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	<title>ChokeNami</title>
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	<description>Arts martiaux, histoire, culture, équipement</description>
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		<title>L’étranglement, ce qui se passe vraiment</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 14:23:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Jiu-jitsu brésilien]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On dit qu’un étranglement coupe la respiration. Dans l’immense majorité des cas, c’est faux.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">C’est la technique qui donne son nom à cette marque, et c’est aussi celle dont on parle le plus mal. On dit couramment qu’un étranglement coupe la respiration. Dans l’immense majorité des cas, c’est faux, et le croire mène à mal l’exécuter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux familles, un seul mot</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le français n’a qu’un mot là où il en faudrait deux. Le japonais parle de <em>shime-waza</em>, les techniques de serrage, et distingue ce qui comprime les vaisseaux de ce qui comprime la trachée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étranglement sanguin ferme les carotides, de part et d’autre du cou. Le cerveau cesse d’être irrigué, et la conscience s’en va en quelques secondes, sans douleur particulière. C’est le registre de l’immense majorité des étranglements de judo, de jiu-jitsu et de MMA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étranglement respiratoire, lui, écrase la trachée. Il est plus lent, nettement plus douloureux, et il abîme davantage. Un pratiquant qui sent brûler sa gorge est en train de subir un geste mal placé, pas un geste réussi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Si votre partenaire tousse en se relevant, vous n’avez pas bien serré. Vous avez serré au mauvais endroit.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi le sanguin est le bon</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La différence n’est pas affaire de délicatesse, elle est mécanique. Les carotides sont superficielles et souples : une pression modérée, bien orientée, suffit. La trachée est un tube cartilagineux, dur, que l’on n’écrase qu’avec beaucoup de force et beaucoup de temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, l’étranglement sanguin est l’application exacte du principe que Kanō résumait par <em>seiryoku zen’yō</em> : le maximum d’effet pour le minimum de dépense. Celui qui force est presque toujours celui qui s’est trompé de cible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où une règle simple à l’entraînement. Si vous devez contracter les bras à fond, lâchez et replacez. Un bon étranglement se referme comme une ceinture de sécurité, pas comme un étau.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La tape, et ce qu’elle engage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ce système repose sur une convention tenue par deux personnes : celui qui est pris frappe du plat de la main, celui qui tient lâche immédiatement. Sans cette convention, la technique serait impraticable à l’entraînement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle crée deux devoirs symétriques. Celui qui serre doit relâcher au premier signal, sans discuter, sans ce demi-temps de triomphe qu’on voit parfois. Celui qui est pris doit taper tôt, avant l’orgueil, parce que la seule chose qu’il gagne à attendre est de s’endormir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La perte de connaissance par compression carotidienne est en général brève et la reprise spontanée. Cela ne la rend pas anodine, et certainement pas souhaitable. Une salle où l’on se vante de faire dormir ses partenaires est une salle mal tenue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que disent les règlements</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les fédérations encadrent strictement ces techniques, et l’âge est le premier critère : les étranglements sont interdits aux catégories les plus jeunes, et n’apparaissent qu’à partir de l’adolescence selon des seuils propres à chaque discipline et à chaque pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas de la frilosité administrative. Un enfant n’a ni la structure cervicale ni le recul nécessaire pour taper à temps, et un professeur ne peut pas surveiller vingt tapis à la fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vérifiez les règles de votre fédération plutôt que celles d’une vidéo : elles diffèrent d’une discipline à l’autre, et elles changent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le nom de la marque</h2>



<p class="wp-block-paragraph">ChokeNami tient d’un côté de l’anglais <em>choke</em>, l’étranglement, et de l’autre de 波, la vague.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapprochement n’est pas qu’un jeu de syllabes. Une vague ne casse rien par la force d’un point : elle arrive de partout à la fois, elle enveloppe, et ce qu’elle emporte n’a jamais senti d’impact. Un étranglement réussi fait exactement cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet article décrit une pratique encadrée, en club, avec un partenaire consentant et un professeur présent. Il ne vaut ni conseil médical ni mode d’emploi hors du tatami.</em></p>

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		<title>Arnaud Cousergue et le ninjutsu en France</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Oct 2026 20:52:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Bujinkan]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Ninjutsu]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du sabre de Michel Coquet au dojo de Vincennes : comment le ninjutsu s’est installé en France, et qui l’y a tenu.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le ninjutsu arrive en France au milieu des années 1980, par une poignée de pratiquants qui font le voyage de Noda, au Japon, pour s’entraîner auprès de Masaaki Hatsumi. Il y est aujourd’hui enseigné dans de nombreux clubs. Entre les deux, un dojo de Vincennes et un homme, Arnaud Cousergue, ont joué un rôle central.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Michel Coquet, le pionnier du budo ancien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire commence un peu avant le ninjutsu, avec un homme qui regardait vers le Japon ancien quand la France ne connaissait guère que le judo sportif. <strong>Michel Coquet</strong>, né en 1944, enseigne le sabre de la Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū, l’une des plus anciennes écoles de sabre du Japon. Il en devient instructeur officiel, <em>kyōshi</em>, en 2002, avant de se retirer en 2004.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auteur d’une quarantaine de livres, il écrit sur le budo, dont <em>Budo, l’esprit des arts martiaux</em> en 2003, mais aussi sur l’Inde, le yoga et les spiritualités d’Orient. Pour lui, l’art martial est d’abord une voie de maîtrise de soi, non un sport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut être précis sur son rôle. Les sources disponibles ne le montrent pas enseignant le ninjutsu. Il est le pionnier d’une génération de pratiquants français tournés vers les écoles anciennes, et c’est l’un de ses élèves qui va rapporter le ninjutsu du Japon.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sylvain Guintard, le passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sylvain Guintard</strong> pratique les arts martiaux depuis 1975. Il passe par le kung-fu, puis, à vingt ans, étudie le sabre pendant deux ans auprès de Michel Coquet. Il commence ensuite à se rendre régulièrement au Japon, pour étudier à la fois les écoles anciennes et le <em>ninpō taijutsu</em> de Masaaki Hatsumi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1985, il lance le Bujinkan France. Quatre ans plus tard, en 1989, déjà huitième dan et responsable du Bujinkan pour la France, il prend son indépendance vis-à-vis de l’organisation de Hatsumi. Il part vivre au Japon, où il réside jusqu’en 2001, et se consacre aux écoles anciennes, notamment à l’art de la chaîne auprès de maître Nawa Yumio. Il a depuis publié plusieurs livres sur les arts martiaux japonais.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Arnaud Cousergue, du judo au Bujinkan</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Arnaud Cousergue</strong> naît en 1959 à Casablanca. Il commence par le judo en 1969 et obtient sa ceinture noire en 1979, puis prépare un diplôme d’enseignant de judo en parallèle d’études de commerce international. Lors d’un MBA en Californie, il découvre le jūjutsu ancien, le <em>yawara</em>. De retour en France, il est officier instructeur au 1er régiment d’infanterie de marine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1984, Sylvain Guintard lui fait découvrir le ninjutsu. Il fait partie du noyau qui lance le Bujinkan France l’année suivante. En 1987, plusieurs clubs parisiens ouvrent, dont celui du PUC à la Cité universitaire. En 1989, il obtient le cinquième dan, et avec lui le titre de <em>shidōshi</em>, enseignant reconnu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le départ de Guintard, c’est lui qui prend la direction du Bujinkan France, en 1990. Deux ans plus tard, le dojo s’installe à Vincennes et prend le nom de Kuma Dōjō, le dojo de l’ours.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1024x683.webp" alt="Schéma de filiation : Takamatsu Toshitsugu, Masaaki Hatsumi, Sylvain Guintard et Arnaud Cousergue reliés par un trait rouge ; Michel Coquet relié à Guintard par un trait pointillé, pour le sabre" class="wp-image-408" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1024x683.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-300x200.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-768x512.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-1536x1024.webp 1536w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-500x333.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation-700x467.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/cousergue-filiation.webp 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">La filiation du ninjutsu Bujinkan en France. Michel Coquet n’est pas dans la lignée du ninjutsu : il est le premier maître de sabre de Sylvain Guintard. Schéma ChokeNami.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Vincennes, porte d’entrée de Hatsumi en France</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Kuma Dōjō organise avec Masaaki Hatsumi deux grands stages internationaux, les <em>taikai</em>, en 1993 et en 1997, à l’époque où le maître enseignait encore hors du Japon. Pour beaucoup de pratiquants français, ce sont de rares occasions de le voir enseigner sans faire le voyage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arnaud Cousergue, lui, fait le voyage. Selon sa biographie, il se rend au Japon plusieurs fois par an pour s’entraîner auprès de Hatsumi, participe à plus de quarante <em>taikai</em> et anime une vingtaine de stages par an à travers le monde. Il reçoit le quinzième dan, <em>jūgodan</em>, le plus haut grade du Bujinkan, en 2004, puis plusieurs diplômes honorifiques, et le titre de <em>Dai Shihan</em>, grand maître enseignant, en 2014.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrit aussi, en anglais : <em>The Spirit of Movement</em>, en 2014, réflexion sur ce que signifie être un véritable élève, et <em>Bujinkan Chronicles</em>, en 2017, qui rassemble ses textes sur ses séjours au Japon entre 2008 et 2010.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le Bujinkan ne s’apprend pas par correspondance. Pendant trente ans, la référence française a été celui qui faisait le voyage, puis le racontait.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le paysage français aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Bujinkan France n’est plus seul. D’autres enseignants français ont reçu le titre de <em>Dai Shihan</em>, comme Laïd Bouadjadja en 2018 ou Jean-François Beaudart, qui enseigne depuis 1988. D’anciens élèves de Hatsumi ont aussi fondé leurs propres écoles, indépendantes du Bujinkan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une précaution s’impose en lisant tout ce qui précède. Les grades du Bujinkan sont délivrés par l’organisation japonaise elle-même, en dehors du système fédéral français, et l’essentiel des dates citées ici vient des biographies publiées par les dojos concernés. Elles sont précises et cohérentes entre elles ; elles n’ont pas pour autant été vérifiées par une source indépendante. C’est le cas de presque toute l’histoire récente du ninjutsu, en France comme ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste un fait : depuis 1990, le dojo de Vincennes est le point fixe de cette discipline en France, et Arnaud Cousergue celui qui l’a tenu. C’est la définition la plus simple d’une référence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>1944</strong> Naissance de Michel Coquet.</li>



<li><strong>1959</strong> Naissance d’Arnaud Cousergue à Casablanca.</li>



<li><strong>1969</strong> Cousergue commence le judo.</li>



<li><strong>1975</strong> Sylvain Guintard commence les arts martiaux ; il étudiera le sabre auprès de Michel Coquet.</li>



<li><strong>1979</strong> Cousergue obtient sa ceinture noire de judo.</li>



<li><strong>1984</strong> Guintard fait découvrir le ninjutsu à Cousergue.</li>



<li><strong>1985</strong> Naissance du Bujinkan France, lancé par Sylvain Guintard.</li>



<li><strong>1987</strong> Ouverture de plusieurs clubs parisiens.</li>



<li><strong>1989</strong> Cousergue devient <em>shidōshi</em>, cinquième dan. Guintard quitte l’organisation de Hatsumi et part vivre au Japon.</li>



<li><strong>1990</strong> Cousergue prend la direction du Bujinkan France.</li>



<li><strong>1992</strong> Installation à Vincennes : naissance du Kuma Dōjō.</li>



<li><strong>1993</strong> Premier <em>taikai</em> international avec Masaaki Hatsumi.</li>



<li><strong>1997</strong> Second <em>taikai</em> avec Hatsumi.</li>



<li><strong>2004</strong> Cousergue reçoit le quinzième dan.</li>



<li><strong>2014</strong> Titre de <em>Dai Shihan</em>. Parution de <em>The Spirit of Movement</em>.</li>



<li><strong>2017</strong> Parution de <em>Bujinkan Chronicles</em>.</li>



<li><strong>2018</strong> Laïd Bouadjadja devient à son tour <em>Dai Shihan</em>.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : ChokeNami, d’après le nom du Bujinkan en caractères japonais.</em></p>

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		<item>
		<title>Masaaki Hatsumi, la référence mondiale du ninjutsu</title>
		<link>https://chokenami.com/masaaki-hatsumi-reference-mondiale-ninjutsu/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 20:52:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Bujinkan]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Ninjutsu]]></category>
		<category><![CDATA[portrait]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il a fait d’une curiosité japonaise une discipline mondiale. Son portrait doit tenir ensemble l’œuvre et les doutes.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Sans lui, le ninjutsu serait resté une curiosité japonaise, quelques noms dans des traités et des romans. Masaaki Hatsumi en a fait une discipline enseignée sur tous les continents, avec ses dojos, ses grades et ses pèlerinages à Noda. Le portrait honnête d’un tel homme doit tenir deux choses à la fois : l’ampleur de ce qu’il a bâti, et les doutes sérieux qui pèsent sur l’ancienneté de ce qu’il a reçu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un rebouteux de Noda</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il naît le 2 décembre 1931 à Noda, dans la préfecture de Chiba, au nord-est de Tokyo. Son nom, 初見良昭, se lit à l’état civil Yoshiaki ; c’est sous une autre lecture des mêmes caractères, Masaaki, qu’il deviendra célèbre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’université, il exerce comme <em>seikotsu-shi</em>, rebouteux, un métier traditionnel japonais de soin des os et des articulations, très lié au monde du judo. Ce détail compte : toute sa vie, son enseignement parlera du corps comme d’une mécanique qu’on connaît de l’intérieur, et de la blessure comme de quelque chose qu’on évite plus qu’on ne l’inflige.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quinze ans d’apprentissage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À vingt-six ans, à la fin des années 1950, il rencontre celui qui va décider de sa vie : <strong>Takamatsu Toshitsugu</strong>, vieil homme installé dans la région de Nara, héritier de plusieurs écoles martiales anciennes. Hatsumi devient son élève. Pendant quinze ans, il traverse régulièrement le pays pour s’entraîner auprès de lui et de sa famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Takamatsu meurt le 2 avril 1972, après avoir transmis à son élève la direction de ses écoles. Hatsumi devient le trente-quatrième <em>sōke</em>, grand maître, de Togakure-ryū, et le chef de huit autres écoles. La même année, il fonde à Noda le <strong>Bujinkan</strong>, 武神館, la « maison du guerrier divin », qui réunit l’ensemble sous le nom de <em>budō taijutsu</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ouvrir la porte au monde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le geste décisif est celui-là : Hatsumi accepte des élèves étrangers. Dans les années 1970, l’Américain Stephen K. Hayes vient s’entraîner à Noda, puis ouvre un dojo aux États-Unis et publie des livres qui feront découvrir la discipline à un large public. D’autres suivent, d’Europe, d’Israël, d’Amérique latine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir des années 1980, c’est Hatsumi lui-même qui voyage. Il donne à l’étranger de grands stages internationaux, les <em>taikai</em>, qui rassemblent des pratiquants venus de nombreux pays. Le dojo de Vincennes en organise deux avec lui, en 1993 et en 1997, comme nous le racontons dans notre portrait d’Arnaud Cousergue.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="720" height="480" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo.webp" alt="Masaaki Hatsumi, assis en tenue sombre, remet un diplôme à un élève dans un dojo dont les murs portent des armes de bois" class="wp-image-404" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo.webp 720w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-300x200.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-500x333.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-dojo-700x467.webp 700w" sizes="(max-width: 720px) 100vw, 720px" /><figcaption class="wp-element-caption">Masaaki Hatsumi, à gauche, remet un diplôme d’enseignant à Shihan Iglesia, du Bujinkan argentin, dans son dojo. Photographie : Bujinkan Argentina, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le Bujinkan devient l’une des organisations martiales japonaises les plus internationales qui soient. Le revers est connu : un réseau aussi vaste, avec des grades délivrés par un seul homme, produit inévitablement des écarts de niveau d’un dojo à l’autre, et des débats récurrents, parmi les pratiquants eux-mêmes, sur la valeur des grades.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enseignement qui refuse la forme fixe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hatsumi enseigne d’une façon qui déroute ceux qui viennent du judo ou du karaté. Les écoles anciennes ont leurs techniques codifiées, et il les transmet. Mais à mesure que les années passent, il insiste de moins en moins sur la forme et de plus en plus sur ce qu’elle permet : bouger juste, au bon moment, sans plan préétabli, en s’adaptant à ce que fait l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses démonstrations de vieil homme, qui semblent ne rien faire et désarment pourtant des partenaires bien plus jeunes, sont devenues un objet de fascination et de débat. Pour ses élèves, c’est l’aboutissement d’une vie de pratique. Pour ses critiques, c’est un enseignement si libre qu’il devient impossible à transmettre ou à évaluer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les techniques sont la porte d’entrée. Ce qu’il voulait transmettre se trouvait derrière, et c’est la partie qui ne s’écrit pas.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’auteur, l’artiste, l’acteur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hatsumi publie beaucoup, au Japon comme en anglais. Parmi ses livres traduits : <em>Essence of Ninjutsu</em> en 1988, <em>The Way of the Ninja</em> en 2004, <em>Japanese Sword Fighting</em> en 2006, <em>Unarmed Fighting Techniques of the Samurai</em> en 2008, <em>The Essence of Budo</em> en 2011, <em>The Complete Ninja</em> en 2014. Il peint et calligraphie aussi, abondamment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il prête même son visage à la télévision. En 1988 et 1989, dans la série <em>Sekai Ninja Sen Jiraiya</em>, il joue le mentor du héros, un vieux maître présenté comme le trente-quatrième grand maître de Togakure-ryū, soit son propre titre. Le nom de la série reprend celui de Jiraiya, le ninja magicien des estampes du XIXe siècle : la boucle entre la légende et l’art martial est bouclée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les distinctions suivent. Le magazine américain <em>Black Belt</em> le nomme instructeur de l’année en 1986 ; il reçoit au Japon un prix culturel international en 2000, puis divers hommages à l’étranger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les doutes sur la lignée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut en parler, car c’est la question qui revient toujours. Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em>, dictionnaire de référence des écoles martiales japonaises, conteste dès 1963 la généalogie de Togakure-ryū telle que Takamatsu l’a présentée. L’édition de 1969 la juge assemblée récemment par Takamatsu lui-même ; celle de 1978 parle d’embellissements, de personnages vieillis pour donner à l’école plus d’ancienneté qu’elle n’en a.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun document indépendant, antérieur à Takamatsu, ne vient établir l’existence de cette école au XIIe siècle comme elle le revendique. Ce débat porte sur les généalogies, non sur Hatsumi, qui a transmis ce qu’il avait reçu. Il porte encore moins sur la valeur de ce qu’on pratique au Bujinkan, qui se mesure au dojo et non dans les archives.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La transmission</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Autour de son quatre-vingt-huitième anniversaire, en décembre 2019, Hatsumi annonce qui lui succède à la tête de ses écoles. Togakure-ryū revient à Tsutsui Takumi ; les autres écoles sont confiées à d’autres élèves japonais de longue date. Il se retire ensuite de l’enseignement actif.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="508" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1024x508.webp" alt="Photo de groupe en plein air : des pratiquants en dōgi noir du Bujinkan et d’autres en dōgi blanc, armes à la main" class="wp-image-405" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1024x508.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-300x149.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-768x381.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-1536x761.webp 1536w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-500x248.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie-700x347.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/hatsumi-bujinkan-bolivie.webp 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Démonstration commune à la fête des récoltes de Colonia Okinawa, colonie japonaise de Bolivie, en août 2011 ; le Bujinkan bolivien porte le dōgi noir. L’héritage de Hatsumi se mesure aussi là, à l’autre bout du monde. Photographie : 普頭, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre version redimensionnée est diffusée sous la même licence.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Son œuvre est singulière : un art martial moderne, assemblé à partir d’écoles dont l’âge reste discuté, enseigné avec une liberté qui en a désarçonné plus d’un, et pratiqué aujourd’hui de Noda à Vincennes et de Vincennes à la Bolivie. C’est à ce titre, et pas à un autre, qu’il est la référence mondiale de la discipline.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>1889</strong> Naissance de Takamatsu Toshitsugu, son futur maître.</li>



<li><strong>1931</strong> Naissance de Masaaki Hatsumi à Noda, le 2 décembre.</li>



<li><strong>Fin des années 1950</strong> Il devient l’élève de Takamatsu, pour quinze ans.</li>



<li><strong>1963</strong> Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em> met en doute la généalogie de Togakure-ryū.</li>



<li><strong>1972</strong> Mort de Takamatsu. Hatsumi, trente-quatrième grand maître, fonde le Bujinkan.</li>



<li><strong>Années 1970</strong> Premiers élèves étrangers, dont Stephen K. Hayes.</li>



<li><strong>1986</strong> Instructeur de l’année du magazine <em>Black Belt</em>.</li>



<li><strong>1988</strong> Parution d’<em>Essence of Ninjutsu</em>. Il joue dans la série <em>Sekai Ninja Sen Jiraiya</em>.</li>



<li><strong>1993</strong> Premier <em>taikai</em> international organisé avec lui par le dojo de Vincennes.</li>



<li><strong>1997</strong> Second <em>taikai</em> avec le dojo de Vincennes.</li>



<li><strong>2000</strong> Prix culturel international au Japon.</li>



<li><strong>2014</strong> Parution de <em>The Complete Ninja</em>.</li>



<li><strong>2019</strong> Il désigne ses successeurs ; Togakure-ryū revient à Tsutsui Takumi.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : ChokeNami, d’après le nom de Masaaki Hatsumi en caractères japonais.</em></p>

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		<title>Le clinch, la charnière entre deux mondes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 14:23:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[Muay-thaï]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une distance où les frappeurs ne savent plus frapper et où les lutteurs ne savent pas encore lutter.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il existe une distance où les frappeurs ne savent plus frapper et où les lutteurs ne savent pas encore lutter. Elle dure une seconde et elle décide souvent du reste. On l’appelle le clinch, faute de mot français qui tienne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une zone, pas une technique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le clinch n’est pas un geste, c’est un intervalle. Trop près pour allonger un direct, trop debout pour travailler au sol, trop lié pour s’éloigner sans risque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque discipline l’a rencontré et l’a traité à sa manière. La boxe anglaise le considère comme une pause et l’arbitre le casse. Le muay-thaï en a fait un terrain de jeu central. La lutte le nomme corps à corps et y passe l’essentiel de son temps. Le MMA n’a pas eu le choix : il s’y est installé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le muay-thaï en a fait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La double nuque thaïlandaise, les deux mains refermées derrière la tête, les coudes serrés, est l’outil le plus connu. Son principe n’est pas de tirer vers le bas par la force du cou, ce qui ne marche que sur plus faible que soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est de faire tourner l’adversaire. On lui prend un appui en le déplaçant latéralement, et le genou arrive sur un corps qui n’a plus de base pour l’encaisser. C’est, exactement, le <a href="/le-kuzushi-un-instant/">kuzushi</a> appliqué debout sous un autre nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le règlement thaïlandais, qui laisse clincher longuement, a permis de pousser ce travail très loin. Dans un règlement qui sépare vite, il ne se serait jamais développé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la lutte y apporte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte arrive avec un vocabulaire différent et plus précis : le dessous de bras, le dessus de bras, la ceinture, le contrôle du poignet. Ce ne sont pas des prises mais des rapports de position, chacun ouvrant certaines portes et en fermant d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="/la-lutte-greco-romaine-nom-trompeur/">gréco-romaine</a>, privée des jambes par son règlement, a poussé ce répertoire du buste plus loin que personne. Un lutteur gréco ne saura peut-être pas prendre les jambes ; il saura empêcher qu’on le décolle, et cela se voit dès la première seconde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Au clinch, celui qui a le dessous de bras décide de ce qui va se passer. L’autre choisit seulement comment il le subira.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">La cage change le problème</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En MMA, le clinch cesse d’être une zone de passage dès qu’un dos touche le grillage. Il n’y a plus de recul possible, donc plus d’échappatoire par la distance. Toute sortie devient un travail d’angle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pour cette raison que des combattants redoutables au centre paraissent impuissants contre la cage. Ce n’est pas une question de force ni de volonté, c’est une compétence distincte qui s’apprend séparément, et que beaucoup négligent parce qu’elle ne produit aucune image spectaculaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un dernier point, rarement dit : le clinch coûte cher. Deux corps qui se poussent en permanence brûlent énormément, et dans le silence apparent de l’action, le public croit qu’il ne se passe rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième round se gagne souvent au premier, pendant ces trente secondes contre la cage dont personne ne se souviendra. C’est la partie la moins photogénique du combat, et l’une des plus décisives.</p>

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		<title>Le ninjutsu, d’un savoir de l’ombre à un art martial</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 20:52:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Disciplines]]></category>
		<category><![CDATA[Bujinkan]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Ninjutsu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un savoir d’espionnage consigné au XVIIe siècle, un art martial né au XXe. Ce qui les relie est la question qui fâche.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le mot ninjutsu désigne deux choses qu’il faut séparer avant de parler de l’une ou de l’autre. Un savoir historique, celui des <em>shinobi</em> de l’époque des provinces en guerre, consigné dans des traités du XVIIe siècle. Et un art martial moderne, enseigné dans des dojos du monde entier depuis les années 1970. Ce qui relie les deux est précisément la question qui fâche.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que disent les traités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus complet s’appelle le <em>Bansenshūkai</em>, 萬川集海, « dix mille rivières se rassemblent dans la mer ». Fujibayashi Yasutake le compile en 1676 à partir de ce que savent encore les familles d’Iga et de Kōga. Le titre dit le projet : réunir des savoirs dispersés avant qu’ils ne se perdent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui l’ouvre en espérant un manuel de combat sera déçu. Le traité commence par l’état d’esprit et la droiture, se poursuit par le commandement, puis consacre l’essentiel de ses pages au renseignement. Il distingue l’infiltration à découvert, <em>yōnin</em>, où l’on entre sous une fausse identité, et l’infiltration cachée, <em>innin</em>, où l’on entre sans être vu. Viennent ensuite les outils pour grimper, franchir l’eau, faire du feu ou de la fumée, et un long chapitre sur le ciel.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="893" height="677" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees.webp" alt="Page manuscrite du Bansenshūkai, avec un diagramme circulaire des marées et du cycle lunaire" class="wp-image-399" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees.webp 893w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees-300x227.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees-768x582.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees-500x379.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-marees-700x531.webp 700w" sizes="auto, (max-width: 893px) 100vw, 893px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le diagramme des marées du <em>Bansenshūkai</em>. Choisir son heure comptait autant que savoir se battre : marées, lune et météo décident d’une traversée ou d’une approche de nuit. Domaine public, via Wikimedia Commons.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Car le <em>shinobi</em> choisit son moment. Le traité enseigne à lire les marées, la course de la lune, les signes du temps, pour savoir quand une rivière se franchit et quand une nuit sera assez noire. Il enseigne aussi à écrire sans être lu.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="806" height="642" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha.webp" alt="Page manuscrite présentant en colonnes des caractères composés servant d’alphabet chiffré" class="wp-image-400" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha.webp 806w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha-300x239.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha-768x612.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha-500x398.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-shinobi-iroha-700x558.webp 700w" sizes="auto, (max-width: 806px) 100vw, 806px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le <em>shinobi iroha</em>, l’alphabet chiffré du <em>Bansenshūkai</em> : chaque syllabe y est remplacée par un caractère fabriqué de toutes pièces, que seul l’initié sait lire. Domaine public, via Wikimedia Commons.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le second grand texte, le <em>Shōninki</em>, rédigé en 1681 par Natori Masatake, insiste davantage encore sur la psychologie : observer les gens, deviner leurs faiblesses, savoir parler et savoir se taire. Le <em>shinobi</em> qu’il décrit ressemble moins à un combattant qu’à un agent de renseignement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un savoir, pas une école de combat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le point est essentiel et souvent oublié. Le <em>shinobi</em> historique était d’abord un guerrier. Il savait se battre comme se battaient les guerriers de son temps, au sabre, à la lance, à l’arc, et ces techniques s’apprenaient dans les écoles ordinaires. Son savoir propre était ailleurs : dans l’art de ne pas avoir à se battre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’a donc jamais existé, à notre connaissance, de « ninjutsu » au sens d’une méthode de combat à mains nues propre aux ninjas. L’art martial qui porte ce nom aujourd’hui est une construction du XXe siècle. Ce n’est pas un reproche : le judo et l’aïkido le sont aussi. C’en est la description.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les hommes qui ont fait le passage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au XXe siècle, quelques personnages se présentent comme les héritiers des anciennes familles. Le plus célèbre de son vivant est <strong>Fujita Seiko</strong>, né en 1898, mort en 1966, qui se dit dépositaire de la branche Wada du Kōga-ryū. On le surnomme le dernier ninja. Dans son autobiographie, parue en 1958, il écrit qu’il n’a enseigné son art à personne et qu’il ne le transmettra pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre lignée, celle qui va essaimer, passe par <strong>Takamatsu Toshitsugu</strong>, né en 1889 près de Kobe et mort en 1972 à Nara. Formé enfant par son grand-père, Toda Shinryūken, il hérite de plusieurs écoles, dont trois se réclament du ninjutsu. Sa vie, telle qu’il l’a racontée, est un roman : des années en Chine, des combats, un surnom de « tigre de Mongolie ». Les historiens n’ont pas pu vérifier ces récits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin des années 1950, un jeune homme de Noda, près de Tokyo, devient son élève. Il s’appelle <strong>Masaaki Hatsumi</strong>. Pendant quinze ans, il fait le voyage jusqu’à Nara pour s’entraîner auprès de lui. À la mort de Takamatsu, en 1972, il reçoit la direction de ses neuf écoles et fonde le <strong>Bujinkan</strong>, 武神館, la « maison du guerrier divin ». Nous lui consacrons un article à part.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’on pratique au Bujinkan</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des neuf écoles réunies par Hatsumi, trois sont présentées comme des écoles de ninjutsu, dont Togakure-ryū ; les six autres sont des écoles de combat de guerriers, proches du jūjutsu. L’ensemble est enseigné sous le nom de <em>budō taijutsu</em>, l’art martial par le corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y apprend à chuter et à rouler, à se déplacer, à frapper, à luxer, à projeter, puis à manier des armes : bâton long et court, sabre, chaîne, lames de jet. Il n’y a pas de compétition. Les grades vont jusqu’au quinzième dan, et le passage du cinquième est resté célèbre : le candidat, assis, les yeux fermés, doit esquiver un coup de sabre de bambou porté dans son dos, au moment où il le sent venir. C’est à ce grade qu’on devient <em>shidōshi</em>, enseignant reconnu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 1970, l’Américain Stephen K. Hayes ouvre l’un des premiers dojos hors du Japon et publie des livres qui vont nourrir, la décennie suivante, une véritable mode. D’anciens élèves de Hatsumi fondent ensuite leurs propres organisations : le Genbukan de Tanemura Shōtō en 1984, le Jinenkan de Manaka Fumio en 1996.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La question de l’authenticité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em> est l’ouvrage de référence japonais sur les écoles martiales anciennes. Dans ses éditions de 1963, 1969 et 1978, il met en doute la généalogie de Togakure-ryū présentée par Takamatsu. Il y relève des embellissements, des personnages vieillis pour faire paraître l’école plus ancienne, et juge en 1969 que cette généalogie a été assemblée récemment, à la faveur de la mode des récits de ninjas qui a suivi l’ère Taishō.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’école revendique une fondation au XIIe siècle. Aucun document antérieur à Takamatsu ne permet de le vérifier, et les pratiquants invoquent souvent la perte d’archives pendant la guerre. Des historiens occidentaux des arts martiaux anciens, comme Karl Friday, ont posé la question sans détour : le ninjutsu moderne est-il une école ancienne, au sens où l’entendent les Japonais ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débat a une autre voix, inattendue. <strong>Kawakami Jinichi</strong>, né en 1949, se présente comme le vingt et unième chef de la famille Ban de Kōga. Directeur honoraire du musée du ninja d’Iga, nommé en 2011 à l’université de Mie pour y étudier le ninjutsu, il a annoncé en 2012 qu’il ne désignerait pas de successeur. Son argument est simple : nous avons aujourd’hui des armes à feu, internet et une bien meilleure médecine, et cet art n’a plus sa place. Ses propres revendications, il faut le dire, ne sont pas davantage vérifiables que les autres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Qu’une école soit moins ancienne qu’elle ne le dit ne rend pas son enseignement faux. Cela oblige seulement à le présenter pour ce qu’il est.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le ninjutsu, entre dojo et parc à thème</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au Japon même, le ninjutsu est devenu une affaire de patrimoine et de tourisme. Iga et Kōka proposent des stages d’une journée, costume compris, où l’on apprend à lancer un shuriken et à marcher sans bruit. Ce n’est pas de l’art martial, et personne ne le prétend. C’est la manière dont deux régions rurales vivent aujourd’hui de leur légende.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="575" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-1024x575.webp" alt="Quatre visiteuses en costume noir de ninja posent en riant devant les érables d’automne, à Kōka" class="wp-image-401" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-1024x575.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-300x168.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-768x431.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-1536x862.webp 1536w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-500x281.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka-700x393.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjutsu-koka.webp 1600w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Stage d’une journée au village ninja de Kōka. Photographie : go.biwako, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 2.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre version redimensionnée est diffusée sous la même licence.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le ninjutsu des dojos est autre chose : une discipline exigeante, souple, sans compétition, qui a ses pratiquants fidèles sur tous les continents. Ses écoles sont sans doute moins vieilles que leurs généalogies. Ce qu’elles enseignent, en revanche, se juge sur le tatami, comme pour toutes les autres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>1676</strong> Fujibayashi Yasutake compile le <em>Bansenshūkai</em>, somme des savoirs d’Iga et de Kōga.</li>



<li><strong>1681</strong> Natori Masatake rédige le <em>Shōninki</em>.</li>



<li><strong>1889</strong> Naissance de Takamatsu Toshitsugu.</li>



<li><strong>1898</strong> Naissance de Fujita Seiko, futur « dernier ninja ».</li>



<li><strong>1958</strong> Fujita Seiko publie son autobiographie. Vers la même époque, Masaaki Hatsumi devient l’élève de Takamatsu.</li>



<li><strong>1963</strong> Le <em>Bugei Ryūha Daijiten</em> met en doute la généalogie de Togakure-ryū. Il le répète en 1969 et 1978.</li>



<li><strong>1966</strong> Mort de Fujita Seiko, sans héritier désigné.</li>



<li><strong>1972</strong> Mort de Takamatsu. Hatsumi fonde le Bujinkan.</li>



<li><strong>Années 1970</strong> Stephen K. Hayes ouvre l’un des premiers dojos hors du Japon, aux États-Unis.</li>



<li><strong>1984</strong> Tanemura Shōtō fonde le Genbukan.</li>



<li><strong>1996</strong> Manaka Fumio fonde le Jinenkan.</li>



<li><strong>2011</strong> Kawakami Jinichi rejoint l’université de Mie pour étudier le ninjutsu.</li>



<li><strong>2012</strong> Kawakami annonce qu’il ne désignera pas de successeur.</li>



<li><strong>2017</strong> L’université de Mie ouvre son centre international de recherche sur les ninjas.</li>



<li><strong>2019</strong> Hatsumi désigne les successeurs de ses neuf écoles.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : les volumes du Bansenshūkai exposés au Shinobi no sato, à Kōka. Photographie : Motokoka, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre recadrage est diffusé sous la même licence.</em></p>

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		<title>Les ninjas, entre archives et légende</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Oct 2026 20:52:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Samouraïs]]></category>
		<category><![CDATA[Iga]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Ninja]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le shinobi historique cherchait à ne pas être vu. Celui de la légende ne vit que du regard qu’on pose sur lui.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le ninja est le personnage le plus célèbre du Japon féodal, et l’un des moins documentés. Ce que les archives en disent tient en quelques dizaines de pages. Ce que l’on croit en savoir remplit des bibliothèques, des salles de cinéma et des rayons de jouets. Démêler les deux ne lui enlève rien : l’histoire vraie est plus étrange que la légende.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un mot avant d’être un personnage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux noms s’écrivent avec les mêmes caractères, 忍者. Lus à la japonaise, ils donnent <em>shinobi no mono</em>, abrégé en <em>shinobi</em> ; lus à la chinoise, <em>ninja</em>. C’est la première lecture qu’emploient les textes anciens. La seconde ne s’impose qu’au XXe siècle, avec les romans et le cinéma.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le caractère 忍 réunit un cœur et une lame. Il veut dire endurer, se retenir, et par extension se dérober aux regards. Le mot existe dès le VIIIe siècle dans le <em>Man’yōshū</em>, la grande anthologie poétique, mais dans ce sens ordinaire de discrétion. Il faut attendre le XIVe siècle et le <em>Taiheiki</em>, chronique des guerres de l’époque, pour lire qu’un <em>shinobi</em> très habile a mis le feu à un château ennemi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les régions et les époques, les textes parlent aussi de <em>rappa</em> ou de <em>suppa</em>. La diversité des noms dit déjà l’essentiel : il ne s’agit pas d’une confrérie unique, mais d’une fonction que l’on retrouve partout où l’on se fait la guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Iga et Kōga, deux pays sans seigneur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le XVe et le XVIe siècle sont l’époque des provinces en guerre. Après la guerre d’Ōnin, qui ravage Kyoto à partir de 1467, plus aucun pouvoir central ne tient le pays. Chaque seigneur se bat pour sa survie, et tous ont besoin de savoir ce que préparent les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux territoires montagneux, à une journée de marche de la capitale, en font une spécialité. <strong>Iga</strong>, dans l’actuelle préfecture de Mie, et <strong>Kōga</strong>, prononcé aussi Kōka, dans celle de Shiga. Ils ont une particularité rare : pas de grand seigneur. Les petits propriétaires guerriers, les <em>jizamurai</em>, s’y gouvernent eux-mêmes par des ligues, les <em>ikki</em>, qui décident en assemblée et se défendent ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces hommes louent leurs compétences au-dehors : reconnaître un terrain, s’introduire dans une place, y mettre le feu, attaquer de nuit, rapporter ce qu’on a vu et entendu. Ce ne sont pas des assassins en cagoule. Ce sont des guerriers de la petite noblesse rurale, rompus à une guerre irrégulière que les grandes armées pratiquent mal.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-1024x684.webp" alt="La haute muraille de pierre du château d’Iga Ueno, au-dessus des douves, dans la verdure" class="wp-image-395" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-1024x684.webp 1024w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-300x200.webp 300w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-768x513.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-500x334.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno-700x468.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-iga-ueno.webp 1400w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">La muraille du château d’Iga Ueno, élevée au début du XVIIe siècle, parmi les plus hautes du Japon. Le château est postérieur aux ligues d’Iga : il marque au contraire la reprise en main du pays. Photographie : MemColorLab, sous licence <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0" rel="license nofollow">CC BY-SA 4.0</a>, via Wikimedia Commons. Notre version redimensionnée est diffusée sous la même licence.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La fin des ligues</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’indépendance d’Iga et de Kōga ne survit pas à la réunification du pays. Kōga passe sous l’autorité d’Oda Nobunaga dès 1574. Iga résiste : en 1579, un fils de Nobunaga, Oda Nobukatsu, l’attaque sans l’accord de son père et se fait battre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans plus tard, en 1581, Nobunaga revient en personne avec une armée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, entrée par plusieurs passes à la fois. Les chiffres varient selon les sources, l’issue non : la ligue d’Iga est écrasée, ses places détruites, ses hommes tués ou dispersés. C’est la guerre de Tenshō Iga, du nom de l’ère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année suivante, Nobunaga est assassiné à Kyoto. Tokugawa Ieyasu, qui se trouve alors près de la capitale avec une petite escorte, doit rentrer chez lui au plus vite. Il traverse Iga par les montagnes. La tradition veut que <strong>Hattori Hanzō</strong>, guerrier originaire d’Iga passé à son service, ait mobilisé les hommes du pays pour l’escorter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit est beau, et discuté. L’historien Fujita Tatsuo relève qu’il apparaît dans des documents bien postérieurs, rédigés à l’époque d’Edo par des familles d’Iga qui avaient tout intérêt à faire valoir leurs services. Les chercheurs de l’université de Mie attribuent plutôt le rôle décisif aux guerriers de Kōga. Quant à Hanzō lui-même, c’était un capitaine de lance, non le magicien des films.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au service des Tokugawa</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Devenu shōgun, Ieyasu n’oublie pas ceux qui l’ont aidé. Des hommes d’Iga et de Kōga entrent au service du gouvernement d’Edo, comme gardes, portiers, enquêteurs. Une porte du château d’Edo, l’actuel palais impérial de Tokyo, porte encore le nom de Hanzō, le Hanzōmon : ses hommes y étaient postés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dernière mention de <em>shinobi</em> à la guerre date de la révolte de Shimabara, en 1637 et 1638. Le shōgunat y emploie des hommes de Kōga pour reconnaître le château de Hara, tenu par les insurgés. Après cela, plus de guerre pendant plus de deux siècles. Le métier perd sa raison d’être.</p>



<h2 class="wp-block-heading">On écrit un savoir quand il disparaît</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est connu des historiens : les grands traités sur les <em>shinobi</em> datent tous de la paix. Le <em>Bansenshūkai</em>, compilé en 1676 par Fujibayashi Yasutake, rassemble ce que savaient les familles d’Iga et de Kōga. Le <em>Shōninki</em>, rédigé en 1681 par Natori Masatake, samouraï au service d’une branche des Tokugawa, en livre une autre version.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces textes ne sont pas des carnets de terrain. Ce sont des mémoires, écrites par des hommes qui voulaient sauver un savoir menacé d’oubli, et parfois prouver à leur seigneur qu’il méritait encore d’être payé. Ils sont précieux, mais il faut les lire comme on lit le <em>Dit des Heike</em> : en sachant qu’ils racontent autant qu’ils décrivent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le costume noir vient du théâtre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Rien, dans les sources, ne décrit un uniforme noir intégral. Le <em>shinobi</em> cherche à passer inaperçu, et de jour, rien n’attire plus le regard qu’un homme masqué. Les traités recommandent au contraire le déguisement : moine, marchand, comédien ambulant. Pour opérer de nuit, des tons sombres suffisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le noir vient de la scène. Au kabuki, les machinistes qui déplacent les décors à vue, les <em>kuroko</em>, sont vêtus de noir : par convention, le public fait comme s’ils n’existaient pas. Les auteurs ont habillé leurs ninjas de la même façon, pour dire au spectateur qu’il voyait un personnage invisible. La convention a quitté le théâtre pour l’estampe, puis l’estampe pour le monde entier.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="675" height="1024" src="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-675x1024.webp" alt="Page du Hokusai Manga : des personnages en costume sombre escaladent une corde et s’affrontent" class="wp-image-396" srcset="https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-675x1024.webp 675w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-198x300.webp 198w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-768x1165.webp 768w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-500x758.webp 500w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai-700x1062.webp 700w, https://chokenami.com/wp-content/uploads/2026/10/ninjas-hokusai.webp 923w" sizes="auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px" /><figcaption class="wp-element-caption">Katsushika Hokusai, <em>Hokusai Manga</em>, volume 6, 1817. En plein XIXe siècle, l’image du ninja escaladeur est déjà fixée. Domaine public, via Wikimedia Commons.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le XIXe siècle achève le travail. Jiraiya, héros d’un roman-feuilleton à succès, est un brigand magicien capable de se changer en crapaud géant. Il passe au kabuki, et les graveurs, Utagawa Kuniyoshi en tête, multiplient les portraits des acteurs qui l’incarnent. Le ninja n’est plus un espion : c’est un sorcier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du roman populaire au monde entier</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au Japon, une vague déferle à la fin des années 1950. Les romans de Yamada Fūtarō, le film <em>Shinobi no mono</em> en 1962, les mangas de Shirato Sanpei font du ninja un héros moderne, plus sombre, plus réaliste en apparence. C’est à ce moment que le mot <em>ninja</em> l’emporte définitivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Occident le découvre en 1967, dans <em>On ne vit que deux fois</em> : James Bond y visite une école de ninjas au Japon. Puis viennent les années 1980, une avalanche de films d’action, les Tortues Ninja en 1984, et l’ouverture des premiers dojos de ninjutsu en Amérique et en Europe. C’est l’histoire que racontent nos articles sur le ninjutsu et sur Masaaki Hatsumi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le ninja historique cherchait à ne pas être vu. Le ninja de légende ne vit que du regard qu’on pose sur lui.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il en reste aujourd’hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Iga et Kōka vivent désormais de leur légende, avec un musée du ninja, des démonstrations et des costumes à louer. Mais l’université de Mie a fait le choix inverse : elle a ouvert en 2017 le premier centre de recherche consacré aux ninjas, et un master en 2018. Ses chercheurs collectent les archives des familles de la région, pour séparer enfin ce que l’on sait de ce que l’on aime croire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il en ressort un portrait plus modeste et plus intéressant. Le <em>shinobi</em> était un spécialiste du renseignement et de la guerre irrégulière, issu d’une petite noblesse rurale qui avait su rester libre plus longtemps que les autres. Il a disparu avec la paix. C’est son fantôme, vêtu de noir par un théâtre, qui a conquis le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chronologie</h2>



<ul class="wp-block-list cn-chronologie">
<li><strong>VIIIe siècle</strong> Le mot <em>shinobi</em> apparaît dans le <em>Man’yōshū</em>, au sens de discrétion.</li>



<li><strong>XIVe siècle</strong> Le <em>Taiheiki</em> attribue à un <em>shinobi</em> l’incendie d’un château.</li>



<li><strong>1467</strong> La guerre d’Ōnin ouvre un siècle de provinces en guerre. Iga et Kōga se gouvernent en ligues.</li>



<li><strong>1574</strong> Kōga passe sous l’autorité d’Oda Nobunaga.</li>



<li><strong>1579</strong> Iga repousse l’attaque d’Oda Nobukatsu.</li>



<li><strong>1581</strong> Nobunaga écrase la ligue d’Iga : guerre de Tenshō Iga.</li>



<li><strong>1582</strong> Après la mort de Nobunaga, Tokugawa Ieyasu traverse Iga pour regagner ses terres.</li>



<li><strong>1637-1638</strong> Révolte de Shimabara, dernière mention de <em>shinobi</em> à la guerre.</li>



<li><strong>1676</strong> Fujibayashi Yasutake compile le <em>Bansenshūkai</em>.</li>



<li><strong>1681</strong> Natori Masatake rédige le <em>Shōninki</em>.</li>



<li><strong>1817</strong> Hokusai dessine des ninjas dans le sixième volume de ses <em>Manga</em>.</li>



<li><strong>XIXe siècle</strong> Jiraiya, ninja magicien, triomphe au kabuki et dans l’estampe.</li>



<li><strong>1962</strong> Le film <em>Shinobi no mono</em> lance la vague japonaise du ninja.</li>



<li><strong>1967</strong> <em>On ne vit que deux fois</em> fait découvrir le ninja à l’Occident.</li>



<li><strong>Années 1980</strong> Vague mondiale : cinéma d’action, Tortues Ninja, premiers dojos hors du Japon.</li>



<li><strong>2017</strong> L’université de Mie ouvre le premier centre de recherche consacré aux ninjas.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Visuel : Utagawa Kuniyoshi, un acteur de kabuki dans le rôle du brigand Jiraiya, milieu du XIXe siècle. Domaine public, via la Bibliothèque nationale de la Diète et Wikimedia Commons.</em></p>

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		<title>La garde, une position qu’on choisit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Oct 2026 14:23:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Jiu-jitsu brésilien]]></category>
		<category><![CDATA[MMA]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Partout ailleurs, le dos au sol veut dire perdu. Une seule discipline en a fait un terrain de travail.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Dans toutes les luttes du monde, se retrouver sur le dos signifie avoir perdu. Une seule discipline a décidé d’en faire une position de travail. Ce choix a l’air d’un détail de règlement ; il a redessiné le combat au sol pour tout le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’idée, en une phrase</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La garde consiste à placer ses jambes entre soi et l’adversaire, et à s’en servir comme d’une paire de bras supplémentaires. On contrôle sa distance, on l’empêche d’avancer, on attaque depuis le dessous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Formulé ainsi, cela paraît évident. Cela ne l’était pas : une lutte sénégalaise, une bökh mongole ou une gréco-romaine n’ont aucune raison d’inventer la garde, puisque chez elles le dos au sol met fin au combat. La garde suppose un règlement qui laisse le temps de travailler par terre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi elle naît là</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le jūjutsu japonais connaissait déjà le combat sur le dos, et le judo des débuts y passait bien plus de temps que le judo sportif d’aujourd’hui. Mais c’est au Brésil que la garde devient un système, pour une raison que nous avons racontée à propos d’<a href="/helio-gracie-economie-du-petit-gabarit/">Hélio Gracie</a> : un pratiquant plus léger que ses partenaires cherche les solutions qui ne coûtent rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous l’adversaire, le poids compte moins. Les jambes, plus fortes que les bras de n’importe qui, font le travail. Et le temps joue pour celui qui sait attendre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une famille, pas une position</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parler de « la » garde est trompeur. Il y en a autant que de façons d’occuper l’espace entre deux corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La garde fermée, jambes croisées dans le dos, est la plus sûre et la plus lente : on y tient l’adversaire, on l’empêche de passer, mais lui non plus ne vous lâche pas. Les gardes ouvertes, où les pieds et les tibias servent d’appuis mobiles, sont plus offensives et bien plus fragiles. La demi-garde, longtemps considérée comme une position de survie, est devenue chez certains un terrain d’attaque à part entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce foisonnement dit quelque chose : la garde n’est pas une technique qu’on apprend, c’est un domaine où l’on passe des années.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Être dessous cesse d’être un accident à corriger pour devenir un terrain qu’on a choisi. Toute la différence tient dans ce mot, choisi.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L’objection, qu’il faut entendre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste qu’une garde suppose des conditions, et il serait malhonnête de les taire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle suppose que personne ne frappe. Sous les coups, la garde fermée garde une valeur défensive mais cesse d’être confortable, et les gardes ouvertes deviennent franchement coûteuses. Elle suppose aussi un sol praticable et un seul adversaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le MMA l’a montré en deux temps. D’abord en 1993, quand la garde surprend des combattants qui n’en avaient jamais vu. Puis quelques années plus tard, quand les lutteurs apprennent simplement à ne pas suivre au sol, et que la question se déplace.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le débat du tirage de garde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le jiu-jitsu sportif contemporain, beaucoup de compétiteurs s’assoient volontairement pour installer leur garde plutôt que de chercher la projection. La pratique est efficace sous le barème en vigueur, et elle agace une partie du milieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le reproche n’est pas sans fondement : une discipline qui descend du judo a perdu, en une génération, presque tout son jeu debout. Mais le reproche se trompe de responsable. Personne ne triche. Les compétiteurs font ce que le règlement récompense, comme partout et comme toujours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on veut qu’ils projettent, il faut que projeter rapporte. C’est une affaire de barème, pas de morale.</p>

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		<title>Savoir tomber, la compétence qu’on ne vend pas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Oct 2026 14:23:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Aïkido]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La seule technique qu’on exécute en ayant déjà perdu. C’est peut-être pour cela qu’on la travaille si mal.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">C’est la première chose qu’on enseigne et la dernière qu’on respecte. Pendant des mois, un débutant subit les chutes comme un péage pour accéder aux techniques intéressantes. Puis vient le jour où il comprend que c’était la technique intéressante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Recevoir, pas encaisser</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot japonais est <em>ukemi</em>, 受身, littéralement le corps qui reçoit. Il ne parle ni de protection ni de défense, il parle d’accueil, et ce n’est pas une coquetterie de traduction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un corps qui se raidit contre le sol lui oppose une surface réduite pendant un temps très court. Toute l’énergie s’y concentre. Un corps qui se déroule présente une surface longue pendant un temps plus long, et la même énergie se répartit. C’est de la physique élémentaire, et c’est tout le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trois réflexes y pourvoient. Le menton rentre vers la poitrine, parce que la tête est la seule partie qu’on ne peut pas rééduquer. Le dos s’arrondit, pour rouler au lieu de frapper. Et le corps cherche à toucher par le plus de longueur possible, jamais par un angle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La claque, et le débat qu’elle soulève</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le geste le plus visible est la frappe du bras à plat sur le tapis. On l’explique d’ordinaire par la dissipation : le bras absorberait une part du choc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des enseignants contestent cette lecture, et leurs arguments méritent d’être entendus. Un bras pèse peu au regard d’un corps entier, et la part d’énergie qu’il peut absorber est modeste. Ce que la frappe fait sûrement, en revanche, c’est placer l’épaule, ouvrir la cage, écarter le bras de la trajectoire du tronc et donner un repère de rythme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous n’avons pas à trancher ici. Mais il vaut mieux savoir qu’un geste universellement enseigné repose sur une explication discutée, plutôt que de la répéter comme une évidence.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La chute est la seule technique qu’on exécute en ayant déjà perdu. C’est peut-être pour cela qu’on la travaille si mal.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Quatre familles</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La chute arrière, <em>ushiro-ukemi</em>, est la plus fréquente dans la vie courante et la plus dangereuse, car la tête part en dernier et arrive en premier si rien ne l’en empêche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chute latérale, <em>yoko-ukemi</em>, est celle du judo, puisque la plupart des projections envoient sur le côté. La chute avant, <em>mae-ukemi</em>, s’amortit sur les avant-bras. Et la chute roulée, <em>zenpō-kaiten-ukemi</em>, convertit la descente en déplacement : c’est la plus spectaculaire, la plus utile, et celle qui demande le plus de temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’aïkido pousse cette dernière très loin, ce qui lui vaut des sarcasmes. Ils sont injustes sur ce point précis : une salle où l’on chute mal est une salle où l’on ne peut rien travailler à vitesse réelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le tatami ne dit pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une mise en garde s’impose. Tout cela s’apprend sur une mousse à densité contrôlée, et le béton n’est pas une mousse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui transfère dehors n’est pas la chute spectaculaire mais le réflexe élémentaire : rentrer le menton, arrondir, ne jamais tendre une main raide pour se rattraper. Un poignet qui reçoit soixante-dix kilos à bras tendu casse, sur n’importe quelle surface.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est d’ailleurs l’argument de santé publique que les fédérations avancent depuis quelques années, en proposant des ateliers de chute aux personnes âgées. L’idée est solide : la chute est l’un des grands accidents de la vieillesse, et savoir tomber s’apprend à tout âge.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La compétence qu’on ne vend pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune marque ne vend de stage de chute. Aucune vidéo de chute ne fait un million de vues. Elle n’apparaît sur aucun palmarès, et personne n’a jamais gagné un combat en tombant bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, demandez à n’importe quel pratiquant de cinquante ans encore sur les tapis ce qui lui a permis de durer. Il ne vous parlera pas de sa meilleure technique.</p>

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		<title>La bataille des saisies, le match avant le match</title>
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		<dc:creator><![CDATA[CNA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Oct 2026 14:23:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Technique]]></category>
		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Luta Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On ne choisit pas sa technique puis sa saisie. On obtient une saisie, et elle dit ce qu’on a le droit de tenter.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Regardez un combat de judo de haut niveau sans rien connaître à la discipline. Vous verrez deux personnes se tirer les manches pendant une minute, puis l’une voler. Vous conclurez que la projection est l’événement. C’est l’inverse : elle n’est que la facture de ce qui s’est joué avant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le match avant le match</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>kumi-kata</em>, littéralement la façon de saisir, désigne tout le travail de prise de garde. En judo, la saisie de référence tient une manche et un revers. À partir de là, tout est négociation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe tient en une phrase : chaque technique a besoin d’une saisie particulière pour exister. Celui qui obtient la sienne en premier ne gagne pas encore, mais il a réduit le combat aux seules options qui l’arrangent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’où cette minute d’empoignade apparemment confuse. Elle ne l’est pas. Chacun tente d’installer sa prise tout en empêchant l’autre d’installer la sienne, et ces deux tâches se contrarient en permanence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Même garde, garde contraire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Deux configurations changent tout. En <em>ai-yotsu</em>, les deux judokas ont la même garde, droite contre droite : les corps se font face, les trajectoires sont symétriques, le combat ressemble à un miroir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En <em>kenka-yotsu</em>, les gardes sont opposées, et le mot le dit : garde de querelle. Les épaules avant se télescopent, l’espace se ferme d’un côté et s’ouvre de l’autre. Le répertoire de techniques n’est plus le même, et un judoka qui n’a travaillé qu’une configuration se trouve soudain démuni dans l’autre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On ne choisit pas sa technique puis sa saisie. On obtient une saisie, et elle vous dit ce que vous avez le droit de tenter.</p></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Quand le règlement s’en mêle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu a une dérive naturelle. Puisque empêcher l’adversaire de saisir suffit à l’empêcher d’attaquer, un compétiteur prudent peut passer un combat entier à casser les prises sans jamais en prendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les instances internationales ont donc multiplié les restrictions : pénalités pour refus de saisie, limitation des prises croisées, encadrement des saisies à une seule main prolongées. Chaque réforme déplace l’équilibre, et chaque génération de compétiteurs s’adapte à la suivante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On retrouve ici ce que nous écrivions à propos du <a href="/sambo-une-discipline-et-son-fondateur-efface/">sambo</a> et de la <a href="/la-lutte-greco-romaine-nom-trompeur/">gréco-romaine</a> : le règlement ne cadre pas la pratique, il la fabrique. Le kumi-kata d’aujourd’hui n’est pas celui de 1980, et ce n’est pas le corps humain qui a changé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sans kimono, la même guerre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On croit parfois que cette bataille disparaît quand il n’y a plus de tissu. Elle change seulement de support.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En grappling et en MMA, le travail s’appelle <em>hand fighting</em> et vise les mêmes objectifs : contrôler un poignet, poser une main derrière la nuque, obtenir un dessous de bras. La <a href="/luta-livre-du-bresil-a-la-france/">luta livre</a> a développé tout un répertoire sur ce terrain, faute de veste à saisir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La différence pratique est la durée. Une saisie de kimono tient toute seule ; une saisie de poignet se perd en une seconde. Le combat sans veste est donc fait d’un nombre bien plus grand de prises bien plus brèves, ce qui épuise davantage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il faut en retenir à l’entraînement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence est désagréable pour beaucoup de clubs. On passe l’essentiel du temps à répéter des projections depuis une saisie donnée d’avance par un partenaire coopératif, c’est-à-dire à travailler la partie du problème qui n’en est pas une.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un exercice suffit à le mesurer. Pendant trois minutes, interdisez-vous toute projection et jouez uniquement à prendre votre saisie sans laisser l’autre prendre la sienne. La plupart des pratiquants découvrent qu’ils n’ont jamais travaillé cela de leur vie.</p>

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		<title>Le kata ne sert pas à ce qu’on croit</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 14:23:53 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Judo]]></category>
		<category><![CDATA[Karaté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Reprocher à un kata de ne pas ressembler à un combat, c’est reprocher à un dictionnaire de ne pas ressembler à une conversation.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Aucune pratique ne divise autant. Pour les uns, le kata est le cœur de l’art martial ; pour les autres, une chorégraphie qu’on impose aux passages de grade et que personne n’utilise jamais. Les deux camps commettent la même erreur : ils jugent le kata à l’aune du combat.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que c’est, exactement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un <em>kata</em> est une forme fixée. En karaté, elle est solitaire : une séquence de déplacements et de techniques exécutée seul, face à des adversaires imaginaires. En judo et en jūjutsu, elle est à deux, chacun tenant un rôle convenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les deux cas, rien n’est négocié. L’attaque est annoncée, la réponse est connue, l’ordre ne change pas. C’est précisément ce qu’on lui reproche, et c’est aussi sa définition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi il existe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La raison d’être du kata est historique, et nous l’avons rencontrée plusieurs fois sur ce site. Les écoles d’avant Meiji travaillaient des techniques trop dangereuses pour être tentées à pleine vitesse. Elles n’avaient pas le choix : soit la forme convenue, soit des blessés chaque semaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux inventions ont levé cette contrainte. Le shinai et l’armure d’entraînement l’ont fait pour le sabre, ce qui a permis <a href="/du-sabre-au-shinai-naissance-du-kendo/">l’assaut libre</a>. Kanō l’a fait pour le corps à corps en retirant du randori ce qui casse, ce qui a donné <a href="/kano-jigoro-invention-du-judo/">le judo</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, le kata perd son monopole. Il ne disparaît pas pour autant, parce qu’il sert à autre chose que ce qu’on croit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une bibliothèque, pas une répétition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici le malentendu central. On juge le kata comme s’il simulait un combat. Il ne simule rien. Il conserve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant l’imprimerie bon marché, avant la photographie, avant la vidéo, comment transmet-on un corpus technique précis sur dix générations ? On l’encode dans une séquence que le corps retient, et qui se vérifie d’un coup d’œil. Le kata est un support de stockage.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Reprocher à un kata de ne pas ressembler à un combat, c’est reprocher à un dictionnaire de ne pas ressembler à une conversation.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Il en découle une conséquence qu’on oublie : un kata sans l’explication de ce qu’il encode ne vaut presque rien. C’est le débat du <em>bunkai</em> en karaté, l’application des mouvements. Une forme transmise sans sa clé devient exactement ce que ses détracteurs décrivent, une danse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La critique qui tient</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons donc honnêtes sur les reproches fondés, car il y en a.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de clubs enseignent des katas dont plus personne ne connaît l’application. On exécute scrupuleusement un geste en expliquant qu’il s’agit d’un blocage, là où l’étude du corpus suggère souvent une saisie, un déséquilibre ou une projection. Le mouvement survit, son sens s’est perdu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire, la compétition de kata a produit sa propre dérive. Jugée sur l’amplitude, la synchronisation et la puissance apparente, elle récompense des formes de plus en plus démonstratives et de moins en moins liées à ce qu’elles encodaient. Le support de stockage s’est mis à servir d’épreuve de gymnastique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et en judo, l’exigence de kata aux passages de grade est souvent vécue comme une formalité, bachotée trois semaines avant l’examen puis oubliée. Un corpus qu’on révise pour un jury n’est pas un corpus vivant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qu’il reste à en faire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La position raisonnable se tient entre les deux camps, et elle est exigeante pour les deux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ceux qui le méprisent : votre discipline conserve dans ses katas des techniques que votre règlement a interdites, et que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Le judo de compétition a banni les attaques de jambes ; le judo de kata les a gardées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ceux qui le vénèrent : une forme dont personne ne sait expliquer l’application n’est pas un trésor, c’est une relique. Si votre professeur ne peut pas montrer à quoi sert un mouvement contre un partenaire qui résiste, la clé est perdue, et il vaut mieux le dire que de broder.</p>

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