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	<title>ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
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		<title>La Luta Livre, du nord de Rio aux tapis français</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 20:28:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une lutte sans kimono, née face au jiu-jitsu. Flávio Peroba l’a apportée en France, Nicolas Renier l’a prouvée.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il existe au Brésil deux façons de gagner un combat au sol, nées à quelques kilomètres l’une de l’autre, et qui se sont détestées pendant soixante ans. L’une porte un kimono et s’est exportée dans le monde entier. L’autre combat torse nu et reste, hors du Brésil, une affaire de spécialistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tatu, ou le sol sans kimono</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>luta livre</em>, littéralement le combat libre, se forme à Rio dans les années 1920 et 1930 autour d’<strong>Euclydes Hatem</strong>, surnommé Tatu, le tatou. Le matériau vient du <em>catch as catch can</em> anglo-saxon et du jūjutsu japonais arrivé par les mêmes bateaux que celui des Gracie, mais le choix de départ diffère : on travaille sans veste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce détail vestimentaire commande tout le reste. Sans kimono, aucune saisie de tissu, donc aucun contrôle par le col ou la manche, donc aucun étranglement à la veste. Il faut tenir par le corps, ce qui privilégie les crochets, la pression du poids, le contrôle des hanches. Et comme le haut du corps offre moins de prises, l’attention descend vers les jambes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La luta livre a donc développé tôt un jeu de clés de jambes que le jiu-jitsu de compétition a longtemps considéré comme dangereux, mal élevé, ou les deux. C’est le même mécanisme que celui qui a produit les spécialistes de jambes du <a href="/sambo-une-discipline-et-son-fondateur-efface/">sambo</a> : une contrainte de règlement fabrique une école.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une rivalité qui n’était pas que technique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’opposition avec le jiu-jitsu a une dimension sociale que les résumés techniques escamotent. Le kimono coûte cher, les académies de jiu-jitsu se sont installées dans les quartiers aisés de la zone sud de Rio, tandis que la luta livre s’est enracinée plus au nord, dans des salles où l’on venait s’entraîner en short parce que c’est ce qu’on avait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les décennies suivantes empilent les défis, les bagarres de plage et les règlements de comptes. Le point d’orgue arrive en 1991 avec un affrontement par équipes, très médiatisé, que le jiu-jitsu remporte nettement. La luta livre ne s’en relève pas en termes d’image, au moment précis où le jiu-jitsu s’apprête à conquérir le monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cette rivalité a fait plus pour le niveau technique brésilien que n’importe quel programme fédéral. Elle a aussi coûté à la luta livre la place qu’elle méritait.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La suite lui donne pourtant raison sur le fond. Quand le MMA impose le combat sans veste, tout ce que la luta livre travaillait depuis toujours redevient central. Des combattants issus de cette école, comme Marco Ruas ou Pedro Rizzo, s’imposent dans les premières années des tournois internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Flávio Peroba Santiago, le passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En France, la discipline a un nom, et un seul au commencement. <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> commence la luta livre au Brésil en 1994, auprès de Mestre Brunocilla. Il s’installe en France en 2001 et entreprend d’y implanter une pratique que personne n’enseigne, dans un pays où le jiu-jitsu brésilien occupe déjà le terrain et où le MMA est illégal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat se lit dans la liste de ceux qu’il a formés ou accompagnés : <strong>Cheick Kongo</strong>, qui fera une longue carrière internationale en MMA, mais aussi Johnny Frachey, Mathieu Husson, Kassim Annan, Nayeb Hezam. Des champions de grappling comme des combattants de MMA, à une époque où les deux mondes se côtoyaient dans les mêmes salles faute d’avoir chacun les leurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son apport ne tient pas à un palmarès personnel. Il tient à ce qu’il a fait exister : une filière technique complète, sans kimono, à un moment où le grappling français n’en avait pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nicolas Renier, la démonstration par la compétition</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nicolas Renier</strong> apprend la luta livre auprès de Flávio Santiago, puis auprès des frères Nogueira. Il est désigné grappler français de l’année en 2007. En 2009, il fonde sa propre structure, NRFight, et devient la même année champion d’Europe et champion du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que Peroba avait apporté comme pratique, Renier l’a validé sur le tapis international, ce qui n’est pas la même chose et compte tout autant. Une discipline importée reste une curiosité tant que personne ne gagne avec. À partir du moment où un Français formé en France gagne à l’étranger, l’argument devient difficile à contourner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le duo décrit assez bien la mécanique de toute implantation réussie : quelqu’un apporte, quelqu’un prouve, et la troisième génération n’a plus besoin de justifier son existence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il en reste aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot luta livre s’entend moins qu’avant en Europe, largement absorbé par le terme générique de grappling, plus commode pour les fédérations et les compétitions. C’est une perte de nom plus qu’une perte de substance : le jeu de jambes, la pression sans saisie de tissu, le refus du confort de la veste continuent d’irriguer ce qui se pratique dans les salles françaises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de pratiquants aujourd’hui en short sur un tapis ignorent qu’ils font des gestes venus du nord de Rio, transmis par un Brésilien arrivé en France en 2001. Ce n’est pas grave. Mais cela vaut la peine d’être écrit quelque part.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les éléments concernant Flávio Peroba Santiago et Nicolas Renier proviennent de sources publiques françaises consacrées à la discipline. Si vous avez pratiqué dans ces salles et que quelque chose vous paraît inexact ou incomplet, écrivez-nous.</em></p>

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		<title>Kanō Jigorō et l’invention du judo moderne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 18:45:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kôdôkan]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Neuf élèves, douze tatamis, 1882. Ce qu’il enseigne n’a rien d’inédit ; la façon dont il l’organise, si.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1882, dans une salle de douze tatamis prêtée par un temple de Tokyo, un professeur qui n’a pas encore vingt-deux ans réunit neuf élèves. Ce qu’il leur enseigne n’a rien d’inédit. La façon dont il l’organise, si.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kanō Jigorō</strong> a d’abord été un élève chétif. Né en 1860 près de Kobe, monté à Tokyo avec son père, il cherche le jūjutsu pour cesser d’être celui qu’on bouscule. Il trouve une discipline en train de mourir : sous Meiji, le Japon regarde vers l’Occident, et les écoles de combat des samouraïs passent pour un reste encombrant d’un monde révolu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux écoles, deux idées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il apprend d’abord la Tenjin Shin’yō-ryū, auprès de Fukuda Hachinosuke puis d’Iso Masatomo : le corps à corps serré, les atemi, les étranglements. Il passe ensuite à la Kitō-ryū, avec Iikubo Tsunetoshi, où l’on travaille autrement : moins de force, plus de déséquilibre, l’adversaire tombe parce qu’on lui a pris son appui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ces deux héritages contraires, Kanō ne fait pas une synthèse polie. Il trie. Il garde ce qui fonctionne sous résistance réelle, écarte le reste, et surtout il nomme. Chaque technique reçoit un nom, une place dans une famille, une progression. Ce geste de bibliothécaire est son véritable apport : avant lui, le savoir se transmettait par imitation dans le secret d’une école ; après lui, il s’enseigne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi « voie » et non « technique »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom qu’il choisit dit son intention. Jūjutsu, c’est la technique de la souplesse. Jūdō, c’est la voie de la souplesse. Le glissement n’est pas décoratif : Kanō est un pédagogue de métier, futur directeur de l’École normale supérieure de Tokyo, et il pense sa discipline comme un instrument de formation, pas comme un arsenal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux formules résument sa doctrine. <em>Seiryoku zen’yō</em>, le meilleur emploi de l’énergie : obtenir le maximum d’effet avec le minimum de dépense. <em>Jita kyōei</em>, l’entraide et la prospérité mutuelles : on progresse par le partenaire, pas contre lui. La seconde est souvent citée comme une politesse de dojo. C’est en réalité une contrainte technique, car sans partenaire consentant, il n’y a pas de randori possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’invention du combat souple</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le point où Kanō change réellement la donne. Les écoles de jūjutsu s’entraînaient surtout par kata, formes convenues exécutées à deux, parce que leurs techniques étaient trop dangereuses pour être tentées à pleine vitesse. Kanō sépare les deux registres : il conserve le kata pour ce qui casse, et retire de la pratique libre les luxations d’épaule, les torsions de cou, les frappes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui reste peut être exécuté à pleine intensité, tous les jours, sans blesser. Le <em>randori</em> naît de cette soustraction. Un pratiquant de judo accumule en un an plus de répétitions en opposition réelle qu’un élève de kata en dix. L’avantage n’est pas moral, il est arithmétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système de grades suit la même logique de lisibilité : des kyū pour les élèves, des dan pour les gradés. Les deux premiers dan sont attribués dès 1883. La ceinture noire, elle, n’apparaît que quelques années plus tard, et le judogi tel qu’on le connaît vers 1907. L’image la plus célèbre du judo est donc plus récente que le judo lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le tournoi de 1886, et ce qu’on en raconte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit fondateur veut qu’en 1886, un tournoi organisé par la police de Tokyo ait opposé le Kōdōkan aux écoles traditionnelles, notamment la Totsuka-ha Yōshin-ryū, et que le judo l’ait emporté largement, emportant du même coup la question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre a bien eu lieu, mais le détail du score, la composition des équipes et jusqu’à l’année exacte varient selon les sources, et la version la plus répandue vient d’auteurs proches du Kōdōkan. Ce qui est certain tient au résultat institutionnel : la police adopte la méthode, les écoles normales l’adoptent, et le judo devient en une génération la pratique de référence au Japon. Une victoire sportive n’explique pas cela. Une victoire administrative, si.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Kanō n’a pas gagné parce que sa technique était supérieure. Il a gagné parce que sa méthode était enseignable à mille personnes à la fois.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’homme des institutions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La suite de sa vie se joue en costume plus qu’en judogi. Kanō dirige des écoles, forme des professeurs, siège au Comité international olympique à partir de 1909, premier Asiatique à y entrer, et conduit le Japon à ses premiers Jeux en 1912. Il meurt en 1938, en mer, sur le chemin du retour d’une session du CIO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne verra pas le judo olympique, qui n’arrive qu’en 1964 à Tokyo. Ses proches ont rapporté ses réserves : il craignait qu’une discipline conçue pour former des personnes ne se réduise à un tableau de médailles. Le débat n’a jamais cessé depuis, et il ressurgit à chaque réforme de l’arbitrage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui reste</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ce que pratique aujourd’hui un club de quartier vient de là : l’idée qu’on peut s’opposer pour de vrai sans se détruire, qu’une progression se mesure, qu’un professeur se forme. Le jiu-jitsu brésilien, le sambo et une bonne part du MMA moderne descendent de cette même décision de 1882, souvent sans le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanō n’a pas légué des médailles. Il a légué une méthode, ce qui est plus difficile à obtenir et beaucoup plus difficile à perdre.</p>

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		<title>Le code moral en manga : l’Amitié</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 22:04:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est le plus pur des sentiments humains.</p>
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		<title>Le code moral en manga : l’Honneur</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 22:04:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est être fidèle à la parole donnée.</p>
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		<title>Le code moral en manga : le Courage</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 22:03:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est faire ce qui est juste.</p>
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		<title>Le code moral en manga : la Politesse</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 22:03:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est le respect d’autrui.</p>
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		<title>Ce que la France a apporté aux arts martiaux</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 12:09:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Des Français ont gagné, enseigné et défriché. Clin d’œil à quelques-uns, du judo à la Luta Livre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">On raconte volontiers les arts martiaux comme une affaire japonaise, puis brésilienne. C’est vrai, et c’est incomplet. Des Français ont gagné, enseigné et transmis, parfois en défrichant des disciplines que personne ne connaissait ici. Clin d’œil à quelques-uns.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le judo, une maison française</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La France est l’un des pays les plus licenciés au monde en judo, et cela ne doit rien au hasard : la discipline y a été implantée tôt, structurée par des clubs, et enseignée à des enfants avant d’être un sport de haut niveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>David Douillet</strong> a donné à ce judo son premier visage populaire. Quatre titres mondiaux, et deux titres olympiques, à Atlanta en 1996 puis à Sydney en 2000. Pour toute une génération, le judo a eu sa tête et sa carrure.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Teddy Riner</strong> a fait autre chose : il a duré. Onze titres de champion du monde, des médailles olympiques sur cinq Jeux consécutifs, de Pékin 2008 à Paris 2024. La longévité, dans une discipline où l’on tombe pour de vrai plusieurs fois par entraînement, est un exploit distinct de la victoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’il faut retenir n’est pas le décompte. C’est qu’un pays sans tradition japonaise a produit, pendant trente ans, des judokas que le Japon devait battre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le karaté, une médaille qui n’a existé qu’une fois</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le karaté n’a été au programme olympique qu’une seule fois, à Tokyo en 2021. Une seule édition, jamais reconduite depuis. <strong>Steven Da Costa</strong> y a remporté la toute première médaille d’or olympique du kumite masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Champion du monde en 2018, double champion d’Europe, il gagne le jour où la discipline entre et sort de l’olympisme. Ce titre-là ne sera partagé avec personne : il restera le premier, et pour l’instant le seul.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Luta Livre a un père en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la partie que l’on raconte le moins. La <em>luta livre esportiva</em>, cette lutte brésilienne au sol qui se pratique sans kimono, n’existait pas en France avant que <strong>Flávio Peroba Santiago</strong> ne la porte ici. Mestre de la discipline, il l’a enseignée, structurée, et formée à partir de presque rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une bonne partie de l’histoire de la Luta Livre française s’est écrite dans une salle de Vanves. Pas dans un centre national, pas dans un institut : dans un club.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les élèves qu’il a formés, <strong>Nicolas Renier</strong> est devenu l’un des meilleurs compétiteurs du circuit, titré en 70 kilos sous les couleurs de son équipe. La chaîne est courte et lisible : un homme arrive, enseigne, et vingt ans plus tard ses élèves gagnent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement le schéma des Gracie au Brésil, un siècle plus tôt, à partir de ce que Mitsuyo Maeda leur avait transmis. Une discipline voyage rarement par les institutions. Elle voyage par des gens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le MMA, une génération sans terrain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les combattants français de MMA ont une particularité : ils se sont construits pendant que leur discipline était interdite en France, jusqu’en 2020. Aucune filière, aucun pôle, aucune licence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ciryl Gane</strong> en est l’exemple le plus net. Deux fois champion de France de muay-thaï, il commence le MMA tard et devient, en août 2021, champion intérimaire des poids lourds de l’UFC : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière lui, une génération entière arrive, souvent issue du karaté, du judo, de la lutte ou de la boxe. Le paradoxe est plaisant : l’interdiction a forcé ces combattants à d’abord devenir bons ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ceux qu’on ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liste est injuste, comme toutes les listes. Elle laisse de côté les championnes, nombreuses et souvent moins racontées. Elle laisse de côté les entraîneurs, dont le nom n’apparaît sur aucun palmarès. Et elle laisse de côté l’essentiel : les professeurs de club qui, un mardi soir, corrigent une saisie à un gamin de douze ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un titre mondial est un aboutissement. Une discipline qui survit à son fondateur est autre chose. Kanô n’a pas légué des médailles, il a légué une méthode. Flávio Peroba Santiago n’a pas apporté un palmarès en France, il a apporté une pratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous voulez ajouter un nom à cette page, écrivez-nous. Elle est faite pour s’allonger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les palmarès évoluent. Ceux mentionnés ici ont été vérifiés à la publication ; signalez-nous toute inexactitude.</em></p>

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		<title>Du sabre au shinai, comment le kendo a survécu à son usage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Aug 2026 18:45:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Kendo]]></category>
		<category><![CDATA[Meiji]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1876, le port du sabre devient illégal. La discipline qui en dépendait avait déjà, sous l’armure, de quoi lui survivre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe une photographie de 1873, prise par Suzuki Shin’ichi et coloriée à la main, qui montre trois hommes en armure d’entraînement. L’un est assis, l’autre lève son arme, le troisième attend. La légende manuscrite, en anglais, dit simplement <em>Fencing</em>. C’est l’image que nous avons choisie pour la rubrique Histoire de ce site, et elle tombe à un moment précis : celui où l’escrime japonaise ne sert déjà plus à rien, et pas encore à autre chose.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le problème du sabre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une école de sabre se heurte à une difficulté que les autres disciplines ignorent : on ne peut pas s’entraîner pour de bon. Deux lames vives règlent la question en une passe, et les sabres de bois, s’ils évitent les coupures, brisent les os avec constance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des siècles, les écoles ont donc travaillé par kata, formes fixées où chacun connaît son rôle. On y apprend beaucoup, mais on n’y apprend jamais ce que fait un adversaire qui ne veut pas jouer le sien. La lignée la plus ancienne encore transmise, la Katori Shintō-ryū fondée au XVe siècle, s’est bâtie sur cette contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux inventions et une conséquence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La solution arrive par l’équipement. Le <em>shinai</em>, sabre de lattes de bambou reliées, existe sous des formes anciennes dès le XVIe siècle. Au XVIIIe, plusieurs écoles lui adjoignent une armure : masque grillagé, plastron, protections d’avant-bras. On cite volontiers Naganuma Shirōzaemon dans la Jikishinkage-ryū et Nakanishi Chūta dans une branche de l’Ittō-ryū.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence dépasse le confort. Avec un shinai et une armure, on peut frapper vraiment, tous les jours, sur quelqu’un qui esquive vraiment. L’assaut libre devient possible.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>C’est le même calcul que fera Kanō Jigorō un siècle plus tard avec le judo : retirer ce qui blesse pour pouvoir répéter à pleine intensité. Le bambou est au sabre ce que le randori est au jūjutsu.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parenté n’est pas une coïncidence. Elle décrit une des rares manières dont un art de combat peut survivre à la disparition de son usage : en devenant vérifiable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1876, le sabre devient illégal</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le monde change. En 1876, l’édit du <em>haitōrei</em> interdit le port du sabre en public, achevant le démantèlement du statut de samouraï. Des milliers d’hommes dont l’identité tenait à une lame se retrouvent sans arme, sans rente et sans emploi. Les écoles ferment. Certains maîtres donnent des démonstrations payantes, spectacle de foire pour un art qui n’a plus de fonction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La photographie de 1873 date précisément de ces années suspendues. Ce qu’elle montre n’est déjà plus un entraînement militaire ; ce n’est pas encore un sport. Les tirages de ce genre étaient d’ailleurs souvent produits pour des voyageurs étrangers, curieux d’un Japon qu’on leur présentait comme éternel au moment même où il se démontait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sauvetage par la police et par l’école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sabre est sauvé par deux institutions qui n’en avaient pas besoin. La police d’abord : après la révolte de Satsuma en 1877, où l’arme blanche a resservi, la préfecture de police de Tokyo forme ses hommes à l’escrime et emploie d’anciens maîtres. L’école ensuite, quand la pratique entre progressivement dans l’enseignement secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1895, la fondation du Dai Nippon Butoku Kai à Kyoto donne à l’ensemble une administration : grades, titres, règles communes. Vers 1920, cette organisation retient officiellement le nom de <em>kendō</em>, la voie du sabre, à la place de <em>kenjutsu</em>, la technique du sabre. Le glissement est exactement celui que Kanō avait opéré pour le judo, et il dit la même chose : ce qui se transmet désormais n’est pas un métier, c’est une formation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Interdit, puis rendu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réussite a un revers. Dans les années 1930, le kendo est massivement enrôlé dans la formation militaire et nationaliste. En 1946, l’occupation américaine l’interdit purement et simplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il revient par une porte dérobée, sous le nom de <em>shinai kyōgi</em>, un sport de contact au bambou présenté comme neuf et sans passé. La fédération nationale se reconstitue en 1952. Peu de disciplines auront été à ce point démontées puis remontées en un siècle, et il faut le savoir pour comprendre la prudence avec laquelle le kendo parle aujourd’hui de sa propre histoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi un coup qui touche ne compte pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la particularité qui déroute tous les visiteurs. Quatre cibles seulement sont valables : la tête, les avant-bras, les flancs, la gorge. Et un coup porté correctement sur l’une d’elles ne vaut souvent aucun point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour être compté, il doit réunir <em>ki-ken-tai-ichi</em> : l’intention, l’arme et le corps dans le même instant, annoncés de la voix, prolongés par une vigilance qui ne retombe pas après la frappe. Un shinai qui atteint sa cible pendant que le corps s’arrête n’est pas une touche, c’est un accident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette exigence paraît formaliste. Elle est le dernier reste de la lame : avec un vrai sabre, un contact sans engagement du corps ne coupe pas. Le kendo a remplacé l’acier par du bambou, mais il a gardé la seule chose que le bambou ne pouvait pas simuler, et il l’a inscrite dans son arbitrage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les trois hommes de 1873 ne pouvaient pas savoir ce que deviendrait leur exercice. Ils avaient déjà, sous l’armure, ce qui allait lui permettre de survivre.</p>

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		<title>Genpei : Minamoto contre Taira, la guerre qui invente le shogunat</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 21:36:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Samouraïs]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Minamoto]]></category>
		<category><![CDATA[Taira]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Kiyomori avait voulu entrer dans la cour. Yoritomo a compris qu’il valait mieux gouverner depuis ailleurs.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Deux familles descendues du même palais, portant chacune le nom qu’un empereur leur a donné en les écartant du trône, se disputent le Japon pendant cinq ans. À la fin, l’une a disparu, l’autre a inventé une forme de gouvernement qui durera sept siècles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le cadet et la marche</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Rappelons le mécanisme, car il explique tout. Une cour impériale qui multiplie les princes finit par ne plus pouvoir les entretenir. Elle les verse alors dans le rang des sujets, leur donne un nom, <strong>Minamoto</strong> ou <strong>Taira</strong>, et une charge en province.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux siècles plus tard, ces exilés ont des terres, des hommes et des chevaux, et la capitale n’a plus que du prestige. Les Taira prennent l’avantage les premiers : <strong>Taira no Kiyomori</strong> s’installe au cœur du pouvoir, marie sa fille à l’empereur et fait de son petit-fils l’héritier du trône. La cour est désormais tenue par un guerrier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Cinq ans, trois batailles</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1180, un prince écarté appelle à la révolte. Les Minamoto, écrasés vingt ans plus tôt, se relèvent. <strong>Minamoto no Yoritomo</strong>, exilé dans l’est depuis l’enfance, fédère les maisons du Kantō ; son demi-frère <strong>Yoshitsune</strong> conduit les armées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kiyomori meurt dès 1181 et les Taira perdent leur tête politique. Suivent Ichi-no-Tani, où Yoshitsune fait descendre sa cavalerie par une pente jugée impraticable, puis Yashima, puis Dan-no-ura en 1185, bataille navale dans le détroit de Shimonoseki. Les Taira y sont anéantis. L’empereur enfant Antoku, petit-fils de Kiyomori, disparaît dans la mer avec sa suite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que Yoritomo fait de sa victoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La suite est la partie intéressante, et la plus souvent escamotée. Yoritomo ne prend pas la place des Taira. Il ne s’installe pas à Kyoto, ne se marie pas dans la famille impériale, ne cherche pas à devenir régent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il reste à Kamakura, à quatre cents kilomètres de la cour, et y bâtit une administration parallèle avec ses propres intendants dans les provinces. En 1192, il obtient le titre de shōgun. L’empereur demeure, avec ses rites et sa légitimité ; le pouvoir réel est ailleurs, et il y restera jusqu’en 1868.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Kiyomori avait voulu entrer dans la cour. Yoritomo a compris qu’il valait mieux la laisser où elle était et gouverner depuis ailleurs.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Il élimine aussi Yoshitsune, son frère et meilleur général, qui meurt traqué en 1189. La logique est celle de la maison : un capitaine trop populaire est une menace pour la lignée, quel que soit son sang.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le récit, et ce qu’il a fabriqué</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette guerre a produit le grand texte épique japonais, le <em>Dit des Heike</em>, récité pendant des siècles par des moines aveugles s’accompagnant du biwa. Il ouvre sur le son de la cloche et l’impermanence de toute chose, et fait des Taira des vaincus magnifiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut le lire pour ce qu’il est : une œuvre littéraire, composée bien après les faits, qui a durablement modelé l’image du guerrier japonais. Le duel courtois où l’on décline son nom avant de combattre, la mort choisie plutôt que la capture, la mélancolie du perdant, tout cela vient de là autant que des champs de bataille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à Yoshitsune, brillant et sacrifié, il devient le héros tragique par excellence, sujet inépuisable du théâtre. On mesure mal, aujourd’hui, à quel point l’idée que nous nous faisons du samouraï passe par ces textes plutôt que par les archives.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et l’art de combattre, dans tout cela</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le guerrier de Genpei n’est pas l’escrimeur qu’on imagine. C’est avant tout un archer monté : <em>kyūba no michi</em>, la voie de l’arc et du cheval, désigne alors ce que nous appellerions les arts martiaux. Le sabre vient loin derrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le corps à corps existe, mais sous une forme précise : amener un homme en armure au sol pour l’immobiliser et l’achever à la lame courte. C’est de là que descendent les saisies dont sortira le jūjutsu, quatre siècles plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a donc aucune continuité technique entre Dan-no-ura et un tatami d’aujourd’hui. Ce qui a traversé, c’est autre chose : l’idée d’une maison qui transmet, d’un savoir qu’on garde et qu’on lègue. Le reste a changé à chaque fois que le monde a changé.</p>

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		<title>Le MMA en France, d’un interdit à une fédération</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 12:09:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Ciryl Gane]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Interdit en 2016, autorisé le 1er janvier 2020. Entre les deux, rien n’avait changé dans les salles.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pendant quatre ans, la France a interdit une discipline que des dizaines de milliers de personnes y pratiquaient déjà. Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, elle l’a autorisée. Entre les deux dates, rien n’avait changé dans les salles ; tout avait changé sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du MMA français ne commence pas en 2020. Elle commence bien avant, dans des gymnases qui enseignaient le grappling, le pancrace ou la boxe pieds-poings sans jamais prononcer les trois lettres. Ce que 2020 a changé, c’est la possibilité de dire son nom.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un interdit français</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, un arrêté ministériel prohibe explicitement la pratique et la diffusion du MMA sur le sol français. L’argument tient en un mot : la violence. Les images qui circulent alors sont celles des premiers tournois américains, sans catégories de poids et presque sans règles, et elles pèsent lourd dans le débat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette lecture avait une génération de retard. Le MMA de 2016 n’était plus celui de 1993 : catégories de poids, arbitrage, examens médicaux, interdiction des coups à la nuque et à la colonne. Mais l’interdiction ne portait pas sur le règlement, elle portait sur l’idée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat fut celui qu’on obtient toujours en interdisant une pratique installée : elle continue, hors cadre. Les estimations de l’époque situent entre trente mille et cinquante mille le nombre de pratiquants en France, sans fédération, sans licence, donc sans assurance ni contrôle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement de 2020</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>er</sup> janvier 2020, la ministre des Sports Roxana Maracineanu autorise la pratique du MMA et confie la discipline à la <strong>Fédération française de boxe</strong>. Le choix surprend une partie du milieu, qui espérait une fédération autonome, ou un rattachement à la lutte ou au judo, plus proches du travail au sol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’arrangement est présenté comme transitoire. Il a le mérite d’exister : il donne à la discipline un règlement, des officiels formés, un cadre médical et des compétitions déclarées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Une discipline devient un sport le jour où quelqu’un accepte d’en être responsable.</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la légalisation a changé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres ont suivi vite. En mai 2024, la France comptait près de soixante mille licenciés, après une année de croissance à trois chiffres. Des clubs qui enseignaient depuis dix ans ont pu afficher ce qu’ils faisaient. Des salles municipales se sont ouvertes. Des mineurs ont pu s’inscrire dans un cadre encadré, ce qui n’était pas rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan sportif, la reconnaissance arrive après les résultats, pas avant. <strong>Ciryl Gane</strong> devient champion intérimaire des poids lourds de l’UFC en août 2021 : le premier Français à décrocher une ceinture dans cette organisation. Il vient du muay-thaï, discipline où il a été deux fois champion de France, et il a commencé le MMA à vingt-cinq ans passés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un point que l’on oublie souvent : la génération française qui perce aujourd’hui s’est construite <em>ailleurs</em>. Karaté, judo, lutte, boxe thaï, sambo. L’interdiction n’a pas empêché les combattants d’exister, elle les a obligés à se former par morceaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’elle n’a pas réglé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Restent des questions ouvertes. La formation des entraîneurs, d’abord : un diplôme d’État ne se construit pas en trois saisons. La place des amateurs ensuite, dont les compétitions structurent une discipline bien plus que les galas professionnels. Et la santé des athlètes, qui suppose un suivi neurologique dont peu de sports de percussion se sont vraiment dotés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la tutelle reviendra aussi. Une discipline finit rarement sa vie dans la fédération d’une autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le MMA dit des arts martiaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une ironie à voir le MMA traité comme une nouveauté. Le premier tournoi de 1993 posait exactement la question que se posaient les écoles japonaises du XIX<sup>e</sup> siècle quand elles se rencontraient : que vaut ma technique face à une autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kanô Jigorô avait répondu à sa façon, en confrontant son judo naissant aux écoles de jûjutsu. Les Gracie ont répondu à la leur, au Brésil, en acceptant tous les défis. Le MMA n’a rien inventé : il a rendu la confrontation permanente, réglée et publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui en ressort n’est pas qu’une discipline serait supérieure aux autres. C’est qu’aucune ne se suffit. Le combattant complet de 2026 emprunte à la lutte, au jiu-jitsu, à la boxe et au judo, exactement comme Kanô empruntait à la Tenjin Shin’yô-ryû et à la Kitô-ryû. La vague ne s’arrête pas ; elle change de nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les chiffres de licenciés évoluent d’une saison à l’autre. Ceux cités ici sont ceux publiés au printemps 2024.</em></p>

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