Ryūkyū, longtemps indépendant et tourné vers la Chine, n’est annexé qu’en 1879, onze ans après la naissance de Funakoshi. On y pratique un art de la main nue, le <em>te</em>, puis le <em>tōde</em>, littéralement la main de Chine, nourri d’échanges anciens avec le Fujian.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une histoire circule volontiers : les armes ayant été interdites aux habitants, ceux-ci auraient développé le combat à mains nues pour se défendre. Deux interdictions ont bien existé, l’une au XVe siècle, l’autre après l’invasion du clan Satsuma en 1609. Mais le lien direct entre ces mesures et la naissance du karaté relève de la reconstruction tardive : les historiens y voient surtout une belle histoire d’origine, forgée quand la discipline a eu besoin d’en avoir une.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est mieux établi est plus prosaïque. Funakoshi apprend auprès de deux maîtres de Shuri, <strong>Azato Ankō</strong> et <strong>Itosu Ankō</strong>, dans un cadre discret, souvent nocturne, un élève à la fois. Et c’est Itosu qui, au début du XXe siècle, obtient l’entrée du karaté dans les écoles d’Okinawa, en simplifiant des katas pour les rendre enseignables à des enfants. La pédagogie précède la renommée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que Tokyo demandait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi n’est pas le meilleur combattant de sa génération, et il ne l’a jamais prétendu. Il est autre chose, et c’est ce dont la situation a besoin : un instituteur, lettré, calligraphe, capable d’écrire, d’expliquer et de tenir un discours devant un ministère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Tokyo, il croise <strong>Kanō Jigorō</strong>, qui l’invite à démontrer au Kōdōkan. La rencontre est décisive, non par courtoisie mais par méthode. Le karaté d’Okinawa n’a ni tenue standard, ni grades, ni fédération, ni vocabulaire commun d’une école à l’autre. Le judo a tout cela depuis quarante ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi emprunte. La tenue blanche dérivée du judogi, les kyū et les dan, la ceinture noire, l’organisation de l’entraînement en groupe : le karaté que le monde connaîtra adopte l’enveloppe institutionnelle inventée par Kanō. On peut le regretter, on ne peut pas l’ignorer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux caractères qui changent tout</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste un problème de nom. 唐手 se lit karate et signifie la main de Chine. Dans le Japon des années 1930, en pleine tension avec le continent, l’origine chinoise d’une discipline qu’on veut nationale est un embarras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi retient une graphie différente, de même prononciation : 空手, la main vide. Puis il ajoute 道, la voie, comme Kanō l’avait fait avant lui. Le karaté-dō est né, et avec lui une justification philosophique commode, la vacuité, l’absence d’arme, l’esprit dépouillé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Okinawa, plusieurs maîtres n’ont pas apprécié. Effacer la Chine du nom revenait à effacer une filiation réelle pour convenance politique. Le reproche est fondé. Il n’a pas empêché le nouveau nom de s’imposer partout, et la plupart des pratiquants d’aujourd’hui ignorent qu’il y en a eu un autre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Une discipline qui traverse une frontière ne se contente jamais de voyager. Elle se traduit, et toute traduction perd quelque chose.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix de la diffusion</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté d’Okinawa se transmettait à quelques élèves, avec un travail lent sur peu de katas et beaucoup d’applications. Le karaté universitaire japonais se pratique en rangs, au commandement, avec des positions plus basses et plus longues, plus lisibles pour un professeur qui corrige cinquante personnes à la fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fils de Funakoshi, <strong>Yoshitaka</strong>, pousse cette évolution vers plus de puissance et d’amplitude, et lui donne sa forme athlétique. Le style prendra le nom de <em>Shōtōkan</em>, la maison de Shōtō, du pseudonyme de calligraphe du père. Shōtō signifie les vagues de pins, le bruit du vent dans les pinèdes de Shuri où il marchait la nuit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la diffusion a coûté est identifiable : une part des applications au corps à corps, des saisies et des projections que les katas contiennent encore mais qu’on n’enseigne plus toujours. Ce qu’elle a rapporté l’est aussi : sans 1922, le karaté serait resté une pratique d’île, admirable et confidentielle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une phrase pour finir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Funakoshi meurt en 1957, à quatre-vingt-huit ans, après avoir vu sa discipline s’installer dans les universités japonaises puis partir vers le reste du monde. Sur le monument élevé à sa mémoire est gravée la formule qu’il répétait : <em>karate ni sente nashi</em>, en karaté il n’y a pas de première attaque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On la lit d’ordinaire comme une règle morale. Elle se lit aussi comme une observation technique : celui qui frappe le premier a déjà choisi sa distance, son angle et son moment, et il a donc déjà renoncé à ceux de l’autre.</p>

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